Il sera… Science fiction

 

Science fiction
Chapitre précédent       Chapitre suivant
Accueil
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80
76   Nous sommes Sandrila Robatiny

 

Il pleuvait toujours à verse. Sous la lumière diffuse, la créature d’or qui approchait avait remplacé son éblouissante rutilance par une apaisante luisance.

— < So Zolss souhaite vous parler, perçurent les cellules auditives de l’Éternelle. Acceptez-vous la communication ?

— > Oui, lâcha-t-elle.

La voix de l’empereur du Réseau atteignit son cerveau :

— :: Bonjour, Mademoiselle Sandrila Robatiny.

Elle s’y était préparée. Il fallait le déstabiliser dès le début et lui asséner coup sur coup pour l’empêcher de se relever. Surtout, ne montrer aucune faiblesse. Dissimuler jusqu’au bout ses sentiments pour Bartol. Oubliant C, qui s’arrêta à deux mètres d’elle, elle attaqua le plus brutalement qu’elle put.

— :: Voici l’alternative que je vous offre, Zolss : soit vous continuez votre petit commerce, sous mon contrôle et pour mon profit, tel un docile employé de Génética Sapiens et à ce moment-là tant que vous serez performant vous aurez un salaire, soit je finance l’Organisation, je vous écrase et je vous piétine jusqu’à vous conduire au ghetto.

Le visage de C s’épanouit d’un magnifique sourire qui évolua pour exprimer beaucoup de fierté, de la complicité, de l’amour… et… l’Éternelle en fut certaine, une trace bien visible de soulagement. Mon discours la rassure, s’étonna-t-elle. Mais pourquoi ? Elle n’eût pas le temps de traiter davantage cette information ; il fallait en finir avec So Zolss. Celui-ci n’avait encore pas fait mine de répondre. D’une commande mentale, elle redirigea sa réception céph vers celle de C pour qu’elles puissent ensemble entendre les réponses du patron de Méga-Standard. Elle reprit :

— :: Je n’ai aucun temps à perdre Zolss, je n’attendrai pas votre réponse une éternité. D’autant que, d’après ce que j’ai cru comprendre en faisant des connaissances dans l’Organisation, vous n’avez en définitive aucune compétence un tant soit peu intéressante. Vous ne devrez votre salut qu’au fait que vous soyez déjà en place et que par conséquent vous ayez une structure qui fonctionne. N’oubliez pas pour votre réflexion d’intégrer que l’Organisation compte un grand nombre de personnes disposées à prendre votre place.

Avant de poursuivre, l’Éternelle s’accorda une seconde pour analyser la face du clone en serrant mentalement les dents. Elle avait l’impression d’être prise entre deux feux : celui de sa communication et celui de ce visage aussi luisant que le masque de Toutankhamon qui, suspendu à ses lèvres, semblait attendre quelque chose d’elle. On dirait qu’elle doute de moi, se dit la bicentenaire. C’est comme si elle avait besoin d’être rassurée au sujet de ma combativité.

Ce constat lança un processus de cogitation, presque subconscient, dans un recoin de son esprit ; quelques milliards de neurones se mirent au travail pour traiter ce sujet pendant que, consciemment, elle poursuivait une autre tâche, celle de sa délicate joute oratoire. Le passage le plus délicat restait à aborder. Ses yeux abandonnèrent la statue d’or vivant pour fixer sans le voir le sigle qui tournait cent mètres sous ses pieds. So Zolss gardait le silence. Elle savait qu’il analysait sa voix et que son équipe lui avait confirmé que les datagrammes qu’il recevait d’elle n’étaient pas produits par MS-Connexion, le LCR de Méga-Standard, mais par Blisnud.X, celui de l’Organisation.

— :: Vous me demandez donc de vous donner les clés de mon empire et vous me faites l’aumône en m’offrant la possibilité de travailler pour vous.

— :: Votre empire ! n’exagérez pas Zolss. Il n’est plus temps de marchander. Votre affaire ne vaut rien. Vous avez aujourd’hui la preuve que votre pouvoir, comme vous aimez tant le dire, ne repose pas sur de bien solides fondations. Il suffit de quelques idéalistes, jouant comme des gamins dans l’ombre, pour vous tenir en échec. Vous parlez d’un empire ! Au fait ! Puisqu’il s’agit de ceux qui s’en gaussent, j’ai une commission à vous faire de leur part. C’est au sujet de celui d’entre eux que vous avez kidnappé dans l’espoir futile de faire pression sur moi. Je me sens un peu responsable puisque c’était moi qui étais visée. Rendez-leur cet homme. Sur-le-champ Zolss, c’est un ordre !

Le grand directeur de Méga-Standard resta muet. Sandrila Robatiny coupa la communication sur ce dernier mot. Elle avait réussi à se contrôler pour asséner ses menaces d’estoc et de taille, mais à présent que son rôle était terminé, que la suite des événements ne dépendait plus d’elle, ou du moins qu’elle ne savait plus que faire pour contribuer à la libération de Bartol, son anxiété prit des proportions paroxysmiques. Le regard de C lui confirma que le typhon intérieur qui lui torsadait les tripes était visible de l’extérieur. Elle décida de ne plus rien lui cacher. Était-ce parce qu’elle n’avait plus le choix ou était-elle mue par un véritable élan de sincérité la poussant à se confier ? Elle ne sut répondre à cette question, il faut dire que c’est à peine si elle se la posa.

— Je… laissa-t-elle choir.

— Hum ? encouragea le clone.

— Je suis amoureuse de ce Bartol. Je ne sais pas comment Zolss a été au courant de ma liaison, mais…

— …

— Il l’a fait enlever pour exercer un chantage sur moi.

— Assieds-toi.

L’Éternelle réalisa que, tout en l’écoutant, C l’avait prise par le bras pour l’entraîner vers un fauteuil.

— Maman, assieds-toi, répéta doucement le clone.

L’Éternelle obtempéra. C s’agenouilla près d’elle, saisit la main droite de son aînée et la pressa sur sa joue gauche en lui faisant faire des mouvements de caresses.

— Que feras-tu quand cet homme sera de nouveau près de toi ?

L’Éternelle ne parut pas entendre la question. Mais, au moment où elle allait lui être posée pour la seconde fois, elle répondit :

— Pourquoi me demandes-tu ça ?

— Je me fais du souci pour toi, maman, affirma le clone d’or, avec un air sincèrement inquiet et en câlinant toujours tendrement la main contre sa joue. Pour toi et aussi pour Génética Sapiens.

Sandrila Robatiny eut la désagréable impression de se retrouver dans la situation d’une grande malade dont l’état de santé mentale préoccupe sa fille.

— Que veux-tu dire ? fronça-t-elle des sourcils, en arrachant sa main de la câlinerie.

Sans un mot, le clone joignit soigneusement les siennes en se concentrant sur la pointe de ses majeurs comme s’il eut été de la plus extrême importance qu’ils fussent parfaitement à la même hauteur.

— Que voulais-tu dire ? insista l’Éternelle.

Sa cadette enfonça silencieusement ses deux mains, soigneusement plaquées l’une contre l’autre, entre ses cuisses et leva ses yeux pépites vers ceux de celle qui attendait sa réponse.

— Tu ne m’as posé aucune question sur la bonne marche de Génética Sapiens depuis ton arrivée. Aucune. C’est étonnant !… donc, je m’étonne.

— …

— J’ai bien vu que quelque chose te préoccupait… mais… … j’ai espéré que ce manque d’intérêt pour les affaires courantes de Gén était dû à ton désir de te concentrer sur la démolition de So Zolss. C’est dommage…

— … ?

— … Bien dommage…

— Qu’est-ce qui est dommage ? s’irrita l’impératrice du gène.

— Tu as atteint le but que tu t’étais fixé. Et, de retour aux commandes de Gén, tu te laisses distraire par…

C cherchait ces mots.

— Par ?

— Par des préoccupations… et même des émotions totalement adventices.

— Je… commença l’Éternelle, mais plus rien ne sortit de ses lèvres.

— Tu n’as absolument plus rien à négocier avec So Zolss, reprit le clone d’or. Tu me l’as toi-même expliqué. Son affaire n’a plus aucune valeur. Elle ne vaut pas le coup d’être reprise. Si tu la reprenais à ton compte, tu aurais l’Organisation sur le dos. On peut édifier et garder une main mise sur les sciences et les techniques de la vie parce que les produits qui en découlent sont matériels. Pour réaliser les études, les expérimentations, pour les mettre en production et les distribuer, il faut de lourdes structures technologiques, des appareillages coûteux. Comme dans le domaine expérimental de la physique ! Gén possède cet appareillage, c’est ce qui lui permet de se rendre indispensable dans ce domaine. Pour conserver le monopole, je ne vais pas te l’apprendre, il suffit de veiller à ce que personne ne soit sur le point de monter une structure comparable.

La femme la plus puissante des mondes écoutait en sachant parfaitement où voulait en venir sa jeune copie, mais elle n’éprouvait pas le besoin de l’interrompre pour le lui dire. Elle savait que C savait qu’elle savait. Tout était tacite entre elles. Le dénouement s’approchait. C avait pris l’initiative de l’approche. L’Éternelle lui en était reconnaissante. Elle lui en était reconnaissante parce qu’il fallait le faire et qu’elle n’en avait ni la force ni l’envie ; elle était lasse. Elle décida de la laisser faire et d’attendre que les choses se précisent. C continuait :

— L’informatique, ou du moins un logiciel aussi courant que le LCR, est indéfendable. Comme tu l’as toi-même dit à Zolss, il suffit de quelques millions de personnes résolues pour créer et faire évoluer un logiciel de connexion au Réseau concurrent valable. Pour le mettre au point, de petits moyens informatiques suffisent et pour le distribuer, il n’y a rien d’autre à faire que de le laisser à disposition sur le Réseau. Tout ceci, tu le sais. Tu l’as compris aussi bien que moi et voilà pourquoi tu n’as plus rien à négocier avec Méga-Standard. Pourtant je t’ai entendu le faire. C’est la raison de ma grande inquiétude. Je ne te reconnais plus.

— Moi non plus ! lança brutalement l’Éternelle.

— C’est à dire ?

— Moi non plus, je ne te reconnais plus. Depuis quand te sens-tu à ce point concernée par ma manière de piloter Gén ?

— Oh ! depuis longtemps. Enfin longtemps ! Je veux dire longtemps par rapport à mon âge bien sûr. Tout est relatif comme on dit. Ce qui est longtemps pour moi n’est sans doute qu’un bref instant pour toi. Disons… quelques années. Il y a quelques années que je suis, avec un vif intérêt, ta manière de gérer et de conquérir.

— Et ?

— Et !… Rassure-toi ! Je n’ai rien à dire de mal sur ta conduite. Rien à te reprocher, bien au contraire. J’ai beaucoup appris en te regardant faire. Surtout une chose primordiale. Très importante. Incontournable. Tu n’y as jamais dérogé… Jamais, pas une seule fois.

— Hum ?

— Une seule chose compte avant tout le reste. Une seule et unique : Génética Sapiens. Je ne t’ai jamais vu hésiter entre l’intérêt de Gén et quoi que ce fût d’autre. Engranger un centirank de plus pour Gén ou bien transformer un milliard de malheureux en un milliard de bienheureux ne t’aurait même pas fait hésiter une seconde. Le centirank était pour toi.

— Tu exagères, hurla presque la bicentenaire. Tu dis n’importe quoi ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce que…

— Ne te défends pas. Je te l’ai dit, pas de reproche, seulement un constat : aujourd’hui tu fais passer ton attachement pathologique pour un seul homme avant les intérêts de Gén. Reconnais-le.

— Hé bien oui ! Je le reconnais, se libéra l’Éternelle, avec un timbre de voix altéré par l’anxiété et l’exaspération. Oui ! et oui ! Gén, je m’en fiche. Je m’en fous ! Je m’en fous complètement ! Je veux que Zolss libère cet homme. C’est la seule chose qui m’intéresse.

— Tu n’es donc pas en mesure de gouverner Gén.

— Disons que j’ai d’autres soucis.

— Hum, je vois. Je voulais te demander… Cet homme…

— Oui ?

— Il était avec toi. Je veux dire que tu étais dans les parages quand il a disparu.

— Oui… ?

— Vous étiez ensemble ?

— Oui… Te dis-je ! C’est exact… et alors ?

— Alors, comment se fait-il que tu ne te sois pas posé une question au sujet de la disparition de ce Bartol ?

— Laquelle ? Quelle question ? De quoi parles-tu encore ?

— Si So Zolss a eu l’occasion de le faire kidnapper, comme tu le penses, pourquoi n’a-t-il pas touché à toi directement ?

La question eut l’effet d’un terrible coup de massue sur le sommet de son crâne. Elle était si simple ! Elle s’imposait tant à l’esprit ! Comment avait-elle pu lui échapper si longtemps ? Elle se conspua en secret et, de nouveau, elle mit son âge au centre de ses doutes. Elle posa un regard triste et dérouté sur le visage d’or. Aucune réponse ne lui vint aux lèvres. Que pouvait-elle répondre ? se demanda-t-elle. « Ah oui, c’est vrai ! Je n’y avais pas songé. » Difficile de trouver plus stupide ! Elle doit me trouver bien crétine, s’enfonça-t-elle. Mon vieux cerveau est complètement ankylosé.

— Tu sais maman, je pense que tu as besoin de te détendre, dit C en lui reprenant la main.

L’Éternelle sentit un très bref instant une légère pression sur son poignet. À peine eût-elle le temps de le noter que cela ne l’intéressait déjà plus. La voix de la statue dorée semblait prendre de la distance tandis qu’elle plongeait dans un étrange brouillard d’indifférence ouatée. Elle savait ce qui lui arrivait. La substance qui agissait en elle était produite par Génética Sapiens.

— Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-elle, en s’enfonçant dans son fauteuil.

Elle n’attendait pas vraiment une réponse ; après tout… que lui importait. Ses bras se détendirent paresseusement sur les accoudoirs. Elle bâilla.

— J’ai fait ça parce qu’il est temps que je prenne les rênes de notre empire. Tu n’es plus en mesure de gouverner Gén, comme nous venons de le voir ensemble. Je vais bien m’en occuper, ne t’inquiète pas. Tu nous as déjà tant donné. C’est à présent à moi de travailler pour nous. De toute façon, ce sera exactement comme si c’était toi qui continuais. N’oublie pas que je suis toi en plus jeune. Je suis Sandrila Robatiny, tu es Sandrila Robatiny, nous sommes Sandrila Robatiny. Tu as bien mérité le repos. Ne t’inquiète pas pour ton Bartol. J’ai veillé à ce qu’il soit bien traité. Il va très bien. J’ai de grands projets pour Génética Sapiens. La Génétique est entièrement acquise, nous allons nous étendre dans un autre domaine : la physique. La grande. La recherche fondamentale. Nous allons financer l’accélérateur de particules qui ceinturera la lune. Les Sandrila Robatiny remporteront le brevet de l’antigravitation. Quand je dis : les Sandrila Robatiny, ce n’est qu’une manière de parler. Finalement, il n’y a qu’une Sandrila Robatiny. Elle est dans deux corps, voilà tout. Nous sommes Sandrila Robatiny. Mais revenons à l’antigravitation, parlons du prochain brevet de Gén sur les antigravitons. Tu vas voir maman, tu vas voir comme j’ai des projets pour mériter d’être ton double. Génética Sapiens s’enrichira dans des proportions considérables avec cette technologie. Tout le monde se ruera dessus. Toutes les compagnies spatiales pour commencer. Mais même tout ce qui nécessitera d’être transporté à la surface des mondes tirera parti de l’antigravitation. Et… tu sais quoi ?

L’Éternelle regardait sa jeune jumelle génétique en rêvassant comme on laisse traîner des yeux distraits dans les nuages qui prennent des formes. Elle l’entendait comme on perçoit le murmure du vent. De temps à autre le visage doré prenait une expression qui retenait un peu son attention et parfois aussi elle entendait une phrase qui parvenait à couvrir le serein ronronnement de son inappétence.

— Pourquoi te donner tant de mal ? demanda-t-elle, presque machinalement. Nous avons de quoi vivre confortablement pour si longtemps.

— D’abord, longtemps c’est relatif, ce n’est en tout cas pas l’éternité.

« Parce que tu comptes vivre éternellement ?! » fut la question exclamative qui erra comme un voile de brume dans l’esprit détaché de l’impératrice ; d’une force et d’une consistance insuffisante pour franchir des lèvres closes par l’apathie, elle fondit et disparut.

— Ensuite, continuait le clone, sur un ton de plus en plus exalté, il est important que j’accomplisse pour nous un travail au moins égal au tien. Il faut que mon mérite soit identique. Je suis ton clone. Je suis toi. Il faut que je fasse mes preuves. Je ne veux pas être une IMAGE de Sandrila Robatiny. Je veux être UNE Sandrila Robatiny. Ton égale. Non, je me suis encore mal exprimée, je ne veux pas être une Sandrila Robatiny de plus. J’ai déjà dit qu’il n’y en avait qu’une seule. Je veux pouvoir mériter et assumer la part de Sandrila Robatiny que je suis. Je dois œuvrer à mon tour pour la grandeur de Gén. J’ai raison, n’est-ce pas maman ? J’ai raison. Je ne suis pas une ingrate. Tu m’as élevée dans le luxe et dans la facilité. Maintenant c’est fini, c’est à mon tour de combattre pour nous. Tu te reposeras, tu me regarderas faire. J’ai besoin de ça maman. Comprends-tu ?

L’Éternelle comprenait, oui. Elle comprenait qu’elle aurait dû faire davantage attention à C durant son enfance, son adolescence, et même plus tard. Elle comprenait que quelque chose lui avait échappé. Elle comprenait, mais… qu’elle importance ! De toute manière, il était trop tard. Pourquoi se faire du mal en s’en souciant ? Dans sa lutte contre la drogue, sa conscience profonde eut cependant un spasme de révolte.

— Administre-moi l’antidote. Arrête ça ! Veux-tu ? Nous allons nous expliquer. Tout est de ma faute. Rends-moi ma volonté. Rends-moi Bartol aussi. Je te laisserai Gén. Nous allons parler, tout expliquer. Libère-moi de ces chaînes chimiques.

C pencha la tête de côté. Une grimace chargée de douleur couvrit sa face dorée.

— Maman, je ne veux pas que tu sois malheureuse. Je veux seulement que tu m’aimes et que tu sois fière de moi. Que nous soyons bien toutes deux dans nos peaux de Sandrila Robatiny. Ne soyons ni tristes ni faibles. Nous sommes Sandrila Robatiny. Nous n’avons pas le droit d’être faibles.

— L’antidote… Arrête…

— Quant à moi… Étant donné que je n’ai jamais été pauvre, comme tu l’as été. Et… … Étant également donné que je tiens à parcourir un chemin, au moins aussi long que le tien pour être aussi méritante que toi… En partant de si haut, je vais être obligée de conquérir les étoiles !

Un silence long d’une demi-minute souda leurs yeux. Puis C lança :

— Et surtout n’oublie pas une chose qui hurle son évidence.

— ?……?

C parla lentement. Ses yeux pépites étaient dirigés vers ceux de sa souche génétique mais son regard était pensif, presque absent. Elle libéra des groupes de mots entrecoupés de silences méditatifs révélant que ses paroles n’étaient pas préméditées, qu’elles sortaient toutes chaudes du fourneau de sa réflexion.

— Toi, à ma place, hésita-t-elle, à ma place tu au… Je veux dire si tu avais eu la même existence que la mienne, tu aurais fait exactement la même chose… … … … … Puisque justement ! … … Seul notre vécu nous différencie. Donc, si tu avais eu le même vécu…

— !…… !

— Oui, … Et… de plus, mon vécu c’est toi qui me l’as offert… En grande partie du moins. Mais… … Je… Je ne sais pas si ça te consolera… mais…

— !…… ?

— Moi, à ta place… … Si ta vie avait été mon histoire, j’aurais également fait comme toi. Toujours pour la même raison : puisque seul notre vécu nous différencie.

— ?……!

 

Chapitre précédent       Chapitre suivant
Accueil