Il sera… Science fiction

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64. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

Dans la famille Polikant, Saphi suivait son huitième cours de pilotage d’interface encéphalique. La leçon avait commencé depuis une demi-heure environ. Tout cet enseignement n’était pas de trop ; la maîtrise des commandes céph-graphiques et céph-vocales réclamait du temps. Son professeur lui avait montré que certaines manipulations étaient plus faciles, voire même seulement réalisables, avec l’interface céph-graphique. On pouvait aussi utiliser les deux types d’interface simultanément. Ils avaient aussi parlé des commandes céph-mentales, mais maîtriser ces dernières réclamait tant de patience et de persévérance que Saphi préférait remettre leurs études à une date ultérieure, sine die.

Lors de la leçon précédente, Sompolo l’avait entraînée à fabriquer, modifier, et déplacer des objets virtuels, au moyen d’un exercice qui l’avait enthousiasmée. Il s’agissait de réaliser un répertoire convivial ne contenant que les douze personnes les plus souvent contactées. Il était constitué de douze scènes, disposées en quatre colonnes hautes de trois. Elle les avait soigneusement choisies, puis, avec l’aide de son professeur, elle avait utilisé les interfaces céph-vocales et céph-graphiques pour leur donner à toute la même taille apparente : des cubes de quinze centimètres d’arête vus à une distance de soixante centimètres. Dans le premier de ces cubes était une scène de la personne élue par son cœur, Ouma Sam’la, une jeune fille de 20 ans, 2 ans de plus que Saphi. Elles se connaissaient depuis dix ans. Enfants, elles avaient souvent joué ensemble. Petit à petit, elles s’étaient rendu compte qu’elles étaient bien ensemble, puis plus tard elles avaient réalisé qu’elles s’aimaient. Histoire ordinaire, comme il en existe tant bien sûr ! mais elle n’en était pas moins belle et tendre pour autant ! tant il est vrai que, vue par ceux qui en interprètent le premier rôle, une histoire d’amour n’est jamais banale. Le court extrait, une boucle qui ne durait que deux minutes avant de reprendre du début, avait été pris dans une scène qui datait de quelques mois. En première séquence, Ouma Sam’la y souriait un moment en gros plan. Derrière elle se courbait la piscine cylindrique en apesanteur du Seigneur Cosmique, l’astronef le plus prestigieux jamais construit, orgueil de la société Transmonde. La jeune femme s’éloignait ensuite vers le cylindre d’eau, en jetant au spectateur quelques sourires par-dessus son épaule. La dernière séquence la montrait en train de plonger de quelque deux mètres de hauteur vers la surface concave des flots qui miroitaient sous les feux ardents d’un pseudo-soleil de cent mégawatts. Le Seigneur Cosmique glissant dans le néant noir à destination de Mars, Ouma avait réseautransmis à Saphi ces images que son père venait à peine de prendre. Depuis elle était revenue, mais Saphi gardait précieusement toutes les scènes de son amie.

Le deuxième cube avait aussi son importance. Entre ses arêtes s’animait un garçon qu’elle aimait beaucoup. Il arrivait qu’ils fassent l’amour ensemble.

La troisième position était occupée par son professeur ; elle l’avait elle-même filmé à son insu en pleine crise de fou rire. C’était Nounours qui avait provoqué cette crise d’hilarité, lors d’une précédente leçon. Saphi et Cara avaient beaucoup ri aussi, en regardant l’angémo tenter d’attraper les motifs abstraits qui se mouvaient sur la paroi de la tour. Plus ils riaient tous ensemble, plus le décor se métamorphosait, plus Nounours bondissait dans l’espoir d’attraper une forme, plus ils riaient tous ensemble… C’était un bon souvenir. Il était important que Sompolo figurât dans son répertoire rapide car elle avait souvent besoin de l’appeler pour lui demander des conseils. Et puis, elle l’aimait bien. À vrai dire, c’était même la seule personne de plus de 25 ans, qui fût capable de la comprendre.

Les autres cubes n’avaient pas encore de locataires. Elle avait tout le temps de trouver des extraits de scènes pour les remplir. Le fonctionnement du répertoire était simple. Il suffisait de l’appeler « Commande céph : mon répertoire » puis de regarder un des cubes et prononcer « Appeler » ou « Lui » ou n’importe quelle expression interprétable par l’interface céph-vocale.

L’ambiance était à la bonne humeur. Saphi était d’un naturel plus enclin à rire et à s’amuser qu’à travailler. Mais monsieur Sompolo, en bon professeur, qui aimait son métier, la remettait aimablement mais fermement à l’ouvrage :

— Bon ! Saphi. Je vois que tu te déconcentres…

— …

— Si si ! Tu ne fais que regarder la scène de ton amie Ouma. Comme si tu ne la connaissais pas déjà, enfin !

— Ça va prof, tout brille. Je progresse tout de même.

— Heureusement ! Bon, écoute, je ne vais pas te laisser te répandre comme ça. Il faut apprendre. Sinon ton père va nous dire que nous sommes des flaques.

En entendant parler de son père, Saphi lève les sourcils et les yeux au plafond. Pour l’avoir déjà vue plusieurs fois, Sompolo connaît bien cette grimace. Un mélange de mépris et de dédain, nappé d’une couche de détachement, le tout relevé d’une généreuse rasade de dégoût, telle semblait être la recette de l’expression qui salissait l’innocent visage de sa jeune élève dans ces moments-là. Se doutant bien que l’adolescente se faisait déjà suffisamment de mal toute seule, il évitait toujours de stagner sur ce sujet.

— Je vais te résumer ce que je t’ai appris ces derniers temps… Bon… euh… Le logiciel d’interprétation céph-vocale est suffisamment intelligent pour comprendre des injonctions du type : « Plus grand, ou plus petit, le cube. Plus à droite. Un peu vers le haut. Plus loin. Trop loin. Aligner les cent cubes sur dix colonnes. Extraire une partie de cette scène (Celle que tu regardes au moment où tu donnes l’ordre). Enlever quatre minutes et huit secondes au début. Garder les deux minutes suivantes… » Ce n’est pas très difficile, tu sais. La seule chose importante que tu dois garder à l’esprit, c’est que l’interpréteur de commandes céph-vocales a constamment besoin de savoir si c’est bien à lui que tu parles. Or, il y a deux manières de le lui préciser. Pour une commande unique, par exemple « Appeler untel » il suffit de commencer sa phrase par un préfixe de commande céph-vocale. Le plus couramment utilisé étant « Commande céph » mais tu sais qu’on peut le changer pour le personnaliser. C’est une manière rapide et confortable d’indiquer à sa céph que les paroles qui suivent lui sont destinées. Dans une série de nombreuses commandes, pour éviter de répéter continuellement le préfixe, ce qui à la longue devient vite pénible, il faut ajouter le mot « Début » pour commencer, et terminer avec le mot « Fin ». Donc, tu commences par : « Début Commande céph » tu parles avec ta céph aussi longtemps que tu le souhaites, puis tu termines par : « Fin Commande céph ». Tu suis ce que je te dis, Saphi ?

— Ça brille, prof ! Je vous assure que j’ai bien compris tout ça. J’aimerais justement modifier le préfixe d’appel pour mes commandes céph.

La mode en ce moment, chez les jeunes terriens, c’est d’avoir un nom d’artiste comme préfixe de Commande céph personnalisé.

— D’accord ! dit Sompolo. Quel préfixe ? Alnotibus ?

— Non ! Alnotibus ! non mais quelle horreur ! C’est bon pour les vieux.

— Ah bon ! Qui donc alors ? demande en souriant le professeur.

Il est parfaitement à l’aise avec son élève. Au fil des leçons, ils ont appris à se connaître tous les deux. C’est une jeune fille gâtée comme la plupart des enfants nantis, mais c’est avant tout une jeune fille intelligente et aimable. Une certaine complicité s’est même instaurée entre eux. Elle lui confie quelques petits secrets d’adolescente et lui quelques confidences au sujet de son existence. Il a rarement affaire à ses parents, mais il n’a pas eu besoin de beaucoup de temps pour esquisser son opinion : la mère n’est pas méchante, mais un peu dingue, et le père est un imbécile très pédant.

— Alga Sorem ! s’exclame-t-elle, sur le ton que l’on emploie pour dire une évidence.

— Alga Sorem ! Quel truisme ! Bien sûr, j’aurais dû penser à elle. Vhouououou ! combien vieux je suis !

Elle rit en se moquant aimablement de lui. Ses cheveux vert vif sont coiffés de telle sorte qu’ils font penser à des algues ondulantes. Sa peau est sans cesse parcourue par le miroitement d’une activité océane. Des vagues cristallines entremêlent leurs rides brillantes sur un fond bleu-vert. Un biogrimage caméléon signé par Alga Sorem, la célèbre biogrimeuse Mondaginaire. Reconnue par les adolescents de tous les mondes, elle fascine car ses œuvres s’affichent sur ce qu’elle n’a plus depuis longtemps : un corps. La peau et les tissus à couleur changeante reviennent régulièrement à la mode tous les quatre ou cinq ans. En ce qui concerne la peau, le nom de la technique, mise au point par Génética Sapiens, pour obtenir cet effet, vient de l’animal porteur d’un des gènes utilisés : le caméléon. C’est en tout cas l’explication la plus répandue que l’on donne au sujet de son appellation. Probablement parce qu’il est évocateur et plaisant, le même terme est couramment employé pour parler des tissus doués de la même propriété ; leurs nanotuiles font appel à un principe analogue à celui qui permet l’homochromie du lézard dont il est question.

Sompolo sait que Saphi, pour ce seul biogrimage, a dû dépenser plus qu’il ne gagne en un an, mais il ne lui en veut pas. Il connaît la vie ! Elle est ainsi faite ! Lui-même ne gagne-t-il pas en un jour ce que certains, proches du ghetto, gagnent en un an !

La porte transparente, en bas du tube de l’ascenseur, s’ouvre silencieusement sur Cara, la petite sœur de Saphi. Les petits bras de l’enfant sont profondément immergés dans la fourrure extravagante de Nounours, son angémo, qu’elle porte pressé contre sa poitrine. Elle les interrompt avec un enthousiasme ardent :

— Saphi, Monsieur Prof, venez vite voir la surprise que papa il avait dit. Oh ! il est mignon ! venez ! venez !

— De quoi est-il donc question, Cara, s’étonne Saphi. Explique-toi, s’il te plaît.

— …pa il avait dit. Oh ! il est mignon ! venez ! venez ! insiste Nounours d’un air très digne, mais avec exactement la même voix et la même intonation excitée de sa petite maîtresse.

— Un monsieur vient d’arriver pour nous apporter la surprise que Papa il avait dit et que je peux pas dire parce que c’est une surprise.

— Tu n’as même pas dit bonjour à monsieur Sompolo.

— Bonjour, Monsieur Sopolo, trépigne Cara. Venez voir vite, venez ! Il est mignon !

— Allons voir ça, prof, voulez-vous ? J’ai oublié de vous dire que mon père nous avait promis une surprise. Ça semble si important ! Nous reprendrons votre cours un peu plus tard.

Ils prennent tous les trois l’ascenseur. Monsieur Sompolo a repris l’habitude de la pesanteur terrestre. Sa démarche est à présent normale.

— Bonjour, Monsieur Sopolo ! Venez voir vite, venez ! rediffuse Nounours, les deux yeux bouchés par ses oreilles roses.

À l’aide de ses pattes avant, il appuie ses pavillons sur le devant de son museau.

 

***

Tout petit par terre, C12/5 lève son long bras pour tenir le pouce de Daniol Murat. Ses petits yeux pleins d’étonnement errent autour de lui dans la vaste pièce qu’il découvre. De temps en temps il lève la tête et regarde les deux visages inconnus. Madame et monsieur Polikant viennent de les accueillir. Ce sont des poils sur le crâne eux aussi, a-t-il immédiatement constaté. Mais cela ne l’intéresse pas plus que ça ! Qu’est-ce qui pourrait bien l’étonner à présent ? À présent qu’il sait ! À présent qu’il a vu ! Quelle autre surprise aussi grande l’existence pourrait-elle lui brandir sous le nez ?

Le monde continue à s’étendre derrière les murs de sa cellule.

Bouleversé, l’enfant angémo est encore sous le choc de cette découverte. Une si éclatante révélation qu’il vient de faire quelques minutes auparavant, en quittant sa prison pour la première fois ! Son esprit n’a pas encore fini de l’assimiler et son intelligence est encore en train de s’en repaître. Sa tête s’enchante d’horizons grisants et de profondeurs délicieuses. Et, tandis que la curiosité fertilise son cerveau avide, son cœur s’emplit d’ivresse à l’idée de découvrir ce qui est plus loin.

— Allons nous asseoir au salon, Monsieur euh… hésite monsieur Polikant.

Il prend toujours plaisir à mimer celui qui oublie le nom de ceux qu’il juge moins importants que lui. Son comportement vis-à-vis de ses interlocuteurs dépend du niveau social de ces derniers : servile pour dialoguer avec un puissant, méprisant pour considérer un moins nanti que lui.

— Daniol Murat.

— Daniol Murat. C’est ça ! Alan me l’avait dit, bien sûr mais…

C’est ça ! se dit Daniol, je comprend le sous-entendu primaire : je suis trop important pour me souvenir des petits noms, mais notez que j’appelle votre supérieur hiérarchique par son prénom.

Monsieur Polikant désigne un divan. Le psychologue s’assoit, un peu crispé. C12/5 prend place, à cheval sur son genou droit. Madame Polikant a posé son séant à leur gauche, sur le même divan. C’est une étrange femme. Physiquement, elle donne l’étrange impression d’être affalée à l’intérieur de sa peau. Elle se tient comme un sac de sable. Ses biogrimages, petites écailles transparentes un peu argentées sur le dos des mains, et fines plumes blanches sur les tempes, sont démodés depuis deux ans, selon les dires de sa fille Saphi. Depuis plusieurs mois déjà, elle pense à aller dans son salon de plastique corporelle pour se remettre au goût du jour. Mais elle n’a pas le moral. De toute façon, son mari lui reprochera toujours de n’avoir aucune classe et de ne pas être à sa hauteur.

— Comment il s’appelle, ce petit singe ? demande-t-elle soudain, d’une voix extrêmement aigre, le menton tendu vers C12/5.

Surpris, Daniol Murat bafouille.

— Eh bien… C’est-à-dire… heu…

Le directeur d’Amis Angémos de Marsa sourit à sa femme du haut de sa condescendance.

— Voyons Zooltane chérie, chaque chose en son temps. Je suis certain que Monsieur… euh…

— Daniol Murat, lui rappelle le psychologue.

— Daniol, c’est vrai, va nous expliquer tout ça dans un moment. Attendons que Cara revienne avec sa sœur.

— Oui oui ! Grince-t-elle une seconde fois. Mais… dites-nous seulement comment il s’appelle, ce petit singe.

— Justement, tente d’expliquer Daniol Murat, il n’a pas de nom encore. On m’a dit que c’est à vous de…

— Toi, homme ; moi, angémo, intervient soudain C12/5, le doigt dirigé vers son buste.

Les deux Polikant ont un sursaut bien visible.

— Mais… qu’a-t-il dit ? crisse la femme.

— Je suis un angémo. Vous êtes trois hommes, précise l’enfant transgénique.

Barlox Polikant ne dit pas un mot, une expression de stupeur ébranle son air compassé. Sa femme griffe l’ambiance avec sa voix acide dans une interminable exclamation de surprise. Sorte de cris de souris à percer les oreilles d’un sourd :

— Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

— Il comprend donc ce que l’on dit, réalise le mari.

— Bien sûr ! je pensais que vous le saviez. Alan Blador ne vous a-t-il pas expliqué… les Classe 12…

— Si, oui… si si !… mais ça surprend tout de même et… Ah ! mais voilà mes filles qui arrivent.

Saphi et Cara, qui porte toujours Nounours dans ses bras, ainsi que monsieur Sompolo arrivent pour voir la surprise. Méli-mélo. Confusion. Tout le monde se met à parler en même temps. Barlox Polikant présente Daniol Murat à Saphi et au formateur de pilotage céph. Zooltane Polikant leur explique que : « Le singe a parlé ». Nounours répète quelques éléments de phrases attrapés au vol ici et là avec la fidélité de reproduction d’un enregistrement.

— Comment t’appelles, petit singe, demande Cara.

— Non. Pas petit singe. Il faut dire : ANGÉMO, répond C12/5, en appuyant le terme qu’il recommande sur le ton scolaire que Daniol Murat a l’habitude d’utiliser pour le corriger.

Tous les regards convergent vers C12/5. Saphi est stupéfaite. Monsieur Sompolo roule deux énormes yeux incrédules. Barlox Polikant effleure tout le monde d’un regard fier du genre : « Voyez cet angémo à la mesure de mon importance ! ». Sa femme lance, de-ci, de-là, diverses voyelles déchirées en dents de scie. Nounours en renvoie une de temps en temps tout en frottant sa truffe avec une physionomie comiquement réfléchie. Cara le présente à C12/5 qui ne réalise pas encore qu’il est le centre d’intérêt de tout le monde.

— Lui, c’est Nounours. Il fait que de redire ce qu’on dit. Même…Alors ! Mais il est gentil tout doux et il court très vite.

— Lui Nounours, répond aussitôt C12/5. Toi, petit homme. Moi, petit poilu partout noir. Lui, petit poilu partout rouge. Toi, petit poilu tête noir.

Son explication terminée, le petit quadrumane, toujours assis sur le genou droit de Daniol Murat, illumine sa face d’un magnifique sourire qu’il adresse à Cara. Comme elle lui en rend un tout aussi lumineux, il manifeste sa joie par quelques pitreries qu’il exécute sur le dos en gesticulant de manière désordonnée. L’éthologue est obligé de le tenir pour lui éviter une chute, mais la démonstration n’a pas été inutile ; Cara est enthousiaste. Sa mère est en revanche plutôt soucieuse.

— Comme il parle maaaaaal ! s’inquiète-t-elle. Quelle honte devant des invités ! Je n’y survivrai pas !

— Voyons, intervient son mari, Zooltane chérie ! Tu sais bien qu’il est en pleine éducation. Alan nous avait prévenus d’ailleurs… N’est-ce pas ? Monsieur euh…

Il pousse un signe de tête vers le psychologue.

— Daniol Murat, répète patiemment ce dernier.

— Oui, c’est ça ! D’ailleurs, monsieur Murat doit venir régulièrement pour terminer son instruction. Alan m’a parlé de sa compétence. Je pense que nous pouvons lui faire confiance. C’est son métier de s’occuper des animaux. N’est-ce pas ! que vous allez revenir régulièrement pour l’éduquer Monsieur… euh… ?

— Oui, c’est bien ce qui est convenu, confirme Daniol Murat, sans prendre la peine de rappeler encore une fois son nom.

— Alors ! s’exclame aussitôt Barlox Polikant, en s’adressant au formateur de pilotage céph. Qu’en pensez-vous, Monsieur… euh… ?

— Rien ne m’avait préparé à une telle surprise, avoue monsieur Sompolo (Il s’est résigné à ce que son client le nomme « euh »). Je ne savais pas que ces angémos-là existaient.

— Comment ! s’indigne le maître attitré de C12/5, n’avez-vous pas suivi la retransmission de la visite de Sandrila Robatiny au magasin Amis Angémos de Marsa ?

— J’en ai entendu parler, mentit Sompolo. Mais… je devais être trop occupé… mon voyage de retour de Mars probablement…

— Vous y auriez appris leur existence. Sandrila en a parlé quand elle est venue me voir.

Concluant tout à coup que ce formateur de céph pilotage est un pur crétin, il décide de ne plus lui accorder son attention. Saphi est attendrie par C12/5. Elle voudrait s’approcher mais elle trouve plus raisonnable d’attendre un peu. Il y a trop de monde autour de lui.

— Comment t’appelles, petit singe, redemande Cara, estimant qu’elle n’a pas eu de réponse satisfaisante la première fois. Moi je m’appelle Cara. Comment t’appelles toi ?

— On dit : « Comment t’appelles TU » Cara ! lui souffle Saphi avec un sourire tendre et amusé.

— Tais-toi Cara, ma chérie, dit madame Polikant. Ne parle pas avec cette bête tant que maman ne l’a pas lavée. Éloigne-toi d’elle.

Daniol Murat gère de plus en plus mal son malaise. Au moment où il tente d’expliquer que C12/5 n’est pas sale, qu’il n’a pas encore de nom, qu’il est urgent pour son équilibre de lui en donner un, et qu’il ne faut pas se formaliser de son langage encore rudimentaire, le petit être l’interroge en tendant son index dans différentes directions :

— Ça t’appelle Cara ! Ça t’appelle Nounours. Comment moi t’appelle ?

— Son nom est Cara, explique l’éthologue en montant à son tour avec le doigt. Son nom est Nounours. Tu n’as pas encore de nom. Mais tu en auras un bientôt.

Il n’a qu’un dixième de seconde pour souffrir du remords de ne pas avoir songé à le préparer à cette situation, car un cri horrible le fait tressaillir :

— Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! qu’il parle maaaaaaaal ! mon dieu ! quelle horreur ! Je ne m’y ferai jamais !

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