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23. Volcan asthmatique et aphone
Sandrila Robatiny était sortie de l’éclatoir à la faveur du désordre qui y régnait. Puis, sans savoir si elle pouvait faire confiance à cet homme et sans se demander s’il y avait un quelconque intérêt à agir de la sorte, elle l’avait rejoint et ils s’étaient tous deux élancés dans la nuit. Le géant, accompagné de trois autres hommes et de deux femmes, les avait un moment poursuivis. Elle aurait pu leur faire face pour s’en débarrasser avec aisance, mais, afin de rester discrète, elle avait décidé de ne dévoiler certains de ses moyens qu’en cas d’extrême nécessité. Bien que son compagnon d’aventure parût un bon coureur, elle l’avait suivi sans difficulté ; les fibres à contraction qui assistaient ses plus grands muscles avaient plus d’une fois démontré leur efficacité. Cependant, elle était restée derrière lui en s’efforçant de donner l’impression de forcer. Ils avaient couru longtemps dans un quartier mal éclairé. Finalement, sur une dernière salve de jurons rageurs, les poursuivants, las, avaient fini par démissionner. Ralentissant alors sa course, son prétendu guide et protecteur se tourna vers elle. — Ça va ? s’enquit-il, la bouche tordue par l’effort. Les coudes au corps se balançant d’avant en arrière, au rythme d’une foulée qui était plutôt lente pour ses capacités, elle sourit en mimant l’essoufflement. — Ça va, merci ! dit-elle, dans un souffle forcé. — Arrêtons-nous, râla-t-il, en passant immédiatement de la course au pas. Elle l’imita. Tout en conservant une marche rapide, il se retourna plusieurs fois, puis, constatant qu’ils n’étaient vraiment plus poursuivis, il la regarda. — Ça va ? demanda-t-il pour la seconde fois, en respirant bruyamment. — Oui ! Merci. En essayant de la dévisager dans l’obscurité il eut une expression étrange, une sorte de voile d’étonnement et d’incompréhension. — Géantissimerie ! Vous êtes une sportive géante, dites donc ! exhala-t-il. Il soufflait comme un volcan asthmatique et aphone. Cela lui fit réaliser que, malgré ses précautions, elle devait paraître trop détendue. — En réalité, je suis plutôt épuisée, mais bien trop fière pour vous le montrer. Il fronça des sourcils, mais son expression perplexe se dissolut rapidement dans la nuit. — Après tout… peut-être… que… pheuhhh ! c’est moi qui ne suis pas en forme, conclut-il. N’est-ce pas ? Pour toute réponse, elle se contenta de sourire en haussant les épaules. Ils marchèrent un moment en silence sur le trottoir d’une longue rue. De temps à autre, il cherchait furtivement son regard, mais il faisait si sombre qu’il la distinguait à peine. Là encore, elle eut le réflexe de faire semblant de ne pas mieux voir que lui. Il se lança dans une série de courtes phrases, séparées par des bruits de halètement. Le géant, c’était Titan. Eeee pheuhhhhh ! On le surnomme comme ça par ici. Eeee pheeeouhhhhhff… feeeeee… C’est une pauvre créature. Pheuh Eeee pheuh. Un lutteur… ffouvvv ! Génétiquement conçu pour la lutte. Feeeee… feeee… Tu te rappelles avant que ce soit interdit ? Pseeeeefffff… — … hum… Plus ou moins… Je veux dire… — Oui ! cette salerie de fécal de Génética Sapiens ! Eeeeeff peeeeee. Il y a quinze ans environ. Il y avait d’autres saleries de types qui organisaient des luttes en spectacle pour faire de l’audience. Les gens regardaient ces pauvres bougres nés, pour se foutre sur la gueule. Ça leur enchantait l’âme ! Peeehhh. Écœurant ! hhheuPeeehhh C’est Génética Sapiens qui fournissait les combattants. Peeehhh Peeehhhvvv. Ça va un peu mieux, je reprends mon souffle. Titan, c’est pas un mauvais gars, mais il a le quotient intellectuel d’un cerveau en plâtre, d’un Béat en fin d’activité cérébrale. Les bandes se le disputent. Ce n’est pas facile de maîtriser ses réactions mais c’est une arme dissuasive. |
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