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Boris TZAPRENKO Encore
01/06/2001 / 17 h 30 … Zalon se retrouva dans la rue. Il venait de quitter son bureau et pensait encore à la chose extraordinaire qui était chez lui. Oserait-il ce soir ? Obsédé par cette question et plongé dans ses réflexions sur la nature du temps, il passa devant une petite pizzeria. Emporté par son pas rapide, il la dépassa d’une dizaine de mètres avant de s’arrêter pour faire demi-tour. Il réalisa qu’il avait faim. Un papillon perdu vint s’abattre sous son oeil droit. Il chassa l’insecte malheureux d’un revers de la main et entra dans le restaurant. — Bonjour, Monsieur ! … Ce sera ? demanda le pizzaïolo derrière son comptoir. — Une pizza, répondit Zalon, en méditant pour la énième fois sur le fait qu’il était commode de considérer le temps comme une quatrième dimension. — Ça, je m’en doute ! plaisanta l’homme, mais une pizza à quoi ? Vous avez le choix, là, regardez ! Il lui montra un tableau noir sur lequel ses offres étaient écrites à la craie. — Celle-ci, là, dit Zalon, en pointant son index au hasard. — Quatre fromages, c’est parti ! Elle est à vous dans dix minutes. Zalon attendit. Aurai-je le courage d’essayer, ce soir ? ne cessait-il de se demander.
01/06/2001 / 18 h 10 Zalon entra dans son appartement, ferma soigneusement la porte à double tour, accrocha les clefs dans un placard et posa la pizza sur la table. Il faut que je mange un peu, se dit-il en ouvrant le carton. Je n’ai rien avalé depuis… ? Au moins dix heures ! Une pensée amusante lui vint en tête : je pourrais aussi calmer ma faim en remontant le temps jusqu’au moment où j’aurai l’estomac plein. Il plia la pizza en deux et commença à la dévorer en se disant qu’il pourrait aussi la consommer plusieurs fois, avec la même faim, en retournant dans le passé de quelques minutes à chaque fois. Mais il n’avait encore jamais voyagé dans le temps. Et pour cause ! Personne ne pouvait voyager dans le temps ! Pourtant…, ne pouvait-il s’empêcher de penser, en regardant la chose mystérieuse qui trônait dans son salon. Non, c’était idiot, bien sûr ! Le voyage dans le temps était une idée, rien de plus.
01/06/2001 / 18 h 16 N’était-ce pas la plus stupéfiante des choses ! Zalon traversa l’enveloppe ovoïde pour prendre place dans le fauteuil cristallin. Il scruta encore une fois les énigmatiques instruments de bord en essayant d’en comprendre l’usage. Étaient-ils vraiment des instruments de bord ? Qu’eussent-ils pu être d’autre ? La chose était arrivée chez lui d’une manière qui était à la hauteur de son étrangeté. Une nuit, un son le réveilla. Il s’assit dans son lit et alluma. C’est alors qu’il crut voir un homme, ou une femme, il n’en savait rien, se tenir debout devant la porte de sa chambre, ouverte sur le salon. La créature, très mince, avait la partie supérieure du crâne très développée alors que sa mâchoire était vraiment petite, presque atrophiée. Frappé de stupeur, il ne remarqua pas comment elle était habillée. Tout en blanc, c’est tout ce dont il se souvenait. Et encore, il n’en était pas vraiment certain ! Il tressaillit quand elle lui parla : — Je viens du futur. Un incident difficile à expliquer a fait que je me retrouve ici avec mon véhicule temporel. Je suis désolé de vous causer des ennuis. Je n’ai pas beaucoup de temps pour vous expliquer tout cela. Je dois partir précipitamment en laissant mon tempomobil ici. Je reviendrai vous en débarrasser le plus vite possible. Ne l’utilisez pas, vous risqueriez de… Je dois partir de toute urgence, je reviendrai. La créature s’était précipitée dans le salon sans autre explication. Abasourdi, Zalon l’avait suivie, comme dans un rêve ; il se demandait encore aujourd’hui si ce n’en était pas vraiment un, d’ailleurs, tant tout cela semblait improbable. Sous ses yeux, la silhouette filiforme s’était assise dans cette chose extraordinaire qui était inexplicablement là, au milieu du salon. Elle avait effectué quelques gestes rapides, en levant ses bras graciles à l’intérieur de la coque de brume rouge, avant de soudainement disparaître. Zalon était resté longtemps devant la chose sans oser la toucher, ni même s’en approcher. Elle fascinait le regard. Il avait eu l’impression d’être un homme des cavernes soudainement placé devant un avion de chasse ou un écran de télévision. Dix jours s’étaient écoulés depuis que cet objet était chez lui, dix jours, et la créature n’était toujours pas revenue. Oui, vraiment, tout cela ressemblait à un rêve. Pourtant, la chose était bien là, devant lui. Il pouvait la toucher, s’asseoir à l’intérieur même. Elle n’avait rien d’onirique, elle ! Zalon sortit de l’habitacle vaporeux et feuilleta quelques ouvrages traitant de la nature du temps. Il s’attarda quinze minutes sur la relativité restreinte puis dix minutes sur le paradoxe de Langevin, mais il n’arrivait pas à se concentrer. Allait-il un jour oser ? Il essaya de tromper son obsession en regardant la télévision, mais rien n’arrivait à le distraire de cette question. Au bout d’une demi-heure, il l’éteignit et revint s’installer à bord de la chose.
01/06/2001 / 19 h 12 Encore une fois, son index survola le « bouton » vert devant lui, à hauteur de son nez. La luminosité du petit rectangle augmenta. Depuis plusieurs jours, quelque part en lui, une force le poussait à essayer. Zalon sentit son cœur s’emballer et s’il eut l’impression d’avoir du béton dans la gorge, c’est qu’il sût que cette force était sur le point de gagner, qu’il n’arrivait plus à lui résister. Son doigt se posa doucement sur le bouton. Il eut conscience de trembler de la tête aux pieds. La créature lui avait recommandé de ne pas utiliser son véhicule temporel. Sa voix résonnait encore dans sa mémoire. S’efforçant de contrôler la panique qui le submergea, Zalon appuya délibérément. Il entendit un faible ronronnement et ressentit un bref et très léger malaise. Si bref et si léger qu’il se dit que ce devait être entièrement psychopathologique. Et c’est ainsi qu’une fois encore ! …
01/06/2001 / 17 h 30 — Bonjour, Monsieur ! … Ce sera ? demanda le pizzaïolo derrière son comptoir… |
Remerciements
Je remercie Encore : Nathalie FLEURET |
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