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53. Vous venez de mourir, dit une voix
De retour chez lui vers 21 h 45, Bartol se déshabilla encore entièrement devant le grand miroir. L’homme qui se présentait en face de lui était incontestablement plus jeune. Il avait un aspect plus plaisant. Certainement ! Mais ce n’était plus lui et cela le dérangea quelque peu. Cara Hito l’avait prévenu : — Attention, Monsieur Bartol, je vous déconseille trop de changements en une seule fois. Vous n’y êtes pas habitué. Ça risque de vous poser un gros problème de ne pas vous reconnaître. Exubérant, insouciant et gai, exultant même, il l’avait rassurée : — On change tout, vous dis-je ! Je me gausse de tous les problèmes. Si vous croyez que je vais me laisser impressionner par la forme d’un pif ! Dites-vous bien que vous avez devant vous l’homme qui s’apprête à apprivoiser la reine de la foudre. Un dragon à sept têtes ne serait pas plus dangereux qu’un oisillon pour elle. Même Dieu lui a demandé la permission de la créer. Il avait débité ce genre de propos plusieurs minutes en gesticulant comme un moulin. Devant son insistance et son assurance, elle avait fini par accepter de changer tout ce qu’il demandait, d’autant plus facilement que cela arrangeait son chiffre d’affaires. Ce faisant, elle s’était secrètement interrogée sur la mystérieuse inconnue qui avait le pouvoir de mettre un homme dans un tel état. La liste des changements était impressionnante. Pour financer ce caprice, il avait quasiment dû vider son compte bancaire. Sur le visage, il ne restait rien de lui : yeux, bouche, dents, nez, front, menton… tout avait subi une modification. Pour le reste du corps, le ventre avait perdu ses débordements malséants pour exhiber des abdominaux enviables, les pectoraux avaient doublé de volume, les épaules n’auraient pas dépareillé sur un corps de gladiateur et l’ensemble était indéniablement harmonieux. Mais, justement en considération de tout cela, l’homme qui se trouvait de l’autre côté de la surface du miroir avait beau imiter tous ses mouvements, il ne pouvait pas se reconnaître dans son image. Il décida de ne plus se regarder. Avec le temps j’en prendrai l’habitude, se dit-il. Il avait pour l’heure quelque chose d’important à faire qui le distrairait un moment. L’interface encéphalique enracinée dans la masse de son cerveau était équipée de Blisnud.X, le logiciel de connexion au Réseau recherché par Sandrila Robatiny, celui de l’Organisation. — > Commande céph : Appeler L’Invisible. — < Correspondant non disponible. Voulez-vous laisser un message ? — > Commande céph : Oui. Le message est : me rappeler avant 23 heures. Le niveau d’urgence est : maximum. Fin message. Après s’être encore longuement observé dans le miroir, il eut un soupir d’incertitude. Je finirai bien par en prendre l’habitude, se dit-il encore une fois. Sans cesse, il pensait à l’Éternelle. Pourtant, paradoxalement, il avait beaucoup de mal à fixer clairement l’image mentale de son visage. Étrange en effet ! mais ses traits échappaient à sa mémoire. Au-delà du fait que l’image physique n’était pas représentative d’une personne puisqu’il était si facile d’en changer, il s’étonna d’avoir tant de difficultés à se souvenir de cet aspect d’elle. Bien sûr, au besoin il pouvait repasser des images d’elle enregistrées dans sa céph mais ce constat lui fit clairement réaliser que ce qui avait profondément pris racine en lui n’était pas l’image de Sandrila Robatiny ; cétait Sandrila Robatiny elle-même. Différence majeure ! Il se fixa dans le miroir en éprouvant un étrange sentiment, sorte d’intermédiaire entre le recueillement et une complicité que l’on ne peut avoir qu’avec soi-même, et sut que l’homme qu’il regardait allait vivre quelque chose de très fort. Impossible de savoir si les événements évolueraient selon ses aspirations. Comment savoir ce qui l’attendait. Entre bonheurs déferlants et déchirantes douleurs, ineffables plaisirs et oppressantes frustrations, le futur avec ses incertitudes et ses surprises lui proposait de vivre. Or, Bartol avait justement ceci de commun avec celle qui embrasait son cœur : il était de ceux qui choisissent de vivre quels qu’en soient les risques. Comme elle, il ne savait rien faire à moitié. Malgré eux, car c’était leur nature profonde, ils étaient tous les deux des adeptes du tout ou rien, des extrémistes fanatiques de la vie, des enragés de l’émotion. Peut-être qu’une course de chars dans les arènes de Rome lui permettrait de patienter jusqu’à l’appel de son contact en oubliant un peu Sandrila Robatiny. À mois que… une course de voiture dans Bolides Mortels ? Un petit tour dans le Monde des Monstres ? Les Pirates Galactiques, peut-être ? Non, finalement allons à Rome, se dit-il. Calé dans son fauteuil, il ferma les yeux pour regarder sa montre : 22 h 13, plus que deux minutes avant le prochain départ. — > Commande céph : Jouer dans Gladiateur. Son Interface Encéphalique interpréta correctement son désir. Le processeur exécuta le logiciel ludique demandé. Et, suivant le déroulement des instructions démiurgiques de celui-ci, des millions de nanosignaux électriques parvinrent aux neurones du cyber-gladiateur. Bartol se retrouva aux commandes de son char romain, sur la ligne de départ. Les chevaux impatients hennissaient et s’ébrouaient vigoureusement. Certains se cabraient au risque de déséquilibrer les concurrents. En essayant de calmer son propre attelage, trois puissants étalons noirs à la robe luisante mordant leur frein comme s’ils eussent voulu commencer la course seuls, il jeta plusieurs regards sur la gauche et sur la droite, dans l’espoir de reconnaître quelques-uns de ses adversaires. Il devait être aux environs de midi, à en juger par l’orgueilleux soleil de Rome, planté haut dans un ciel sans nuage, qui cuisait le paysage alentour sous ses rayons brûlants. Il ne connaissait pas ses voisins immédiats. Le signal du départ fut donné avant qu’il ne pût identifier un seul des trente concurrents. Ce fut soudain une terrible ruée, au cœur de laquelle Bartol s’élança avec toute sa hargne dans un nuage de poussière épais et âcre qui se dissipa rapidement. Les roues du compétiteur qui venait de le dépasser en étaient la cause. Ce gladiateur se retourna pour lui faire un signe amicalement menaçant avec son épée ; une manière de dire : tiens-toi sur tes gardes, quand tu m’approcheras. C’était Claudius Ouraganus. Sous cet amusant pseudonyme et dans ce corps musculeux de combattant virtuel, se cachait une jeune fille Mondaginaire de 14 ans, dominant la plus haute arène depuis plus d’un an déjà. Les Mondaginaires de cet âge étaient excessivement rares, et ils l’étaient quasiment toujours par obligation. Qui souhaiterait se faire décorporer si jeune ? Dans son cas, un très grave accident de volant avait détruit la totalité de son corps, alors qu’elle venait d’avoir 10 ans. À l’âge de 11, Mondaginaire depuis seulement un an donc, elle était entrée dans ce jeu, comme il se doit au plus bas niveau, pour gravir l’échelle hiérarchique jusqu’à la finale, à une vitesse fulgurante qui avait imposé le respect à tous les participants. Deux années seulement lui avaient été nécessaires pour accéder à l’arène des plus grands. Pour atteindre ce niveau enviable, Bartol avait combattu trois fois plus longtemps en recevant vingt-trois blessures mortelles ; bien qu’elles ne fussent heureusement jamais réellement fatales, chacune d’elles lui avait tout de même coûté dix jours d’exclusion de l’arène. Lors de ces périodes de pénalité, étalées sur quatre années de lutte vaillante et acharnée, la règle du jeu l’avait contraint à figurer sur les gradins parmi les spectateurs au moins une heure par jour. Bartol se remettait à peine des profondes blessures que lui avait infligées Ouraganus, la dernière fois qu’il avait osé le provoquer. LA provoquer plutôt ! Il était si facile d’oublier que le terrible bras qui abattait son épée sur vous appartenait, en réalité, à une jeune fille décorporée, tout au bout de quelque ramification du Réseau, dans quelque lieu. Bartol avait dû attendre trois jours pour que se referme la cruelle entaille creusée dans son épaule droite par le fer de cette furie. Trois jours, c’est long quand on désire prendre sa revanche, mais… ainsi en avait décidé le logiciel Gladiateur. Afin d’assurer son équilibre, Bartol écarta ses jambes sur le plancher vibrant et cahotant de son char. Il secoua les rênes de la main gauche pour lancer ses trois chevaux à toute allure et, tout en tentant de trouver le chemin par lequel il comptait remonter jusqu’au niveau de celle qui méritait sa vengeance, il serra fermement son épée dans sa main droite. Préférable il était, pensait-il, d’approcher l’adversaire lentement par l’arrière, plutôt que de se laisser distancer d’un tour et de l’avoir à ses trousses. Secoué par de brusques embardées, le char semble animé de la volonté de se débarrasser de lui. Nuages de poussières intermittents. Bruits du métal cerclant les roues qui crissent sur le sable et les cailloux. Hurlements, menaces des gladiateurs. Cris des spectateurs. Son des sabots martelant le sol. Hennissements. Genoux douloureux à force de cogner contre l’intérieur du char. Petit à petit, Bartol remonte le dangereux courant des chars. Mais, devant lui, sur sa droite, un gladiateur inconnu refuse de lui céder le passage, et tente même d’effrayer ses chevaux avec son épée. Claudius Ouraganus est juste devant ce gêneur. Aux prises avec un autre concurrent, il semble trop occupé pour remarquer que Bartol est dans son dos. L’occasion est trop alléchante. Bartol monte sur le tablier de son char et saute sur le dos de sa monture droite. Le puissant animal reçoit brusquement cette charge sans modifier ni son allure, ni sa trajectoire et au moment où l’inconnu se retourne, dans l’intention de le menacer une nouvelle fois, la lame miroitante de Bartol s’abat et tranche net son poignet armé. Ainsi se débarrassa-t-il du seul obstacle qui restait entre lui et sa revanche. Durant trois secondes exactement, le hurlement de l’antagoniste amputé se mêla au cri de triomphe farouche de Bartol, puis, le blessé, son char, ses chevaux devinrent luminescents, prirent la couleur et l’aspect d’un arc électrique bleuté avant de disparaître brutalement et totalement dans un dernier crépitement, comme happés par quelque néant sournois tapi dans quelque dimension invisible de l’espace-temps. *** Son pilote en bas dans la rue était depuis longtemps parti, mais, indifférente, infatigable et fidèle à son poste, la mouche transmettait les images prises par l’objectif de sa caméra. On pouvait y voir Bartol, enfoncé dans son fauteuil mais en pleine action virtuelle, son cervelet en interaction avec sa céph. Son corps était agité de tremblements et parfois de quelques mouvements brusques qui trahissaient l’intense activité de son système nerveux répondant aux stimulus d’un univers invisible. Ou plutôt seulement visible à l’aide d’une céph. Un univers ayant tout de la réalité pour celui qui s’y trouvait, mais qualifié de virtuel parce qu’il n’existait que pour ceux dont les sens étaient leurrés par une technologie qui créait l’illusion d’y être. Un univers auquel on ne pouvait accéder qu’en utilisant une interface encéphalique équipée du logiciel approprié. Un univers avec ses propres règles, sa physique, ses sensations, ses odeurs, ses créatures, ses humains… Un univers, pour tout dire, qui dépendait du logiciel qui le décrivait. Et… il y avait autant d’univers différents que de logiciels pour les créer. Certains, ceux que l’on nommait les Mondaginaires ne vivaient que dans ces univers-là. Un grand nombre d’entre eux avaient même complètement oublié l’univers réel. … Enfin ! … L’univers que les Anciens disaient réel.
*** Presque au même moment, juste après cette première disparition, le conducteur de char qui combattait Ouraganus subit la foudre meurtrière de son invulnérable adversaire. L’image sordide d’un homme pratiquement décapité, la tête pendante et ballante sur sa poitrine, perdura trois secondes. La suite, bien connue de tous les joueurs, se déroulait toujours de la même manière. Combattant, véhicule et attelage parurent un instant constitués d’une matière lumineuse ébouriffée de filaments électriques, comme un éclair figuratif qui dura quelques foulées de ces chevaux irréels et fantastiques. Fantômes modernes du monde virtuel, fascinant l’œil de leur spectre ardent, ils fondirent soudain dans l’air de Rome. Sublimation spontanée peut-être ! À moins qu’ils ne disparussent dans la trame du temps. Comment croire que quelques lignes de code dans un logiciel avaient le pouvoir de commander leur disparition dans les circuits des céphs ? Tout cela paraissait si vrai ! Le champ est libre, se dit Bartol. Plus personne ne s’interpose entre Ouraganus et moi. Une manœuvre acrobatique lui avait permis de regagner son char. Toujours secoué en tous sens par la ronde bruyante et aveuglante, il se rapproche encore du gladiateur vedette du Réseau. La jeune fille ne l’a pas encore vu. Il sait que tous les yeux des Réseau-spectateurs sont fixés sur sa téméraire entreprise, comme ils devaient l’être un moment auparavant sur son prédécesseur. Les vibrations du plancher de son char se propagent dans tout son mollet. Ce n’est pas le moment de perdre la tête au sens propre du terme, se dit-il en songeant malgré lui à celui qui venait d’en faire l’horrible expérience. Mais c’est à peine si cette pensée a le temps de se déployer entièrement dans son esprit. Tout se passe si vite qu’il ne perçoit que des images et des impressions fugitives. Un éclat métallique dans le ciel devant lui. Son champ de vision bascule et défile soudain en tous sens. Il comprend que sa tête tournoie dans les airs. Le ciel, les gradins, l’arène, le ciel, les gradins, l’arène, le ciel, Ouraganus brandissant son arme et son sourire narquois, d’autres concurrents, l’autre côté des gradins, encore le ciel… plus rien. Bartol réintégra son univers réel, celui qu’il considérait comme tel, toujours enfoncé dans son fauteuil. Il serra les poings de rage. — ::< Vous venez de mourir, dit une voix dans son cortex. Le responsable de votre défaite est Claudius Ouraganus qui marque cent points. Vous ne pourrez plus participer au combat durant dix jours et vous devrez jouer le rôle de spectateur au moins une heure par… — ::> Commande céph : arrêt des explications. Je veux voir les dix dernières secondes de ma course. Caméra asservie à mon index droit, ajouta-t-il, en élevant son doigt tendu à quelque vingt centimètres de son visage au niveau du menton. Les explications stoppèrent. Bartol ferma les yeux. Son écran virtuel s’emplit de l’arène Romaine. Il se vit, de dessus, en train de se rapprocher de Claudius. Il approcha le bout de son index de son menton tout en descendant légèrement sa main. Le logiciel effectua les calculs appropriés pour que l’image plonge vers l’arrière. Il se voyait à présent de dos. Sans que rien ne pût le laisser présager, comme informé par un œil qui eut été derrière sa tête, Claudius Ouraganus se retourna avec une promptitude époustouflante. L’épée au bout de son bras gauche ouvrit l’air dans un grand arc de cercle qui passait malheureusement par la position occupée par le cou de Bartol. Il observa la scène une seconde fois en utilisant son doigt pour changer les angles de vision. Avec sa main, il dessina lentement un cercle sur un plan horizontal, autour du centre imaginaire qu’il avait fixé à vingt centimètres de son visage. Le point de vue tourna autour des deux chars. Au bon moment, sous un angle précis, il réalisa que son ombre sur le sable avait trahi son intention meurtrière. — ::> Commande céph : Message à l’attention du joueur Claudius Ouraganus. Le message est… Bonjour, monstre ! Tu m’as bien eu. Mais… je t’assure que ton tour viendra ! Parole de Bartolus ! Fin du message. Fichue gamine, s’exclama-t-il, en revenant devant son miroir. Il s’examina en cherchant d’anciens repères lui permettant de se reconnaître. Il avait pourtant l’habitude de changer de corps ! Celui de Bartolus était même bien plus musclé que celui-ci. Mais son esprit ne s’était jamais laissé leurrer. Il n’avait jamais eu l’impression de réellement habiter la peau du combattant de l’arène. Alors que… Encore que… pourtant, l’immersion totale dans certains mondagines, c’est ainsi qu’on appelait les mondes des Mondaginaires, laissait parfois des troubles. Bartol se demandait parfois d’où provenait tel ou tel souvenir… Il n’était pas certain de les avoir tous réellement vécus. Il savait que c’était dangereux pour un Ancien de trop s’aventurer dans ces univers factices, mais ils le fascinaient, il ne savait résister à leurs attraits. Les plus captivants, mais les plus dangereux, étaient ceux qui, contrairement au jeu Gladiateur, n’imitaient pas forcément la réalité. Ceux-là avaient leurs propres lois physiques, si l’on peut encore parler de physique. Dans l’un de ces mondagines, par exemple, la force de gravitation était proportionnelle à la température… D’autres étaient si différents qu’un Ancien risquait d’y perdre définitivement l’esprit en quelques minutes. Outre leurs lois pseudo-physiques, leur géométrie, adaptée à un quelconque nombre réel de dimensions, était totalement inconcevable… Effectivement, si un nombre entier de plus de trois dimensions égare déjà le sens commun, quelle image mentale peut-on avoir d’un univers à π dimensions, par exemple ?! Le sens de la vue et celui du toucher étaient totalement désemparés dans ces mondes-là, totalement incapables de rapporter la moindre information utilisable. Bartol s’y était perdu une fois et avait dû revenir précipitamment se réfugier dans sa réalité, tant ce qu’il avait cru y voir l’avait ébranlé, troublé, déstabilisé… Le cœur battant, les jambes molles, il avait eu le plus grand mal à chasser les lambeaux de concepts insanes et d’images folles qui l’avaient hanté plusieurs jours. Seuls les Mondaginaires de très longue date pouvaient évoluer sans risque dans ces univers-là, après les avoir pénétrés petit à petit au bout de plusieurs dizaines d’années. Alors parfois, ils y demeuraient et contribuaient à leur tour à la création, ou la modification, des éléments du mondagine devenu le leur. Un appel s’abattit en travers du chemin de ses pensées. — < L’Invisible demande à vous parler. Acceptez-vous la communication ? — > Commande céph : j’accepte. — :: Bonjour, L’Invisible. — :: Bonjour, Le Virus, comment te portes-tu ? — :: Plutôt pas mal, géant même, pour un homme décapité. — :: Décapité… que… — :: Je viens de me faire décapiter la tête par cette fichue gamine dans Gladiateur. — :: Quand on se fait décapiter, c’est forcément la tête… Mais je ne comprends vraiment pas de quoi tu me parles. Parlais-tu de gladiateurs ? — :: Oui ! Gladiateur. Gladiateur… C’est un jeu dans un modagine. — :: Ah oui ! Ton jeu dans les arènes ! Excuse-moi, je n’y étais plus. Alors, te voilà donc encore une fois mort, si j’ai bien compris. — :: Ben… oui, grande géanture ! Avec dix jours de suspension de combat. Ça te fait sourire toi. Tu ne joues pas. — :: J’ai beaucoup joué. Je ne joue plus en ce moment, mais… je rejouerai sans doute un jour ou l’autre. Je dois te confier qu’une tempête terrible a coulé plus de la moitié de ma flotte et qu’un pirate ennemi s’est emparé de ce qui restait après m’avoir pendu à sa plus haute vergue. Après cela je devais tout recommencer comme simple mousse. La sanction était bien plus terrible que dix jours, comme tu peux en juger. Ils rirent. — :: Mais… nonobstant l’indéniable intérêt de cette information, je suppose que tu ne m’as pas appelé uniquement pour me faire part de ton inconfortable amputation ? — :: Non bien sûr. — :: … — :: Une personne désire entrer en contact avec l’Organisation. — :: Qui est-ce ? — :: Elle te le dira elle-même quand elle l’estimera nécessaire. — :: Que sait-elle déjà ? Que lui as-tu déjà dit ? — :: Je pense qu’elle ne savait quasiment rien. Je lui ai dit que j’étais moi-même dans l’Organisation. — :: Lui as-tu vraiment dit cela ? s’étonna grandement L’Invisible. — :: J’ai estimé que c’était un cas de force majeure. J’en assumerai la responsabilité. — :: Je ne te juge pas. Tu as tes raisons… Ensuite ? — :: Ensuite, j’ai ajouté que je pouvais l’aider à contacter l’Organisation… Rien d’autre. Elle ne sait même pas que je dispose d’une céph. Elle pense que je n’utilise que ma vidéo-plaque. Je compte sur toi pour la recevoir. — :: Que veut-elle ? — :: Nous donner des ranks. Beaucoup de ranks… Vraiment beaucoup. — :: En échange de ? Quelle est donc sa requête ? — :: Elle désire notamment et principalement que l’on s’en serve pour écraser So Zolss. — :: C’est une requête fort louable. Je suis impatient de connaître cette sympathique personne. *** Pendant que Bartol et son interlocuteur mettaient au point une procédure de rencontre avec Sandrila Robatiny, la mouche continuait à transmettre ce qu’elle voyait et entendait. Rien de tout cela ne se perdait, un appareil enregistreur distant se chargeait de tout conserver. La machine espionne ne pouvait capter que la moitié de la conversation car les paroles de « L’Invisible » lui étaient inaccessibles, mais cette demi-information serait malgré tout d’un énorme intérêt pour certaines oreilles. Effectivement, on s’intéressait de très près à ce qui se passait dans les coulisses de cet appartement. Quand il n’était pas possible de suivre en direct, il suffisait de consulter les enregistrements pour ne rien perdre. On avait appris beaucoup de choses aux travers des capteurs de l’insecte robot et, quelque part, on se demandait si le moment de rendre une courtoise visite à ce Bartol était arrivé ou s’il était préférable d’attendre encore un peu. Mais ce moment n’était plus très loin de toute évidence… on s’y préparait déjà. |
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