Il sera… Science fiction

 

Science fiction
Chapitre précédent       Chapitre suivant
Accueil
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80
40   Il est si bon d’ourdir ensemble

 

Juste avant de s’endormir, Bima Terron avait eu une dernière conversation avec So Zolss. Ce dernier s’était finalement laissé convaincre. Elle partirait seule, et sans la menace céph-graphique. En temps normal, elle dormait douze heures toutes les deux cent quarante heures, soit tous les dix jours. Depuis quelques années, elle suivait ce plan de sommeil qui lui convenait très bien, il correspondait à son tempérament. Cette fois-ci toutefois, elle avait décidé de changer la routine en devançant de deux jours le moment de son endormissement habituel. Elle avait pensé, certainement avec raison, qu’il était préférable de se lancer dans cette aventure avec le plus grand crédit d’éveil possible. Aussi, ayant convenu des derniers détails de sa fausse évasion avec son patron, elle avait pris sa pilule de sommeil, pour éviter d’avoir à le faire deux jours seulement après le début de sa mission.

Elle s’était lentement endormie en révisant les premières étapes de son plan et en savourant jusqu’à l’extase le machiavélisme de l’idée sur laquelle il reposait. Le patron de Méga-Standard allait trouver un ennemi à sa mesure ! C’était le cas de le dire. Sa nouvelle amie, la haine, avait partagé son excitation ; il faut dire qu’elles partageaient tout depuis qu’elles avaient fait connaissance. C’était une amie invisible. Elle était la seule à connaître son existence. Mentalement, Bima lui parlait sans cesse et elle lui répondait, dans sa tête. C’était si clair qu’elle ne pouvait avoir le moindre doute à ce sujet. Son amie, sa complice était toujours là, on ne peut plus près, à l’intérieur d’elle, car toutes deux partageaient le même corps. Bima ne savait pas comment une telle chose avait pu se produire, la question n’ayant fait que passer, hors d’atteinte de son esprit. Mais peu lui importait ! Elle adorait son amie. Comment aurait-il pu en être autrement !

Je lui dois tout, se disait Bima, pour commencer, cette stupéfiante idée qui signera la perte de So Zolss, d’une manière si démoniaque, si diabolique et si inattendue, que l’histoire humaine ne pourra engranger cet horrible fait, sans en être à tout jamais marquée de l’indélébile sceau de Satan. Oui, elle était bien d’elle cette ruse implacable ! Je ne l’ai pas réalisé tout de suite, pensait-elle. Non ! j’ai tout d’abord cru qu’elle était mienne, mais très vite j’ai compris que je la lui devais. Comme tout le reste d’ailleurs, ma nouvelle force de vivre, cette vigueur enivrante qui piaffe en moi, ma détermination et bien d’autres choses encore. Il est si bon d’ourdir ensemble. Je partagerai tout avec elle, même et surtout le meurtre de So Zolss.

Bima Terron dormait depuis moins d’une heure, étendue sur une couchette pivotante dont les charnières étaient fixées à une cloison. La structure de ce meuble était très légère, une simple toile tendue dans un cadre. C’était largement suffisant pour la pesanteur réduite, 0,3 g seulement, qui régnait dans sa cabine proche du moyeu de la station spatiale. Elle ne parlait plus avec son amie mais son sommeil était habité par de nombreuses scènes meurtrières ; issus de son plan secret, de multiples scénarios possibles aboutissant à la fin de So Zolss défilaient dans ses songes.

 

Chapitre précédent       Chapitre suivant
Accueil