Arguments courants contre le véganisme

Boris Tzaprenko. Arguments courants contre le véganisme

Boris Tzaprenko. Arguments courants contre le véganisme

Quelques-uns des contre-arguments les plus répandus qu’on entend ici ou là.

 

Le lion mange la gazelle

Le cri de la carotte

C’est un choix personnel

Ce n’est pas naturel

On a toujours fait comme ça !

À trop aimer les animaux, on n’aime plus les humains !

Avec tous les problèmes qu’il y a dans le monde…

Tu imposes ton choix à tes enfants, ça craint !

Hitler était végétarien

Sans élevages, il n’y aura plus d’animaux d’élevage

Les animaux ne respectent pas nos droits

Les animaux s’adaptent à la vie qu’on leur impose

Pour les animaux, la vie sauvage est bien plus dure

L’argument économique

L’homme a besoin de viande pour sa santé

La tradition

La majorité a forcément raison

Nous sommes plus intelligents

Tuer avec respect

Anthropomorphisme, disent les anthropocentristes

Si on libère tous les animaux d’élevage, ils vont nous envahir

 

 

 

Le lion mange la gazelle

Ah ! C’est un grand classique ! Je l’entends ou le lis souvent celui-là. Il y a bien sûr des variantes, car on peut remplacer le lion par un tigre ou la gazelle par une biche… Mais bon, on comprendra que le sens reste le même. Ou plutôt l’absence de sens reste la même. Car, et alors ?

Nous sommes bien sûr censés comprendre que, puisque le lion mange la gazelle, il n’y a aucun mal à ce que nous mangions des animaux nous-mêmes. Nous sommes invités à nous considérer comme de fiers prédateurs tout en haut de l’échelle alimentaire. Des prédateurs sans prédateur qui mangent qui ils veulent, car ils sont les plus forts. C’est comme ça, c’est la vie ! Le plus fort mange le plus faible… etc. tout ça… Imaginons les performances physiques et la stratégie qu’il faut pour chasser la barquette de viande dans les rayons de supermarché !

(Pour ne pas compliquer, je ne souligne pas qu’à vrai dire c’est la lionne qui chasse.) (Ah ! si je l’ai souligné. Tant pis, continuons.)

Pour manger une gazelle, les lions doivent pouvoir l’attraper, et c’est loin d’être facile. Les lions trop vieux pour chasser, ou bien blessés pour une quelconque raison, meurent tout simplement de faim.

Jusqu’à ce qu’elle soit tuée par un lion, la gazelle a disposé de sa vie de gazelle en liberté. Elle n’a pas croupi entravée dans l’obscurité, on ne l’a pas brutalement séparée de sa mère… Elle n’a subi aucun des atroces traitements que les hommes font endurer aux animaux qu’ils élèvent. Donc, déjà, la comparaison n’est pas pertinente.

Mais poursuivons : vu que le lion doit employer sa ruse, sa stratégie de chasse et une excellente forme physique pour se nourrir, il mérite d’être appelé un prédateur. C’est lui qui tue, quand il parvient à attraper sa proie. La proie de l’homme est une barquette de viande ou de la charcuterie, des morceaux de non-humains déjà morts. Il n’a ni chassé ni tué sa proie. Il mange un animal déjà mort. Un non-humain tué par quelqu’un d’autre (qui n’a lui-même pas eu besoin de le chasser). Ceux qui font usage de ce fameux « Le lion mange la gazelle » n’ont souvent même pas le courage de regarder quelques photos ou vidéos de ce qui se passe dans un abattoir. Dans le dictionnaire, on apprend que celui qui mange les cadavres d’animaux tués par d’autres est un charognard. Nécrophage désigne celui qui mange du cadavre.

C’est moins prestigieux que prédateur, c’est sûr, mais selon les définitions de ces mots, l’homme carniste moderne est un charognard ou un nécrophage. Si l’on veut éviter de l’appeler ainsi, il faut changer la définition de ces mots. Par exemple, on pourrait ajouter : « sauf les humains, parce que… euh… nous c’est pas pareil… »

Mais continuons à examiner ce fameux missile argumentaire.

Nous étions donc invités à prendre exemple sur le lion parce que nous serions des « prédateurs » supérieurs à tous les non-humains, nous, seuls au sommet de l’Évolution. Mais quelle surprenante idée que celle de prendre exemple sur une créature censément inférieure à nous sous le prétexte que nous lui sommes supérieurs !

C’est un bien drôle de paradoxe de souligner que nous sommes les plus évolués tout en prenant pour exemple ceux qui le seraient, donc, moins que nous. « Lion, je justifie mes actes en te prenant comme modèle, car tu es inférieur à moi puisque je suis supérieur à tous » ne veut absolument rien dire !

De deux choses l’une :

Soit nous sommes supérieurs aux non-humains, dans ce cas pourquoi en prendre un comme exemple dans notre comportement éthique ?

Soit nous ne sommes pas supérieurs aux non-humains. Autrement dit, ils sont nos égaux. Dans ce cas pourquoi les exploitons-nous sous le prétexte que c’est dans l’ordre naturel des choses que le plus évolué exploite le plus faible ?

Ajoutons au passage que le lion n’a pas le choix, alors que l’homme, si. Et c’est bien de ça qu’il devrait être fier, plutôt que de s’enorgueillir d’être en mesure de dominer et d’en profiter. « Aaaaah ! Péter la gueule ! », comme dirait la marionnette de Stallone des Guignols de l’info. J’ai déjà dit ce que j’ai toujours pensé de la chasse dans le chapitre « La chasse », mais je vais en répéter une partie ici :

Que peut-on penser des chasseurs qui pourraient arguer du fait qu’ils chassent, eux ? Ben… qu’ils se trompent ! Ils ne chassent pas plus que le mec qui s’achète un sauciflard. Quand l’un d’entre eux tue une personne non-humaine, c’est en utilisant une arme, donc une technologie qu’il n’aurait jamais pu fabriquer, et encore moins inventer lui-même. Il est assisté par une ingénierie. Celle de son espèce, certes ! Mais, lui, il n’a fait qu’appuyer sur une détente. Et en plus, souvent, ils manquent leur cible. Il leur arrive même de se tuer entre eux. Je n’ai jamais entendu dire qu’une lionne en avait tué une autre dans un accident de chasse.

Il y a tellement d’aberrations à relever dans cette courte déclaration qui croit être d’une insolente pertinence ! Elle nous invite donc à prendre exemple sur la nature, en particulier le lion. Bien ! Dans le but de donner la priorité à ses propres gènes, le lion tue les lionceaux qui ne sont pas de lui quand il se rapproche d’une lionne. Les hommes devraient-ils agir ainsi ? Bien sûr que non ! Car, en l’occurrence, prendre exemple sur la nature consiste à sélectionner des faits pour étayer ce qu’on s’efforce de penser afin de réduire sa dissonance cognitive.

Pourquoi copier seulement le lion ou les grands fauves ? Il y a tant d’autres formes de vie qui peuvent justifier nos comportements :

Une femme a tué son compagnon. Oh, ce n’est pas si grave, la mante religieuse le dévore bien après l’accouplement !

Et pour ce qui est de prendre exemple sur la nature, j’aimerais savoir quel animal nous a inspirés pour continuer à consommer du lait à l’âge adulte, qui plus est le lait d’autres espèces. Le lion adulte tète-t-il les femelles girafes, zèbres ou hyènes ?

 

 

Le cri de la carotte

Encore un grand classique ! Celui-ci se veut drôle. Il est tellement répandu qu’il est difficile à éviter ! Par Le cri de la carotte, on nous dit que les plantes ressentent elles aussi de la douleur (Découverte que l’on doit à M Génial, le grand neurocarattologue qui a longtemps étudié le système nerveux de la carotte) et qu’il est donc ridicule de s’occuper de la souffrance animale quand on mange des végétaux.

Le cri de la carotte veut dire : s’il faut tenir compte d’autres souffrances que celles des humains ou de celles des quelques animaux que notre culture a choisi de choyer, alors ! Hein ! Quelle idée farfelue ! On ne s’en sortira plus !

1) En fait, les végétaux ne souffrent évidemment pas ! Ils ne peuvent pas souffrir, parce qu’ils sont dépourvus de système nerveux. Ce qui est parfaitement logique puisqu’ils ne disposent pas non plus de moyens de se déplacer pour s’éloigner d’une source de douleur. Alarmé par des capteurs, des cellules réceptrices appelées nociceptives, le système nerveux envoie un signal, nommé douleur, au cerveau pour annoncer qu’il y a un danger quelque part, une source de chaleur par exemple. Cela permet à une créature, qui en a les moyens, de s’éloigner de ce danger, d’avoir un comportement d’évitement. Les végétaux n’ont aucun moyen de fuir ; à quoi leur servirait-il dès lors de ressentir la douleur ?

2) Même si les végétaux ressentaient la douleur, il serait alors toujours recommandé de ne pas manger de la chair puisque, nous l’avons vu, il faut 10 protéines végétales pour produire 1 protéine animale. En consommant directement des végétaux, nous en détruisons donc 10 fois moins.

 

 

C’est un choix personnel

« Je ne t’oblige pas à manger de la viande, donc laisse moi faire ce que je veux. Ce que je mange est un choix personnel. »

Que penserait-on d’un homme disant que battre sa femme est un choix personnel, puisqu’il n’oblige pas les autres à battre la leur ? Manger de vieux pneus, des chaussures, du gravier ou ses crotte de nez, c’est effectivement un choix personnel, car il n’y a personne d’autre en cause. Mais consommer des produits d’origine animale ce n’est pas un choix personnel puisque d’autres personnes en subissent les conséquences : les personnes non-humaines.

Les tribulations abracadabrantesques du choix personnel

Quelque deux siècles en arrière, posséder des esclaves était un choix personnel. Les abolitionnistes, comme Thomas Clarkson, étaient considérés comme des extrémistes qui ne respectaient pas les choix des autres.

Il y a un siècle, voter n’était un choix personnel que si l’on appartenait au bon sexe. La suffragette Emily Davison a été emprisonnée neuf fois dans sa lutte pour le droit de vote des femmes et son action lui coûta finalement la vie. Ceux qui partageaient son combat étaient vus comme des extrémistes.

Il y a une cinquantaine d’années, permettre aux femmes d’avoir un compte bancaire était le choix personnel de leur époux. Ceux qui s’en indignaient passaient pour des extrémistes qui ne respectaient pas les choix des maris.

En revanche, avant 1990, année où l’OMS a retiré l’homosexualité de la liste des maladies, la sexualité n’était pas un choix personnel.

Aujourd’hui, considérer les non-humains (sauf, en France, les chats et les chiens) comme des ressources à notre disposition est un choix personnel. Ceux qui s’en indignent sont des extrémistes qui ne respectent pas les choix des autres. Mais, manger un chat ou un chien ce n’est pas un choix personnel ; ceux qui s’y risqueraient se feraient rappeler à l’ordre par des gens qui ne sont pas des extrémistes.

 

 

Ce n’est pas naturel

Se complémenter en B12, ce n’est pas naturel. Ne pas manger de viande, ce n’est pas naturel… ce genre de choses.

 

Dire d’une chose qu’elle n’est pas bonne, défendable ou justifiée parce qu’elle n’est pas naturelle est un sophisme bien connu appelé « L’appel à la nature ».

La nature veut dire deux choses :

1) Tout ce qui excite dans l’Univers.

2) Tout ce qui excite dans l’Univers, sauf tout ce qui résulte d’une intervention humaine.

Dans la première acception, tous nos agissements sont naturels. Un barrage construit par des humain·e·s est aussi naturel qu’un barrage de castor.

Dans la seconde acception, rien de ce que nous pouvons faire n’est naturel.

Ceux qui font appel à la nature ne doivent pas se référer à la première signification, puisque, par définition, tout ce que fait l’humain est compris dans « le grand tout » naturel. Ils font donc référence à la seconde. Dans ce cas, ils sont tenu d’admettre qu’il n’est pas naturel de : porter des chaussures, des vêtements, ou des lunettes, se soigner à l’aide de médicaments, porter des prothèses ou bénéficier d’interventions chirurgicales ; d’utiliser quelque réalisation humaine que ce soit, téléphone, voiture, réfrigérateur… En résumé pour vivre d’une manière naturelle, il faudrait être nu dans les bois et les savanes comme les animaux sauvages, se méfier de certains éléments pourtant naturels, comme les champignons vénéneux et les végétaux empoisonnés, résister aux piqûres d’insectes, maladies, sécheresses, tempêtes et autres caprices de la nature, repousser les prédateurs avec ses dents et ses ongles… Même ceux qui n’ont jamais essayé de griffer et mordre un tigre conviendront que, bien que naturelle, cette vie ne doit pas être des plus sereines.

Pour en finir avec le sujet, je vais reprendre cet exemple qui m’amuse tant : est-il naturel de consommer du lait de vache quand on est un humain ? Je rappelle ce que l’on a coutume de faire pour être en mesure de consommer du fromage :

• Masturber des taureaux pour leur prendre du sperme.

• Enfoncer son bras dans l’anus des vaches et une tige dans leur vagin pour déposer ce sperme dans leur utérus afin de les inséminer

• Tuer l’enfant dès le plus jeune âge pour utiliser sa caillette et s’emparer du lait que sa mère produit à son intention.

Une personne proche a récemment adopté un petit chien perdu. Végane depuis peu, elle se demande comment le nourrir. Les croquettes véganes existent, mais… question qui tue qu’on n’a pas manqué de lui poser : « Est-ce naturel de nourrir un carnivore avec des croquettes végétales ? ». J’ai déjà entendu cette question en diverses circonstances ; souvent, elle est prononcée avec des sourcils froncés et sur un petit air entendu laissant supposer que la réponse est évidemment : « Non ». Je vais faire l’économie d’un questionnement sur la signification du terme « naturel » pour le prendre comme on l’entend dans ce contexte.

J’ai des doutes : Avoir transformé les loups en caniches, bassets, et autres chinchillas c’est naturel. Les nourrir avec des croquettes de poissons des profondeurs déshydratées, c’est naturel. Manger du fromage est-il vraiment beaucoup plus « naturel » que de nourrir un chien avec des croquettes végétales ? Au sujet du fromage, ajoutons que des vaches ont été nourries avec de la farine animale (ce qui a conduit au scandale de la vache folle. Pas parce que c’était de la farine animale, à cause du prion) ; personne ne se demandait alors si c’était naturel de rendre les vaches carnivores… Peut-être que les sourcils froncés et les petits airs entendus feraient bien de se tourner dans une autre direction… hum… Vers leurs auteurs le plus souvent.

J’insiste : comme je l’ai dit, je laisse de côté mon avis sur l’idée même de « nature », la pertinence et la signification du mot « Naturel ». Je l’emploie ici comme l’entendent ceux qui en font usage de cette manière.

Pour apprendre à masturber « naturellement » un taureau, je n’ai pas cherché de lien. Je suppose qu’un costume de vache pour l’aguicher est recommandé (reste à se protéger avec un pantalon blindé, on ne sait jamais avec la « nature »).

Pour apprendre à tuer les enfants, je n’ai pas cherché d’infos non plus. Pas très motivé…

Pour apprendre à violer et sodomiser « naturellement » une vache

 

 

On a toujours fait comme ça !

Cette déclaration, qui se veut une justification, s’exprime sous différentes formes : « On fait ça depuis la nuit des temps ! », « On a toujours mangé de la viande », « Nos ancêtres blablabla… », « C’est la tradition »…

Avons-nous eu tort d’accorder le droit de vote aux femmes en sachant qu’elles n’avaient jamais voté auparavant ? Aurions-nous dû leur dire : « On a toujours fait comme ça ! » ? Devons-nous penser que les guerres, les maladies, la haine, les tortures, les cambriolages, toutes les formes de violence sont de bonnes choses parce qu’elles ont toujours existé ?

Non, bien sûr, car le principe même du progrès est de remettre en cause ce qui est, même (et surtout) ce qui a toujours été.

 

 

À trop aimer les animaux,
on n’aime plus les humains !

C’est un reproche que l’on entend assez souvent. Comme si l’un excluait forcément l’autre ! Notons au passage que ceux qui utilisent le plus aisément cet aphorisme n’entreprennent rien non plus pour leurs semblables ; se comportant comme s’ils étaient eux-mêmes leur seul centre d’intérêt, ils ne servent à rien. Lamartine, qui l’avait bien compris, a dit : « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas. »

D’aucuns prétendent que l’antispéciste méprise l’humanité. En d’autres temps, nous les eussions entendus nous expliquer que l’antiracisme était une forme de détestation des Blancs ou que l’antisexisme était une forme d’exécration des mâles…

Je trouve aussi curieux que cette remontrance ne soit adressée qu’à ceux qui donnent de leur temps pour la cause des non-humains. Dit-on à un passionné de bridge : « À trop aimer les cartes, on n’aime plus les humains ! » ? Ou à un cycliste amateur : « À trop aimer le vélo, on n’aime plus les humains ! » ? Dit-on à un supporter : « Au lieu de perdre ton temps à regarder et commenter des matchs, tu ferais mieux de t’occuper des pauvres humains ! » ?

 

 

Avec tous les problèmes qu’il y a dans le monde…

« Avec tous les problèmes qu’il y a dans le monde ! Tu ne trouves pas que c’est déplacé de s’occuper des animaux ? »

C’est une variante de « À trop aimer les animaux, on n’aime plus les humains ! »

Les humains d’abord, donc ! Ça rappelle « Les Français d’abord ! » Mais, bon…

Il ne s’agit nullement de s’occuper des animaux non-humains. Ce n’est pas ce que le véganisme prône. Il y a d’ailleurs certainement autant de braves gens omnivores qui agissent pour les animaux en difficulté que de véganes. Le bon cœur n’est pas une exclusivité végane !

Il ne s’agit pas de choisir une priorité entre humains et non-humains.

Il ne s’agit pas de donner quelque chose aux non-humains aux dépens des humains.

Il ne s’agit pas de faire quelque chose pour eux, mais seulement de ne plus rien faire contre eux.

Non, le véganisme ne recommande pas de s’en occuper, il demande seulement qu’on ne les exploite plus, qu’on leur foute la paix, qu’on ne leur vole plus leur chair, leur peau, leur lait, leurs œufs, leurs enfants, leur vie.

Il ne s’agit donc même pas de faire le bien, il s’agit de ne plus faire le mal.

« — Oui, bon, d’accord, n’empêche qu’avec tous les problèmes, les guerres, les attentats, tout ça… militer pour la défense des animaux, ça craint !… Non ? Moi, je trouve que c’est de la sensiblerie déplacée. »

Fallait-il attendre qu’il n’y ait plus de guerres et d’attentats pour militer pour l’abolition de l’esclavage, le droit de vote pour les femmes, contre le racisme, le sexisme, l’homophobie… ? Faut-il encore attendre ce moment idyllique pour exiger que les femmes aient, enfin, le même salaire que les hommes à travail égal ?

Imaginons-nous sous le joug d’une espèce supérieure à la nôtre qui nous exploiterait, comme nous exploitons nous-mêmes les autres espèces. Imaginons aussi que ces êtres, qui nous domineraient, soient aussi occupés que nous à se massacrer les uns les autres, avec autant de folie que nous. Ne souhaiterions-nous pas de tout notre cœur que certains d’entre eux luttent pour nous libérer, pour faire fermer leurs abattoirs ? Ou trouverions-nous cet activisme déplacé, tant que tous leurs propres conflits et autres problèmes, créés par eux-mêmes, ne seraient pas réglés ?

 

 

Tu imposes ton choix à tes enfants, ça craint !

Ce reproche qu’on peut vous adresser quand vous êtes végétalien vient de ce que les autres, ceux qui ne le sont pas, pensent que ce sont eux les gens normaux et que c’est vous qui êtes une sorte d’excentricité.

Deux choses :

• Le même reproche peut être adressé aux omnivores. Leurs enfants ne choisissent pas plus. Si c’était si naturel que ça de manger de la chair pour un humain, si cela allait de soi, si nos enfants en avaient instinctivement envie, la propagande de la chair n’aurait nul besoin de s’inviter dans les écoles. Pourtant :

La propagande de la viande s’invite dans les écoles

Du 3 octobre et jusqu’au 3 février 2017, l’association interprofessionnelle en charge de la promotion de la viande et du bétail (Interbev) interviendra dans 1 500 écoles primaires françaises. Source

Le spécisme est une idéologie oppressive que nous inculquons à notre progéniture. Je me souviens très bien d’avoir moi aussi « programmé » mes propres enfants ainsi, en toute innocence et avec la meilleure bonne foi, car j’ai été moi aussi éduqué comme ça. Aujourd’hui, je regrette d’avoir commis cette erreur. Il n’y a pas de mauvais parents en la matière ; tous pensent sincèrement bien faire. C’est ainsi que perdurent le meilleur et le pire. L’essentiel est de repérer le pire pour le sortir du cycle de notre transmission culturelle. Pour cela nous devons beaucoup à Richard Ryder, qui a débusqué le mal en lui donnant un nom : « spécisme ».

 

Il est intéressant de noter que cette critique n’est adressée qu’aux végétariens et végétaliens. Je n’ai jamais entendu reprocher à des parents d’imposer leur religion ou leurs idées politiques ou leur façon de vivre à leurs enfants.

Ceux qui enseignent à leurs enfants que les patrons sont tous des salauds ou, à l’opposé, ceux qui expliquent à leur progéniture que l’essence de la vie c’est de marcher sur la tête des autres pour être riche à n’importe quel prix, ceux qui disent à leurs enfants que Dieu a tout fait, ou ceux qui leur enseignent que l’Univers s’est fait tout seul sans problèmes… tous ceux-là sont pénards, même si on n’est pas d’accord avec eux, on comprendra qu’ils inculquent leurs convictions à leurs gosses.

Certains tentent de faire naître le goût de tuer dans de jeunes cœurs ; d’autres éduquent leur progéniture avec l’idée qu’il est possible de bien vivre sans ni tuer ni exploiter.

Comment se fait-il que les seconds dérangent davantage que les premiers ?

Voir aussi cela

 

Mais les parents véganes qui transmettent leur conviction éthique risquent encore aujourd’hui de s’exposer à des réprobations plus ou moins discrètes. Ceux qui élèvent des enfants obèses gavés de Macdococa, non. On ne leur dira pas : « Tu imposes ton choix à tes enfants, ça craint ! » Pourquoi ?

Essayons de tourner la tête à l’envers pour réfléchir : Pourquoi ¿

Non ! je ne comprends pas mieux.

 

 

Hitler était végétarien

(Si, si ! On l’a fait remarquer, ça.) Outre le fait qu’on n’en sait véritablement rien, car des témoignages contradictoires s’affrontent*, et alors ? Lui et Staline avaient une moustache… que penser des moustachus ? C’est juste grotesque !

(*)Dans son ouvrage « The Gourmet Cooking School Cookbook », la cuisinière Dione Lucas, qui cuisinait pour Hitler, parle de son goût pour le pigeon farci.

 

 

Sans élevages, il n’y aura plus d’animaux d’élevage

Si on n’élève plus d’animaux, il n’y aura plus d’animaux d’élevage, ça craint.

Alors là, La palice s’est fait défoncer sur son propre terrain !

Ça tombe sous le sens ! N’est-ce pas ? J’ai pourtant entendu cette mise en garde plusieurs fois. À une époque antérieure, cette géniale observation eût été : « Si on abolit l’esclavage, il n’y aura plus d’esclaves ! »

En fait, c’est bien le but que veulent atteindre les abolitionnistes. Si on abolit l’exploitation animale, et donc l’élevage, il n’y aura plus de cochons immobilisés dans l’obscurité, plus de vaches aux mamelles hypertrophiées pleurant leurs enfants disparus, plus de veaux tremblant dans les box de contention, plus d’agneaux assommés à coups de crochet ou écartelés vivants, plus de poules pondeuses vivant sur la surface d’une feuille A4, plus de poulets-monstres incapables de marcher, plus de moutons-monstres incapables de survivre sans qu’on les tonde… Toutes ces misérables existences n’existeront plus.

Il n’y aura plus que des non-humains en liberté qui assumeront leur existence, comme nous assumons nous-mêmes la nôtre. Même si vivre libre n’est pas toujours facile, ce ne pourra jamais être pire que de subir notre tyrannie.

 

 

Les animaux ne respectent pas nos droits

Les humains n’ont donc pas l’obligation de respecter les leurs.

(Si, si ! Elle existe celle-là aussi.)

Même chez les humains, il existe nombre de situations dans lesquelles certains sont incapables de tenir compte des droits des autres. Toutes les personnes mentalement limitées et les jeunes enfants n’ont pas la possibilité de respecter les droits d’autrui. Nous ne leur en tenons pas rigueur, car nous savons qu’elles ne le peuvent pas. Il ne vient heureusement à l’idée de personne de les manger, de les téter, d’utiliser leur peau, de les faire sauter dans un cerceau, de se promener sur elle en montant sur leur dos…

Chez les humains, il y a même certains individus qui ne respectent pas sciemment les droits juridiques et éthiques d’autres humains. Travail de clandestins dans des caves, marchands de sommeil, proxénétisme, viols, rackets… Pour autant, ceux-là non plus, nous ne les mangeons pas, nous ne les… etc. Je n’ai jamais vu des chaussures en cuir de proxénète ou du ragoût de violeur.

Il n’y a aucune raison de ne pas nous comporter de même avec les non-humains. Encore une fois, la seule manière d’être l’espèce supérieure, c’est d’être l’espèce supérieure. Et ce n’est pas en nous comportant comme des délinquants amoraux que nous y arriverons.

 

 

Les animaux s’adaptent à la vie qu’on leur impose

« Les animaux nés en élevage intensif s’adaptent forcément aux pires conditions de vie qu’on leur impose, puisqu’ils n’ont rien connu d’autre. »

J’ai déjà lu et entendu cet aphorisme plusieurs fois (une de ses expressions consacrées est : « Étalonner sa notion de bien-être »). Il est cruel et faux.

Cruel, parce que, même si c’était vrai, cela ne justifie pas pour autant de dégrader l’existence d’une créature sentiente sous prétexte qu’elle n’a aucune référence pour mesurer l’ampleur de sa misère. Imaginons qu’il s’agisse d’humains et cette même déclaration rencontrerait la réprobation générale. La trouver acceptable pour les non-humains, c’est être spéciste, puisque la seule différence qui sépare les deux cas, c’est l’espèce qui est en jeu.

Ensuite, cette déclaration est fausse, car, on l’a vu plus haut dans les chapitres consacrés à l’élevage intensif, les conditions de vie sont tellement difficiles à supporter qu’un certain pourcentage d’animaux en meurent. Comme le disait déjà en 1964 Ruth Harrison dans son livre Animal Machines, « la cruauté n’est reconnue que lorsqu’elle n’est plus rentable », c’est-à-dire quand le nombre d’animaux qui meurent de leurs conditions de vie représente une perte qui commence à réduire la rentabilité. Tant que ce seuil n’est pas atteint, l’industrie s’en fout. Jusqu’à 10 % de poules pondeuses en batterie meurent, soit de soif ou de faim (parce qu’elles sont bloquées dans une situation qui les empêche d’atteindre la nourriture ou l’eau) soit de terribles blessures provoquées par les coups de bec des congénères, car les oiseaux deviennent fous à cause des conditions de vie insupportables. Imaginez que leur population est si dense qu’ils n’ont même pas la place d’ouvrir leurs ailes pour s’étirer !

La mortalité est encore plus grande pour les élevages de lapins ; dans les cas extrêmes elle atteint 30 %. Dans tous les cas, les souffrances ne sont pas que physiques ; elles sont aussi psychologiques. Les non-humains souffrent de terribles frustrations correspondant aux besoins propres à leur espèce. Les poules éprouvent le besoin de gratter le sol pour chercher ce qui s’y cache. Les animaux souffrent tous d’un ennui mortel extrême à cause de la pauvreté de leur environnement : du grillage, encore du grillage et rien d’autre que du grillage.

Je rappelle qu’un veau passe sa misérable petite vie jusqu’à l’abattoir dans un espace inférieur à 2 m² !(un veau de plus de 220 kg dispose de 1,8 m²) Cela fait qu’il lui est impossible d’accomplir un pas, de se retourner sur lui-même pour se lécher ou se mordiller afin de soulager une démangeaison, et même d’adopter la position de sommeil propre à son espèce : la tête sur le flanc. Il souffre affectivement d’être séparé de sa mère, rappelons que c’est un bébé. Son alimentation est volontairement appauvrie en fer dans le but de l’anémier afin que sa chair soit blanche, ce qui plaît au consommateur. Cette anémie volontaire provoque un tel manque qu’il tente de lécher tout ce qui est en fer autour de lui. Pour qu’il ne puisse le faire, on tient ce métal loin de lui. À cette fin, et contre cette faim, les matériaux privilégiés pour les box sont le bois ou le plastique…

Imaginez-vous, entouré d’humains, sur du grillage jour et nuit, si serrés les uns contre les autres qu’il vous serait à tous impossible d’écarter les bras ! Et quelqu’un de bien-pensant qui dirait de vous : « Ils ne sont pas malheureux, puisqu’ils n’ont connu que ça. »

Jocelyne Porcher, chargée de recherche à l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique, créé en 1946 sous la double tutelle du ministère de la Recherche et du ministère de l’Agriculture.), écrit, dans Jocelyne Porcher, « Histoire contemporaine d’un cochon sans histoire », Revue du MAUSS 1/2004 (no 23) , p. 397-407 :

« Tout ce système est une immense fabrique de souffrance. Comment font-ils pour ne pas la ressentir, ceux qui achètent le jambon ? Comment font-ils pour ne pas dire non ? »

Pour que même Jocelyne Porcher en vienne à en parler ainsi, impossible de douter qu’il s’agit bien de l’enfer ! Cette auteure est en effet à mille lieues d’être abolitionniste ; selon elle : « La mort des animaux est acceptable si on leur a donné une bonne vie. » (Entretien avec Marie-Gabrielle Miossec. La France Agricole n° 3462, 6 mai 2016, p 13.) C’est mieux que pire, me dira-t-on… mais bon…

Comment leur donner une bonne vie ? Elle répond à cette question à l’aide d’une théorie, une théorie du don, qui serait inspirée du texte le plus connu de l’anthropologue Marcel Mauss. Je n’ai pas étudié cette théorie en détail, mais j’ai retenu, par exemple, que donner « un accès au sol, à l’herbe, au soleil et à la pluie, au chant des oiseaux, au vent, à la neige… » était considéré comme un don de l’éleveur. Toujours selon la thèse porchéenne, ce don exigerait un contre-don en retour. Oui, c’est bien cela, l’animal doit s’acquitter du don par un autre don.

Alors là, déjà, quand on donne de force en attendant un retour obligatoire, pour moi ce n’est pas un don, mais une vente forcée. Ce que je trouve le plus fumage de moquette, c’est que l’éleveur n’offre à l’animal captif que ce dont il aurait joui en liberté. En fait, il offre une non-privation d’un accès au sol, à l’herbe, au soleil et à la pluie, au chant des oiseaux, au vent, à la neige. C’est un peu comme si vous alliez voir votre voisin pour lui imposer une offre : le don d’une non-privation de sa maison en échange d’un contre-don que vous exigeriez, une bonne somme d’argent, par exemple. Dans le cas de l’animal, le contre-don est bien sûr son corps, sa vie, sa chair, sa peau.

Certains feront remarquer qu’en plus de la non-privation de quelques agréments déjà offerts par la vie sauvage, l’éleveur donne sa protection contre les prédateurs, les maladies, les fléaux naturels tels que la sécheresse. Malheureusement, ces services sont payés très cher : séparation du veau et de la mère, castration, écornage, déstructuration permanente des relations sociales, privation des relations sexuelles remplacées par les viols que sont les inséminations, durée de vie raccourcie dans des proportions considérables (les porcs sont abattus à l’âge de 6 mois, alors qu’ils peuvent vivre jusqu’à 30 ans), confinement territorial, déformations des corps par des sélections génétiques augmentant le rendement qui profite aux humains au détriment du bien-être des animaux exploités…

Et c’est en contrepartie de tous ces dons que l’animal devrait, par devoir, offrir sa vie pour faire un contre-don, afin de s’acquitter de sa dette ?!

De tout ceci jaillit une question : peut-on imaginer plus grave exemple de bouffée délirante aiguë ? Les éléphants roses, à côté, c’est de la gnognote !

Wouah ! Chargée de recherche à l’INRA !

 

 

Pour les animaux, la vie sauvage est bien plus dure

Pour les animaux, la vie sauvage serait bien plus dure que celle que les hommes leur offrent en les élevant. À l’appui de cette affirmation, on fait généralement observer que : « les animaux d’élevage sont certes captifs, mais nourris et protégés jusqu’à leur mort. Alors que dans la vie sauvage, ils se font souvent attaquer par des prédateurs et subissent les caprices de la nature du genre sécheresses et autres fléaux. »

Après tout ce que nous avons vu sur les conditions d’élevage, il faut être très mal informé ou d’une extrême mauvaise foi pour dire une telle chose. Presque tous les animaux, en effet, sont conduits à l’abattoir alors qu’ils sont à peine adolescents, n’ayant connu de la vie que d’extrêmes souffrances. Quant à ceux qui atteignent l’âge adulte, proportionnellement très rares, ils subissent une existence de forçat pour finalement mourir comme les autres, au même endroit.

 

 

L’argument économique

L’industrialisation de l’élevage et de l’abattage a déjà considérablement réduit le nombre de ceux qui vivent directement de l’exploitation animale. De ce fait, la perte d’emplois due à l’abolition serait bien moins grande que celle qui s’est déjà produite sur les quelques décennies passées. Qui peut me dire pour quelles raisons cette automatisation ne se poursuivra pas ? À terme, les animaux seront élevés par des machines, tués par d’autres machines, et il n’y aura plus qu’un comptable pour dire à M. Hum Charal et Mme Sonoza Mipourlavi combien ils gagnent par seconde. Et encore ; pas très longtemps, puisqu’un logiciel pourra remplir tout seul cet office. Donc, même sans abolition, les emplois de ce secteur continueront à disparaître.

Quand je dis que l’industrialisation a considérablement réduit le nombre de ceux qui vivent directement de l’exploitation animale, par « directement », j’exclus tous ceux pour qui ça ne changerait rien, ou pas grand-chose, que les ressources animales soient remplacées par quoi que ce soit d’autre. Vendre du tofu et du seitan à la place de la viande ne change rien pour les distributeurs, par exemple, puisqu’ils vendent quelque chose. Cela ne change pas grand-chose non plus pour les industriels des plats cuisinés : embaucher de nouveaux cuisiniers, ou former les leurs, ce genre de choses. En fait, il n’y a que les éleveurs et leurs fournisseurs (ceux qui leur vendent la nourriture des animaux, des antibiotiques, des stéroïdes…) ainsi que les abatteurs et leurs fournisseurs (ceux qui leur vendent tout ce qu’il faut pour tuer massivement et promptement) qui seront directement touchés. Somme toute, cela fait moins de monde qu’on ne pourrait le croire. Beaucoup d’éleveurs ne perdront pas une fortune non plus, car ils sont eux aussi exploités par le système qui leur laisse à peine de quoi survivre ; tant d’entre eux croulent sous les dettes !

En résumé, le nombre d’emplois perdus par compassion serait largement inférieur à celui qu’a provoqué, et continuera à provoquer, l’appât du gain ayant entraîné l’industrialisation de l’exploitation. Et c’est pourtant à la compassion qu’on ferait des reproches au sujet de l’économie !

Nous venons de voir que l’argument économique est loin d’être manifeste. Mais, bon, même s’il existait ! Faisons comme si :

La légitimité du comportement des humains que nous sommes ne se mesure pas à l’aune du profit. Seul notre égoïsme est proportionnel à notre intérêt. Si le profit était éthique, nous serions tous des saints, tant il est vrai que c’est notre inclination naturelle de penser avant tout à nous.

Si nous devions vraiment conserver tous les intérêts économiques, s’ils comptaient plus que tout, alors nous légaliserions le proxénétisme, les trafics d’armes et de drogues, l’esclavage aussi. À son époque, celui-ci générait beaucoup d’emplois qui ont été perdus lors de son abolition officielle. Je précise officielle, car il existe encore officieusement, çà et là, malheureusement, mais le fait qu’il soit officiellement interdit aujourd’hui est tout de même un réel progrès. Il se trouve que cet exemple est particulièrement pertinent, car l’argument économique a été souvent utilisé par ceux qui s’opposaient à l’abolition de l’esclavage. Comme quoi, encore une fois, l’histoire se répète en renforçant l’analogie entre l’exploitation des non-humains et l’exploitation des humains.

Pour poursuivre le propos, si l’activité économique primait sur la morale, les tueurs à gages seraient toujours en droit de poursuivre leur activité professionnelle au grand jour. Tous ces exemples montrent bien que notre éthique doit, et sait, dire « non ! » quand nous savons qu’une chose n’est pas juste. C’est surtout de ça dont nous devons être fiers en tant qu’humains. Ce n’est pas de dominer sans contraintes éthiques, sous le prétexte que le lion mange la gazelle… tout ça…

 

 

L’homme a besoin de viande pour sa santé

En préambule, précisons que omnivore ne veut pas dire « qui doit manger de tout », mais « qui peut manger de tout ». La différence entre les verbes devoir et pouvoir est suffisamment claire pour être appréhendée par tous les esprits.

L’homme aurait donc besoin de viande pour sa santé. Cette affirmation est reliée à la croyance que seule la viande apporte des protéines. C’est une contrevérité. Je le pensais, moi aussi, avec autant d’entêtement que je pense aujourd’hui que la Terre est ronde. Quand j’ai appris que c’était une erreur, que les protéines ne sont pas seulement dans la viande, j’ai cru découvrir que ma planète était cubique !

Non seulement la chair n’est pas la seule à contenir des protéines, mais en plus de cela elle en contient bien moins que certains aliments végétaux. Le steak tartare n’en contient que 15,67 %. Alors que le seitan, par exemple, peut en offrir jusqu’à 75 %. Mais en dehors de ce champion de la protéine, quantité d’autres aliments végétaux en fournissent aussi : toutes les céréales, les oléagineux… Les haricots secs, les pois chiches et les lentilles sont aussi protéinés que de la viande. 125 g de haricots secs contiennent autant de protéine qu’un steak de viande ou de poisson ! On voit donc que les protéines sont très très loin d’être l’exclusivité de la chair animale.

Terminons le sujet en méditant sur le fait que, dans le monde, quelque 600 millions de personnes sont culturellement végétariennes depuis des générations. Plus d’un demi-milliard ! Dix fois la population française ! Si tous ces braves gens étaient à l’article de la mort, je pense que ça se saurait ! Non ? Ils ne seraient plus là depuis longtemps.

 

 

La tradition

Il est une chose que l’on appelle l’évolution et qui fait que ce qui est n’est pas forcément ce qui devrait être. La tradition est le contraire de l’évolution quand elle empêche de remettre en cause ce qui n’est pas une bonne chose. Heureusement que nous avons su mettre fin aux traditions lorsqu’il le fallait. Ainsi, il fut une époque où les sacrifices humains étaient une tradition pour de nombreux peuples.

Dans certains rites traditionnels, les Chaldéens brûlaient vifs leurs propres enfants dans le but d’obtenir les faveurs de la divinité Baal.

Chez les Aztèques, comme dans nombre de civilisations précolombiennes, le sacrifice humain était une tradition très courante. Les méthodes de sacrifice étaient variées : par extraction de sang, par ablation du cœur… (Oui ! c’est ouf ce que nous avons pu faire ! (quoique ce que nous faisons toujours n’est guère plus tendre, c’est vrai ! (mais, aujourd’hui, c’est hors du cadre de la tradition. (Je veux dire qu’arracher le cœur de quelqu’un n’est plus officiellement reconnu comme une tradition à conserver. (Quoi qu’il en soit, je referme toutes les parenthèses à présent parce que je commence à m’y perdre))))).

En France, la fête des feux de la Saint-Jean offrait force réjouissances traditionnelles. L’une d’elles consistait à brûler vifs des chats en public. Extrait d’un texte de la revue La Mosaïque de 1835 (Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Z-5214) :

« […] c’était un grand sac de toile attaché au sommet du mât, et dans lequel étaient renfermés vingt-quatre chats, condamnés à être brûlés vifs, pour la plus grande joie des spectateurs. […] pendant que des orchestres, placés sur des estrades mêlaient des fanfares aux clameurs de la multitude et aux miaulemens des chats, qui criaient du fond de leur sac, comme s’ils eussent deviné leur sort. »

Toujours en France, on brûlait des femmes soupçonnées d’être des sorcières, il n’y a pas si longtemps que ça. Nos traditions actuelles du foie gras et de la corrida apparaîtront un jour tout aussi barbares que les sacrifices décrits ci-dessus (peut-être qu’un type sera lui aussi obligé d’imbriquer moult parenthèses pour en parler). Ce qui serait bien, c’est de faire un effort de compassion pour rapprocher ce futur de nous, afin de léguer à nos enfants un monde moins barbare que celui-ci. Ils feront de même sur d’autres sujets, et leurs propres enfants monteront encore quelques marches… Cet admirable mouvement s’appelle le progrès, et ce qui serait merveilleux, ce serait d’en faire notre tradition principale.

 

 

La majorité a forcément raison

La majorité des gens consommant des produits d’origine animale, c’est normal de le faire ; ils sont si nombreux qu’ils ont forcément raison.

Ah bon ! Est-ce à dire qu’à l’époque où la majorité pensait que la Terre était plate, tous ces gens avaient raison ? Était-elle vraiment plate à ce moment-là ? Se serait-elle arrondie au fur et à mesure que de plus en plus de personnes se sont mises à penser qu’elle était ronde ?

 

 

Nous sommes plus intelligents

« Nous sommes beaucoup plus intelligents que les animaux. On n’a jamais vu aucun animal édifier une cathédrale, composer une symphonie ou concevoir un smartphone. Selon l’ordre naturel des choses, cette supériorité nous confère le droit de les exploiter, car c’est ainsi que fonctionne la nature : le plus fort domine le plus faible. »

Si l’intelligence donne tant de droits, imaginons un prix Nobel de physique passant ses vacances dans une petite ville ; trouverions-nous moral qu’il mange l’idiot du village, même si celui-ci était tué avec respect ?

Le paradoxe amusant dans cette affirmation c’est que ceux qui la font s’approprient l’intelligence des plus brillants de leurs congénères, qui eux ne raisonnent pas forcément ainsi, puisqu’ils sont intelligents justement. Cocasse ! N’est-il pas ?

J’aimerais beaucoup en effet savoir combien, parmi ceux qui mettent cet argument en avant, sont en mesure eux-mêmes d’édifier une cathédrale, composer une symphonie ou concevoir un smartphone. Nul besoin d’être un grand augure pour prédire que s’il était légitime de manger tous ceux d’entre nous qui n’en sont pas capables, il y aurait de la viande pour un bout de temps !

Ensuite, dire cela, c’est affirmer que la force est la seule loi. Avec un tel état d’esprit, nous pouvons donc tous légitimement nous entre-dévorer, nous exploiter, rétablir au plus vite l’esclavage, battre femmes et enfants… À ceux qui diraient : « non, mais là ce n’est pas pareil ! Nous sommes des humains, non, mais quelle horreur ! », je répondrais :

Si nous sommes plus évolués en tant qu’humains, prouvons-le en étendant la portée de notre éthique au-delà des frontières de notre propre espèce. Depuis quand l’égoïsme est-il un signe de plus grande évolution ? Toutes les violences qui nous révoltent quand elles sont dirigées sur des humains et que nous trouvons normales quand les non-humains en sont victimes ne sont légitimées que par notre spécisme, non par notre supériorité autoproclamée. Autoproclamée seulement par ceux d’entre nous qui en ont le plus besoin : d’évoluer.

Comme l’a dit Georges Courteline :

« La douceur de l’homme pour la bête est la première manifestation de sa supériorité sur elle. »

 

 

Tuer avec respect

Ce respect que l’on avance si communément n’est qu’une pure abstraction, une disposition mentale, une posture morale imaginaire qui n’entraîne rien de particulier concernant l’acte létal. Être tué avec ou sans respect, ne change rien pour celui qui meurt. Ce respect-là est même doublement imaginaire puisque ceux qui le professent n’ont aucune idée de la manière dont a été tué celui qu’ils mangent et s’interroger à ce sujet ne leur vient pas à l’esprit. Il leur suffit de déclarer au-dessus de leur assiette, après avoir dégluti leur salive, qu’ils sont de ceux qui préfèrent qu’on tue les animaux avec respect. Et hop ! les voilà autovalorisés. Cette pensée respectueuse est si loin de la victime, que c’est un peu comme si l’on ne respectait plus que le concept du meurtre commis avec respect. Dommage pourtant que le mastiqué ne soit plus en mesure de les entendre pour apprécier une si délicate courtoisie. Perdre la vie pour être avalé par des ventres d’une telle valeur morale ne peut être qu’un triomphe, une félicité. Quelle bonne fortune de périr pour ça !

Surtout si l’on ajoute  : « Tu sais, comme les Indiens. Oui, les Indiens demandaient pardon au bison avant de le manger… Ben, moi, je comprends ce respect-là. Je suis trop dans ce trip, moi… » Ben, oui, suffit de déclarer être dans le trip. Qu’importe qu’on n’ait rien à voir avec ce que les Amérindiens étaient.

Alors là, c’en est trop ! Heureusement au contraire que celui qui est ingéré ne peut pas entendre, car il se sentirait indigne de l’honneur que lui font de si augustes mâchoires. « Oh ! tant de respect, tant de respect ! » se dirait-il. « Ma chair, si commune, ne mérite pas une consécration si valorisante. »

Dire qu’il arrive à certains d’être tués sans respect ! Les pauvres !

Ce respect-là me rappelle un peu ce que fut la courtoisie. On s’inclinait légèrement devant les femmes, on leur ouvrait la porte : « après vous, je vous en prie. » Ça ne coûtait pas cher, ni en effort ni en argent. Et cela permettait de trouver normal que bobonne torche les mômes et brique la maison. Puisqu’on était galant, on respectait les femmes !

Tuer avec respect c’est une sorte de galanterie imaginaire, un tour de passe-passe de l’esprit pour se déculpabiliser en se valorisant. On ouvre la porte du four et on dit :

Boris Tzaprenko. Tuer avec respect

J’ai oublié les chamanes inuits qui tuent des phoques en psalmodiant des incantations pour remercier la nature. Ça fait bien de se trouver à l’unisson de ce sentiment-là aussi. En mangeant du veau, c’est un peu anachronique, mais bon… on n’est plus à ça près.

En fait, il n’existe aucune méthode morale pour faire le mal. Il n’y a pas de façon respectable de tuer pour son seul plaisir.

 

 

Anthropomorphisme, disent les anthropocentristes

Ceux qui pensent que les non-humains ont des sentiments et des émotions sont parfois accusés d’anthropomorphisme par certains. Moi, j’accuse ces derniers d’exhiber sans vergogne une arrogance démesurée, de faire du oh-quel-beau-nombril-j’ai-!-morphisme. Plus sérieusement, du bien bel anthropocentrisme pur et dur, bien de chez nous, du super balèze, de celui que rien n’ébranlera jamais. Ainsi, sans faire de l’anthropomorphisme, nous serions dans l’impossibilité d’évoquer les intérêts des autres espèces, car leurs pensées seraient trop éloignées des nôtres. Soit ! Moi, je dis que nous sommes dans une autre impossibilité : nier, sans faire preuve de mauvaise foi, que l’intérêt de tout animal est, au moins, d’éviter la mort et la souffrance. De plus, quelle fatuité de dire : tu fais du moimorphisme, car il n’y a que moi qui peux éprouver de la tristesse ou de la joie ! La leçon d’humilité que nous ont donnée Copernic et Galilée n’a pas été retenue. Non, nous ne sommes pas importants au point que l’Univers tout entier tourne autour de nous. Il ne s’agit pas en effet de « prêter aux non-humains des sentiments humains », comme ils disent, mais d’accepter le fait que les humains ont des sentiments communs avec les autres animaux*, car NOUS SOMMES DES ANIMAUX. Torturer et manger des enfants ne fait pas de nous des êtres supérieurs, pas plus que de boire le lait de leur mère.

La mentaphobie est un terme inventé par Donald Griffin, éthologue biologiste qui a fondé les bases de l’éthologie cognitive. Il a proposé ce mot pour mettre en exergue l’embarras de ses pairs à accepter de parler de conscience pour décrire le comportement des non-humains.

(*) Voir la « Déclaration de cambridge sur la conscience »

 

 

Si on libère tous les animaux d’élevage, ils vont nous envahir

J’ai ouï cette crainte conçue par quelques esprits aux abois : « Si on libère tous les animaux d’élevage, ils vont devenir encore plus nombreux, car ils vont se reproduire ; il y en aura partout et ce sera épouvantable et tout ça et tout ça… »

J’ai tympané qu’ils dévoreront toutes nos récoltes et que c’est ainsi que nous mourrons tous de faim.

J’ai auditifé qu’ils nous agresseront même dans les villes ; à la recherche de nourriture, ils se serviront dans nos étals de fruits et légumes.

J’ai même acoustiqué cette frayeur dans une variante dont le géniteur est un philosophe de plateau de téloche qui doit fumer un produit déchirant sa race. Je vous en laisse juge, extrait de son livre « Cosmos » :

« …laisser proliférer les animaux domestiques de façon exponentielle jusqu’à ce qu’ils redeviennent sauvages et activer de la sorte une euthanasie passive qui va placer l’homme dans un biotope sauvage dans lequel les chiens disparus auront laissé place aux loups (la souche de tous les chiens domestiques, rappelons-le), les bovins aux aurochs sauvages, les chats aux puissants félins massifs dont ils descendent, les autres espèces domestiquées revenues aux souches de leurs origines. Or, comme aucune chasse n’aura empêché ce retour à la nature la plus indomptée, l’homme disparaîtra, massacré par les animaux sauvages contre lesquels il ne pourra rien faire.… »

Bon, il faut dire que, ayant déjà la complaisance des médias, le type n’a pas besoin de dire des choses intelligentes, et c’est vrai qu’il a mis ce privilège particulièrement à l’épreuve avec cette conjecture-là.

À l’opposé de ces augures, il y a des raisons de prédire que si tout le monde devenait végane, cela entraînerait une disparition des animaux d’élevage par étranglement de la demande. Ces « espèces » créées par l’humain sont des monstres incapables de se reproduire sans intervention humaine ; en outre la transformation de leurs génomes par reproduction dirigée a considérablement réduit leurs chances de survie à l’état sauvage. Vu que leur reproduction assistée dans les élevages s’éteindra avec la demande, il n’en restera pas beaucoup à libérer. Mais, même si cette improbable grande délivrance avait lieu, l’abandon de créatures inadaptées dans des milieux naturels les condamnerait à une extinction rapide.

Avant que les poulets de chair, qui n’arrivent même pas à marcher, se transforment en dangereux velociraptors, leurs mères auront des dents.

Cette logorrhée décomplexée a tout de même un mérite : celui de démontrer que même un philosophe médiatique peut s’exprimer sans retenue sur un sujet qu’il ne connaît pas.

 

 

 

 

 

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La Vache qui rit

La vache qui rit. Laissez-moi rire !

La vache qui rit. Laissez-moi rire !

 

« La vache qui rit ». Pensez-vous vraiment que les vaches aient envie de se marrer ? Nous allons voir si cette prétendue hilarité a quelque raison d’être entendue d’aussi loin qu’on le dit.

Pour produire du lait, les vaches doivent avoir mis un enfant au monde. C’est le cas de toutes les femelles mammifères. Nous, les humains, nous avons un exemple tout proche, puisque nous en sommes, des mammifères. A-t-on déjà vu une femme avoir des montées de lait spontanées sans avoir de bébé ? Non !

Donc, pour obtenir du lait, il faut enfoncer son bras dans l’anus des vaches et une tige dans leur vagin pour déposer dans leur utérus le sperme d’un taureau, préalablement masturbé.

Masturbation de taureau

masturbation de taureau

 

Insémination. Mettre le sperme du taureau dans l’utérus de la vache.

Insemination vache

Ben oui ! Pour manger du fromage, des yaourts… tous les autres produits laitiers, il faut masturber des taureaux et violer des vaches. Ça fait bizarre de l’apprendre. Comment dire… disons qu’il n’est pas insensé de se demander qui sont les extrémistes : ceux qui font cela ou ceux qui ne veulent plus qu’on le fasse ?

Quand leur veau vient au monde, on le leur enlève pour voler le lait qui lui était destiné. L’enfant est soit immédiatement tué, soit envoyé dans un camp de concentration d’engraissement. De nombreux témoignages convergent pour dire que les vaches appellent leur veau parfois plusieurs semaines. Un éleveur me l’a personnellement confirmé.

Brutales séparations. Les mères produiront du lait. Les enfants sont dirigés vers un autre destin.

Les enfants peuvent aussi être transportés dans un camp d’engraissement.

Camp d’engraissement

À ce stade, pensez-vous que les vaches ou leur progéniture aient des raisons de rire ?
Pour faire une blanquette de veau, on fait cuire un enfant bovin dans du lait de vache. Comment faire plus cynique ?! Un bébé qui n’aura jamais connu le lait de sa propre mère.

On vous cache tout cela pour que ceux qui exploitent les autres animaux continuent à s’enrichir. Car il est évident que la majorité des gens ont un bon cœur. S’ils savaient, s’ils réalisaient un jour… fini les immondes fortunes.

Les bovins ont normalement une espérance de vie d’une vingtaine d’années, mais les vaches laitières sont en moyenne abattues au bout de cinq ans seulement. Exténuées par les vêlages incessants et la production de lait ininterrompue, blessées et malades, elles sont conduites à l’abattoir. Quelque 40 % de la viande prétendument de bœuf est en réalité de la chair de vaches laitières de réforme.

Alors ? Qu’en pensez-vous ? Moi, je pense que dans ces conditions, si une vache rit, c’est qu’elle est folle à lier. On nous vendrait donc du lait de vache folle ! C’est vrai que nous en avons déjà entendu parler des vaches folles. Mais, ça, c’est encore autre chose… Non. Décidément, je pense que ceux qui se bidonnent le plus, ce sont ceux qui se remplissent les poches en nous fournissant des produits laitiers. Vous savez ? Ceux qui sont nos amis pour la vie ♪ ! En fait, ils ne sont les amis que de ceux qui les vendent. Quand j’entendais la pub, je n’avais pas compris que dans « … sont nos amis pour la vie » le « nos » c’était « les leurs d’amis ». Je croyais naïvement que ça voulait dire « les nôtres à tous ».

 

La publicité nous a longtemps fait croire que c’était bon de fumer. Quoi de plus facile que de nous faire croire que les produits laitiers sont indispensables à la santé. Le principe est le même, seul le produit change.

Publicité cigarettes

 

Le calcium

(Les produits laitiers ♪ sont nos amis pour la vie ♪ tralalalère !). On nous répète encore que le calcium n’existe que dans le lait et qu’il en faut pour les os toute la vie. On finit par le croire puisqu’un mensonge suffisamment répété devient une vérité. Tellement qu’on en arrive à oublier que de tous les animaux de la Terre seuls les humains continuent à consommer du lait à l’âge adulte, qui pire est d’une autre espèce. Alors que, des girafes aux hippopotames en passant par tout ce que vous voulez, tous les autres animaux ont aussi un squelette qui se porte apparemment très bien, bien que, adultes, ils ne consomment plus de lait. L’intox est tellement efficace qu’on a même négligé que nombre d’animaux non-humains ne sont pas des mammifères ; par définition, ils n’ont donc jamais bu de lait, pas une seule goutte, même enfant. Ils ont cependant un squelette, eux aussi. Un squelette en os, pas en bois ou en plastique. Comment font-ils ça ? Mystères pour la science ! Les plus grands esprits de l’espèce élue se perdent en conjectures… Quand les autruches nous livreront-elles le secret de leur squelette ? Hein ? Vous vous demandez si elles trouvent le calcium ailleurs que dans le lait. Chut… Pourquoi dans les pays en voie de développement, où le lait ne fait pas partie de l’alimentation, les cas d’ostéoporose sont-ils quasi inexistants alors que leur nombre ne fait que croître dans les pays développés, où l’on consomme beaucoup de produits laitiers ?

Quel que soit le grand secret du squelette des autruches et autres non-mammifères, nous, l’espèce élue, nous avons besoin de boire le lait d’une autre espèce pour nos os… Et pour « Paf, paf, paf ! le loup ! » Au fait, le loup, non ; il ne tète pas une loutre ou une hyène, lui. L’humain, il faut qu’il tète des vaches ou des chèvres, sinon ses os… Houlala !… Être une espèce supérieure pour dépendre d’une pauvre vache, c’est ballot !

Mais, les images choquantes ont bien vite quitté nos esprits de gentils téléspectateurs, d’autant plus facilement qu’on a évité de nous les montrer. Pauvres téléspectateurs trop sensibles que nous sommes ! Heureusement qu’on prend bien soin de nous à la télé ! On va pouvoir continuer à planter nos fourchettes dans de la chair de bébés et à téter leur mère, peinardement.

 

Non, le calcium ne se trouve pas seulement dans le lait !

Le calcium existe aussi dans les végétaux. De toute évidence, les vaches ne le créent pas à partir de rien, elle concentre dans leur lait celui de l’herbe qu’elle consomme.

Liste non exhaustive des aliments végétaux contenant du calcium :

Haricots verts, mâche, cresson, tous les choux, épinards, brocolis, carottes, graines de sésame ou purée de sésame (tahin), persil, graines de lin, algues, petits pois, amandes, noisettes, dattes, noix, figues sèches, oranges, pois, lentilles, haricots rouges ou blancs, pois chiches, avoine, quinoa, soja, lentilles, tofu, tempeh…

De plus, il existe dans le commerce de nombreuses boissons et crèmes végétales enrichies en calcium à base d’amande, de noisette, de soja, d’épeautre, de riz, de châtaigne…
Il y a aussi du calcium dans l’eau minérale et même dans celle du robinet !

 

 

Comment remplacer les produits laitiers

 

 

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Citations animalistes

Boris Tzaprenko. Citations animalistes

Boris Tzaprenko. Citations animalistes

 

Helmut F. Kaplan (1952)

Philosophe éthicien du droit des animaux autrichien, né le 13 octobre 1952 à Salzbourg.

Un jour, nos petits-enfants nous demanderont : Où étais-tu pendant l’holocauste des animaux ? Qu’as-tu fait contre ces crimes terrifiants ? Nous ne pourrons pas leur offrir la même excuse une seconde fois : que nous ne savions pas.

 

 

Peter Singer (1946)

Philosophe utilitariste australien, né le 6 juillet 1946 à Melbourne.

Auteur de « La Libération animale ».

Rien ne justifie de refuser d’étendre le principe fondamental d’égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces – hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur.

 

 

Élisabeth de Fontenay (1934)

Philosophe essayiste française, spécialiste de la question juive et de la cause animale, née en 1934.

Il n’y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C’est un assassinat en bonne et due forme, puisque c’est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation.

 

 

Le dalaï-lama (1935)

Tenzin Gyatso, 14ᵉ dalaï-lama, né le 6 juillet 1935 en Chine.

D’un point de vue bouddhique, tous les êtres sensibles – les êtres doués de sentiments, d’expériences et de sensations – sont considérés comme égaux. Nous autres, êtres humains, sommes en mesure de nous passer de viande. En tant qu’être humain, je pense que notre nature profonde nous porte au végétarisme, ainsi qu’à faire tout notre possible pour éviter de nuire aux autres espèces.

 

 

Jacques Derrida (1930)

Philosophe français, né le 15 juillet 1930 à El Biar (Algérie), mort le 8 octobre 2004 à Paris.

Dans sa dernière œuvre L’Animal que donc je suis Jacques Derrida ose employer le mot sacré « génocide » :

 Personne ne peut plus nier sérieusement et longtemps que les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour dissimuler ou pour se dissimuler cette cruauté, pour organiser à l’échelle mondiale l’oubli ou la méconnaissance de cette violence que certains pourraient comparer aux pires génocides (il y a aussi des génocides d’animaux : le nombre des espèces en voie de disparition du fait de l’homme est à couper le souffle). De la figure du génocide il ne faudrait ni abuser ni s’acquitter trop vite. Car elle se complique ici : l’anéantissement des espèces, certes, serait à l’œuvre, mais il passerait par l’organisation et l’exploitation d’une survie artificielle, infernale, virtuellement interminable, dans des conditions que des hommes du passé auraient jugées monstrueuses, hors de toutes les normes supposées de la vie propre aux animaux ainsi exterminés dans leur survivance ou dans leur surpeuplement même. Comme si, par exemple, au lieu de jeter un peuple dans des fours crématoires et dans des chambres à gaz, des médecins ou des généticiens (par exemple, nazis) avaient décidé d’organiser par insémination artificielle la surproduction et la surgénération de Juifs, de Tziganes et d’homosexuels qui, toujours plus nombreux et plus nourris, auraient été destinés, en un nombre toujours croissant, au même enfer, celui de l’expérimentation génétique imposée, de l’extermination par le gaz ou par le feu.

Derrida avait inventé le terme « carnophallologocentrisme » pour parler du lien entre la consommation de chair, l’affirmation du pouvoir phallique et l’appropriation de la raison pour définir l’être l’humain.

 

 

Milan Kundera (1929)

Écrivain français, originaire de Tchécoslovaquie,

né le 1er avril 1929 à Brno (Moravie).

La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c’est ici que s’est produite la plus grande faillite de l’homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent.

Ces mots-là m’ont particulièrement marqué : « Le véritable test moral de l’humanité, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci. » Cela est si vrai ! Aussi vrai qu’il n’est que trop facile de se respecter seulement entre dominants.

 

 

Ruth Harrison (1920)

Auteure et activiste welfariste britannique,

née le 24 juin 1920, morte le 13 juin 2000.

Dans son livre Animal Machines :

La cruauté n’est reconnue que lorsqu’elle n’est plus rentable.

 

 

Claude Lévi-Strauss (1908)

Anthropologue et ethnologue français, né le 28 novembre 1908 à Bruxelles,

mort le 30 octobre 2009 à Paris.

Un jour viendra où l’idée que pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans des vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu’aux voyageurs du XVIIe et du XVIIIe siècle les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains.

Depuis une quinzaine d’années, l’ethnologue prend davantage conscience que les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l’échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports entre l’homme et les autres espèces vivantes ; et il ne servirait à rien de prétendre le résoudre sur le premier plan si on ne s’attaquait pas aussi à lui sur l’autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses pareils n’est qu’un cas particulier du respect qu’il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie.

Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion.

 

 

Marguerite Yourcenar (1903)

Première femme élue à l’Académie française, née le 8 juin 1903 à Bruxelles,

morte le 17 décembre 1987 à Bar Harbor, États-Unis.

Soyons subversifs. Révoltons-nous contre l’ignorance, l’indifférence, la cruauté, qui d’ailleurs ne s’exercent si souvent contre l’homme parce qu’elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons-nous, s’il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu’il y aurait moins d’enfants martyrs s’il y avait moins d’animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures, si nous n’avions pris l’habitude des fourgons où les bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en attendant l’abattoir.

 

 

Theodor W.Adorno (1903)

Philosophe et sociologue, né d’un père juif allemand le 11 septembre 1903,

mort le 6 août 1969

Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux.

 

 

Theodore Monod (1902)

Naturaliste et explorateur français, né le 9 avril 1902 à Rouen,

mort le 22 novembre 2000 à Versailles.

Ce qu’on peut critiquer, c’est cette prééminence exclusive donnée à l’homme, car cela implique tout le reste. Si l’homme se montrait plus modeste et davantage convaincu de l’unité des choses et des êtres, de sa responsabilité et de sa solidarité avec les autres êtres vivants, les choses seraient bien différentes. Ce n’est peut-être qu’un espoir.

 

 

Isaac Bashevis Singer (1902)

Écrivain juif polonais naturalisé américain, né le 21 novembre 1902 en Pologne,

mort le 24 juillet 1991 en Floride.

Tant que les êtres humains continueront à répandre le sang des animaux, il n’existera pas de paix dans le monde. La distance qui existe entre la création des chambres à gaz à la Hitler et les camps de concentration à la Staline n’est que d’un pas, car tous ces actes ont été perpétrés au nom d’une justice sociale et il n’y aura aucune justice tant que l’homme empoignera un couteau ou un pistolet pour détruire des êtres plus faibles que lui

Dans un de ses romans, quelqu’un s’adresse mentalement à un animal mort :

Tous ces érudits, tous ces philosophes, les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadés que l’homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création. Toutes les autres créatures n’auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c’est un éternel Treblinka.

L’homme qui mange de la viande ou le chasseur qui s’accorde avec les cruautés de la nature maintient à chaque bouchée de viande ou de poisson que la force fait le droit.

 

 

René Magritte (1898)

Peintre surréaliste belge, né le 21 novembre 1898, mort le 15 août 1967.

 

René Magritte. Le modèle_rouge

Partie du tableau Modèle Rouge

C’est lors d’une conférence donnée en 1938 que Magritte a expliqué ce qu’exprimait son œuvre au nom énigmatique :

Le problème des souliers démontre combien les choses les plus barbares passent, par la force de l’habitude, pour être tout à fait convenables. On ressent, grâce au Modèle Rouge, que l’union d’un pied humain et d’un soulier en cuir relève en réalité d’une coutume monstrueuse.

 

 

 

Will Cuppy (1884)

Écrivain américain, né le 23 août 1884,

mort le 19 septembre 1949.

Quand un animal fait quelque chose, nous appelons cela instinct ; si nous faisons la même chose pour la même raison, nous appelons cela intelligence.

 

 

Albert Einstein (1879)

Scientifique, né le 14 mars 1879 à Ulm,

mort le 18 avril 1955 à Princeton.

Rien ne peut être aussi bénéfique à la santé humaine et augmenter les chances de survie de la vie sur terre que d’opter pour une diète végétarienne.

 

 

Upton Sinclair (1878)

Écrivain américain, promoteur du socialisme aux États-Unis,

né le 20 septembre 1878, mort le 25 novembre 1968.

Extrait de son roman La Jungle, écrit en 1905, décrivant et dénonçant la cruauté de l’abattage des animaux à Chicago et les pénibles conditions de travail des immigrés. L’ouvrage, très bien documenté, se base sur une enquête conduite sur place par Upton Sinclair lui-même pour le journal Appeal to Reason. L’immédiate réaction du public aboutit à la création du « Federal Meat Inspection Act » (loi sur l’inspection des viandes), une mesure concernant seulement l’hygiène. Déplorant l’incompréhension du public quant à l’objectif premier de son livre, Upton Sinclair déclarera amer : « J’ai visé le cœur du public et par accident je l’ai touché à l’estomac. »

Ce processus était si méthodique qu’il en était fascinant. On assistait à la fabrication mécanique, mathématique de la viande de porc. Pourtant, les personnes les plus terre à terre ne pouvaient s’empêcher d’avoir une pensée pour ces cochons, qui venaient là en toute innocence, en toute confiance. Leurs protestations avaient un côté si humain ! Elles étaient tellement justifiées ! Ces bêtes n’avaient rien fait pour mériter ce sort. C’était leur infliger une blessure non seulement physique mais morale que de les traiter de cette façon, sans même un semblant d’excuse, sans la moindre larme en guise d’hommage. Certes il arrivait à l’un ou l’autre des visiteurs de pleurer, mais cette machine à tuer continuait imperturbablement sa besogne, qu’il y ait ou non des spectateurs. C’était comme un crime atroce perpétré dans le secret d’un cachot, à l’insu de tous et dans l’oubli général.

 

 

Albert Schweitzer (1875)

Médecin, pasteur théologien protestant et philosophe franco-allemand,

né le 14 janvier 1875, mort le 4 septembre 1965

Tant qu’il n’étendra pas le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’homme ne trouvera pas de paix.

 

 

Mahatma Gandhi (1869)

Guide politique et spirituel, né à Porbandar le 2 octobre 1869,

mort assassiné à Delhi le 30 janvier 1948.

La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés de la manière dont elle traite les animaux.

Jamais je ne consentirais à sacrifier au corps humain la vie d’un agneau. J’estime que, moins une créature peut se défendre, plus elle a le droit à la protection de l’homme contre la cruauté humaine.

 

 

Romain Rolland (1866)

Écrivain français, né à Clamecy le 29 janvier 1866,

mort à Vézelay le 30 décembre 1944.

La cruauté envers les animaux et même déjà l’indifférence envers leur souffrance est à mon avis l’un des péchés les plus lourds de l’humanité. Il est la base de la perversité humaine. Si l’homme crée tant de souffrance, quel droit a-t-il de se plaindre de ses propres souffrances ?

 

 

Émile Zola (1840)

Écrivain et journaliste français, né le 2 avril 1840 à Paris,

mort le 29 septembre 1902.

Pour moi, je crois bien que ma charité pour les bêtes est faite de ce qu’elles ne peuvent parler, expliquer leurs besoins, indiquer leurs maux. Une créature qui souffre et qui n’a aucun moyen de nous faire entendre comment et pourquoi elle souffre, n’est ce pas affreux, n’est ce pas angoissant ?

La cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser.

Pourquoi la souffrance d’une bête me bouleverse-t-elle ainsi ? Pourquoi ne puis-je supporter l’idée qu’une bête souffre, au point de me relever la nuit, l’hiver, pour m’assurer que mon chat a bien sa tasse d’eau ? Pourquoi toutes les bêtes de la création sont-elles mes petites parentes, pourquoi leur idée seule m’emplit-elle de miséricorde, de tolérance et de tendresse ?

Pourquoi les bêtes sont-elles toutes de ma famille, comme les hommes, autant que les hommes ?

Alors, est-ce qu’on ne pourrait pas, de nation à nation, commencer par tomber d’accord sur l’amour qu’on doit aux bêtes ? De cet amour universel des bêtes, par-dessus les frontières, peut-être en arriverait-on à l’universel amour des hommes. […] Et cela, simplement, au nom de la souffrance, pour tuer la souffrance, l’abominable souffrance dont vit la nature et que l’humanité devrait s’efforcer de réduire le plus possible, d’une lutte continue, la seule lutte à laquelle il serait sage de s’entêter.

 

 

Louise Michel (1830)

Institutrice militante anarchiste française (pseudonyme : Enjolras), 

née le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte, morte le 9 janvier 1905 à Marseille.

Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes.

J’aurais voulu que l’animal se vengeât, que le chien mordît celui qui l’assommait de coups, que le cheval saignant sous le fouet renversât son bourreau ; mais toujours la bête muette subit son sort avec la résignation des races domptées. Quelle pitié que la bête !

Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme.

Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent.

J’ai mis la dernière phrase en gras, parce que je l’adore.

 

 

Jean-Henri Fabre (1823)

Naturaliste, écrivain français, né le 21 décembre 1823,

mort le 11 octobre 1915.

L’animal, bâti comme nous, souffre, comme nous, trop souvent victime de nos brutalités. Celui qui, sans motif, fait souffrir les bêtes, commet une action barbare, je dirais volontiers « inhumaine », car il torture une chair, sœur de la nôtre, il brutalise un corps qui partage avec nous le même mécanisme de la vie, la même aptitude à la douleur.

 

 

Charles Darwin (1809)

Naturaliste anglais,

auteur du retentissant ouvrage L’origine des espèces paru en 1859,

né le 12 février 1809 à Shrewsbury, mort le 19 avril 1882 à Downe.

Parce que ça les arrangeait pour étayer leur idéologie raciste et haineuse, certains se sont efforcés de ne retenir de Darwin qu’une seule chose : la compétition naturelle pour l’existence et l’élimination des moins aptes à la survie. Cette tentative de sortir cette idée de son contexte, pour la mettre en exergue, était motivée par la hideuse intention de créer, en quelque sorte, un super « Le lion mange la gazelle » autorisant tous les plus forts à écraser sans vergogne tous les plus faibles. Le « darwinisme social » pondu par le philosophe et sociologue anglais Herbert Spencer (1820-1903) prétendait justifier l’exploitation des ouvriers.

Qu’y a-t-il de plus lâche que de prêter volontairement de faux sentiments à l’esprit d’un défunt pour faire la promotion de ses propres idées ? Qu’y a-t-il de plus sale que de lui faire dire le contraire de ce qu’il proclamait quand il n’est plus là pour opposer son démenti ?

À la lecture des textes du grand Darwin qui suivent, on peut voir qu’il était sans ambiguïté pour la protection des plus faibles et qu’il nous encourageait à accepter les peuples non-humains dans notre sphère de compassion. Qui pourtant était mieux placé que lui pour savoir que le lion mange la gazelle ?

Dans L’origine des espèces, au moyen de la Sélection Naturelle. Traduit et cité par Chauvet :

La classification des formes, des fonctions organiques et des régimes a montré d’une façon évidente que la nourriture normale de l’humain est végétale comme celle des anthropoïdes et des singes, que nos canines sont moins développées que les leurs, et que nous ne sommes pas destinés à entrer en compétition avec les bêtes sauvages ou les animaux carnivores. […] Nous avons vu que les sens et les intuitions, les différentes émotions et facultés, comme l’amour et la mémoire, l’attention et la curiosité, l’imitation, la raison, etc., dont l’humain se vante, peuvent être trouvées à l’état naissant, ou même pleinement développées chez les animaux inférieurs. Les animaux, dont nous avons fait nos esclaves, nous n’aimons pas les considérer comme nos égaux.

L’homme dans son arrogance pense être une grande œuvre, digne de l’acte d’un dieu. Il est plus humble à mon avis, plus vrai, de le voir créé à partir des animaux.

L’humanité envers les animaux inférieurs est l’une des plus nobles vertus dont l’homme est doté, et il s’agit du dernier stade du développement des sentiments moraux. C’est seulement lorsque nous nous préoccupons de la totalité des êtres sensibles que notre moralité atteint son plus haut niveau.

 

 

Abraham Lincoln (1809)

Seizième président des États-Unis, né le 12 février 1809 dans le Kentucky,

mort assassiné le 15 avril 1865 à Washington.

Je suis en faveur des droits des animaux autant que des droits de l’homme.

 

 

Alphonse de Lamartine (1790)

Homme de lettres et politique français, né à Mâcon le 21 octobre 1790,

mort à Paris le 28 février 1869

Ma mère était convaincue, et j’ai gardé à cet égard ses convictions, que tuer les animaux pour se nourrir de leur chair et de leur sang est l’une des plus déplorables et des plus honteuses infirmités de la condition humaine; que c’est une de ces malédictions jetées sur l’homme par l’endurcissement de sa propre perversité.

On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas.

 

 

Arthur Schopenhauer (1788)

Philosophe allemand, né le 22 février 1788 à Dantzig en Prusse,

mort le 21 septembre 1860 à Francfort-sur-le-Main.

Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence.

La compassion pour les animaux est si intimement liée à la bonté que l’on peut dire que quiconque est cruel envers les animaux ne peut être un homme bon.

L’homme a transformé la Terre en un enfer pour animaux.

On prétend que les bêtes n’ont pas de droit ; on se persuade que notre conduite à leur égard n’importe en rien à la morale, ou pour parler le langage de cette morale-là, qu’on n’a pas de devoirs envers les bêtes : doctrine révoltante, doctrine grossière et barbare, propre à l’Occident et qui a sa racine dans le judaïsme. En philosophie toutefois, on la fait reposer sur l’hypothèse d’une différence absolue entre l’homme et la bête admise en dépit de l’évidence.

 

 

Henri-Joseph Dulaurens (1719)

Écrivain français, né le 27 mars 1719,

mort le 17 août 1793.

Que dirait-on cependant si un chien, devenu chirurgien, cassait la jambe à un homme pour apprendre à guérir celle d’un autre chien ? Que dirait-on si un chat arrachait l’œil à un enfant pour voir comment les fibres médullaires du nerf optique sont étendues sur la rétine ? Que dirait-on enfin si une biche, armée du scalpel, ouvrait le ventre à une jeune mariée, pour y découvrir le mystère de la génération, ou seulement pour satisfaire sa curiosité ? Ne crierait-on pas au meurtre, à la cruauté ! Ne tuerait-on pas le chien, le chat et la biche, ou tout autre animal qui aurait osé commettre un attentat si horrible ? On ferait plus : les hommes irrités se ligueraient pour exterminer entièrement l’espèce qui aurait produit de si exécrables individus.

 

 

Jean-Jacques Rousseau (1712)

Philosophe et musicien francophone, né le 28 juin 1712 à Genève,

mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville.

En total désaccord avec la vision mécaniste de l’animal-machine de René Descartes, Jean-Jacques Rousseau développa ce très bel argument qui résonnera jusqu’à Jeremy Bentham.

C’est la souffrance de l’animal qui donne des devoirs à l’homme. L’animal a le droit de ne pas être maltraité car, comme l’homme, il a la capacité de souffrir. Le critère qui doit gouverner la relation entre les hommes et les animaux n’est plus la supériorité intellectuelle, mais la capacité de souffrir, qui est commune aux deux.

[…]

L’homme est assujetti envers eux à quelque espèce de devoirs. Il semble, en effet, que, si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que parce qu’il est un être sensible : qualité qui, étant commune à la bête et à l’homme, doit au moins donner à l’une le droit de n’être point maltraitée inutilement par l’autre.

 

 

Julien Offray de La Mettrie (1709)

Philosophe matérialiste, empiriste et médecin français,

né le 12 décembre 1709 à Saint-Malo,

mort le 11 novembre 1751 à Potsdam.

L’homme n’est pas pétri d’un limon plus précieux ; la Nature n’a employé qu’une seule et même pâte, dont elle a seulement varié les levains.

 

 

Voltaire (1694)

Né le 21 novembre 1694 à Paris,

mort le 30 mai 1778 à Paris.

Voltaire était végétarien. Son végétarisme n’était pas motivé par un souci de santé, mais exclusivement par l’éthique, la compassion envers les non-humains. Pour lui, le végétarisme est une :

…admirable loi par laquelle il est défendu de manger les animaux nos semblables… (Voltaire – Œuvres complètes Garnier tome21.djvu/269)

Un esprit végane avant l’heure ! Autres citations de lui :

Les enfants qui pleurent la mort du premier poulet qu’ils voient égorger, en rient au second.

Enfin il n’est que trop certain que ce carnage dégoûtant, étalé sans cesse dans nos boucheries et dans nos cuisines, ne nous paraît pas un mal ; au contraire, nous regardons cette horreur, souvent pestilentielle, comme une bénédiction du Seigneur, et nous avons encore des prières dans lesquelles on le remercie de ces meurtres. Qu’y a-t-il de plus repoussant que de se nourrir continuellement de chair de cadavre ?

[…]

Cependant je ne vois aucun moraliste parmi nous, aucun de nos loquaces prédicateurs, aucun même de nos tartufes, qui ait fait la moindre réflexion sur cette habitude affreuse, devenue chez nous nature. Il faut remonter jusqu’au pieux Porphyre, et aux compatissants pythagoriens, pour trouver quelqu’un qui nous fasse honte de notre sanglante gloutonnerie ; ou bien il faut voyager chez les brames : car, pour nos moines que le caprice de leurs fondateurs a fait renoncer à la chair, ils sont meurtriers de soles et de turbots, s’ils ne le sont pas de perdrix et de cailles ; et ni parmi les moines, ni dans le concile de Trente, ni dans nos assemblées du clergé, ni dans nos académies, on ne s’est encore avisé de donner le nom de mal à cette boucherie universelle. On n’y a pas plus songé dans les conciles que dans les cabarets.

À l’adresse des partisans de Descartes et de sa théorie de « l’animal-machine » qui pratiquent l’expérimentation animale :

Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques.

Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal afin qu’il ne sente pas ? a-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature.

La chasse est le moyen le plus sûr pour supprimer les sentiments des hommes envers les créatures qui les entourent.

 

 

Jean Meslier (1664)

Prêtre et philosophe des Lumières français, né à Mazerny le 15 juin 1664,

mort en 1729.

C’est une cruauté et une barbarie de tuer, d’assommer, et d’égorger, comme on fait, des animaux qui ne font point de mal, car ils sont sensibles au mal et à la douleur aussi bien que nous, malgré ce qu’en disent vainement, faussement, et ridiculement nos nouveaux cartésiens, qui les regardent comme de pures machines sans âmes et sans sentiments aucuns […]. Ridicule opinion, pernicieuse maxime, et détestable doctrine puisqu’elle tend manifestement à étouffer dans le cœur des hommes tous sentiments de bonté, de douceur et d’humanité qu’ils pourraient avoir pour ces pauvres animaux. […] Il faut indubitablement croire aussi qu’ils sont sensibles aussi bien que nous au bien et au mal, c’est-à-dire au plaisir et à la douleur, ils sont nos domestiques et nos fidèles compagnons de vie et de travail, et par ainsi il faut les traiter avec douceur. Bénies soient les nations qui les traitent bénignement et favorablement, et qui compatissent à leurs misères, et à leurs douleurs, mais maudites soient les nations qui les traitent cruellement, qui les tyrannisent, qui aiment à répandre leur sang, et qui sont avides de manger leurs chairs.

 

 

Montaigne (1533)

Philosophe français né le 28 février 1533, mort le 13 septembre 1592.

Montaigne pensait déjà qu’il n’y avait pas de différence de nature entre les humains et les non-humains. Il les supposait capables de penser et d’avoir des émotions, bref d’être sentients, même si le mot n’existait pas encore. Appréciant leur intelligence, il s’indignait que l’on refusât de la reconnaître en attribuant ses manifestations à ce que nous appelons aujourd’hui de manière dévalorisante « l’instinct ». Il s’exprime à ce sujet dans ce texte :

Version originale :

… les facultez que nous y employons, et que nostre ame s’y sert de toutes ses forces: pourquoy n’en estimons nous autant d’eux ? Pourquoy attribuons nous à ie ne sçay quelle inclination naturelle et seruile, les ouurages qui surpassent tout ce que nous pouuons par nature et par art ?

Version traduite en français d’aujourd’hui :

… nous mettons en jeu de nombreuses facultés et notre âme s’y applique de toutes ses forces; pourquoi n’estimons-nous pas qu’il en est de même chez eux ? Quelle raison nous fait attribuer à je ne sais quel instinct naturel et servile, des ouvrages qui surpassent tout ce que nous pouvons faire, tant naturellement qu’avec le secours de l’art ?

(Les deux versions de ce texte sont visibles ici : goo.gl/65m4mZ
Le texte original est aussi ici : goo.gl/FWvTVf)

Les naturels sanguinaires à l’endroit des bêtes témoignent d’une propension naturelle à la cruauté.

 

 

Léonard de Vinci (1452)

Peintre et savant italien, né à Vinci le 15 Avril 1452, mort à Amboise le 2 mai 1519.

Le jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd’hui le meurtre des êtres humains.

 

 

Plutarque (46)

Philosophe majeur de la Rome antique, d’origine grecque,

né à Chéronée en Béotie vers 46 et mort vers 125.

Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s’abstenait de manger de la chair de bête ; mais moi ; je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d’une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d’auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient ? Comment ses yeux purent-ils soutenir l’aspect d’un meurtre ? comment put-il voir égorger, écorcher, déchirer un faible animal ? Comment put-il en supporter l’odeur ? Comment ne fut-il pas dégoûté et saisi d’horreur quand il vint à manier l’ordure de ces plaies, à nettoyer le sang noir qui les couvrait ?

[…]mais quel repas monstrueux que d’assouvir sa faim d’animaux encore mugissants, que de se faire apprêter des bêtes qui respiraient, qui parlaient encore, que de prescrire la manière de les cuire, de les assaisonner et de les servir ! C’est de ceux qui commencèrent ces horribles festins, et non de ceux qui les ont enfin quittés, qu’on a lieu de s’étonner. Encore les premiers qui osèrent manger la chair des animaux pouvaient-ils s’excuser sur la nécessité. Ce ne fût pas pour satisfaire des goûts désordonnés, ni dans l’abondance des commodités de la vie, que, par une sensualité barbare, ils recherchèrent des plaisirs réprouvés par la nature et par l’humanité.

[…]Voilà cependant ce que nous faisons ; nous ne sommes sensibles ni aux belles couleurs qui parent quelques-uns de ces animaux ni à l’harmonie de leurs chants, ni à la simplicité et à la frugalité de leur vie, ni à leur adresse et à leur intelligence ; et, par une sensualité cruelle, nous égorgeons ces bêtes malheureuses, nous les privons de la lumière des cieux, nous leur arrachons cette faible portion de vie que la nature leur avait destinée. Croyons-nous d’ailleurs que les cris qu’ils font entendre ne soient que des sons inarticulés, et non pas des prières et de justes réclamations de leur part ?

 

 

Ovide (– 43)

Poète latin né en 43 av. J.-C en Italie, mort en 17 ou 18 ap. J.-C.

Extrait de son œuvre : Les Métamorphoses.

Vous avez le blé, les pommes qui pèsent,

Sur les branches souples ; vous avez le raisin qui gonfle.

Dans des vignes vertes, et les herbes plaisantes, les légumes

Que la cuisson fait doux et tendres ; vous avez le lait

Et le miel de trèfle. La Terre est prodigue

De provisions et ses nourritures

Sont aimables ; elle dépose sur vos tables

Des choses qui ne réclament ni le sang ni la mort.

Hélas, quelle méchanceté que de faire avaler de la chair par notre propre chair,

Que d’engraisser nos corps avides en y enfournant d’autres corps,

Que de nourrir une créature vivante de la mort d’une autre.

 

 

Confucius (– 551)

Philosophe chinois né le 28 septembre 551 av. J.-C. à Zou, mort le 11 mai 479 av. J.-C. à Qufu.

Quiconque a entendu les cris d’un animal qu’on tue ne peut plus jamais manger de sa chair.

 

 

Pythagore (– 580)

Philosophe grec né vers 580 av. J.-C. à Samos, mort vers 495 av. J.-C.

Tant que les hommes massacreront les bêtes, ils s’entretueront. Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut en effet récolter la joie et l’amour.

 

 

 

REGARDE-MOI DANS LES YEUX
REGARDE-MOI DANS LES YEUX
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Regarde-moi dans les yeux complément

Compléments du roman
REGARDE-MOI DANS LES YEUX

Compléments du roman REGARDE MOI DANS LES YEUX

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Quelques photos et vidéos
qui ont inspiré le roman et ses illustrations

 

 

Fourrure

 

Vison

« Imagine un jeune vison né en cage et qui n’en sortira que pour être écorché. À travers les grilles son regard est dirigé vers la liberté qu’il n’aura jamais. De toute sa courte vie, il n’aura connu que la prison, la privation de relations familiales et sociales, la peur… uniquement de la souffrance ! Pour lui voler sa fourrure sans l’endommager, on le tuera par électrocution ou on lui arrachera la peau à vif. Pourquoi ? Seulement pour porter autour du cou l’enveloppe qui abrita cette tragique existence. »

Vison en cage

 

Ratons laveurs

Ratons laveurs en cage

 

Renards

Renards

 

 

Production de lait

 

Masturbation de taureaux

Masturbation d’un taureau
Masturbation d’un taureau

 

 

Insémination

« Un humain enfonce profondément son bras dans ton anus et une tige dans ton vagin pour déposer dans ton utérus le sperme d’un taureau qui a été masturbé. Tu ne sais pas ce qu’on te fait. On t’a immobilisée et tu n’as pas d’autre choix que de te laisser faire. »

Insemination vache

 

 

Vaches à l’usine

« Alors vous mangez ; c’est la seule chose qui vous reste à faire, manger. Vous machez et ruminez votre ensilage de maïs, si loin d’imaginer que vos ancêtres libres broutaient, si loin de vous imaginer ce qu’est la liberté, si loin de vous imaginer que le monde s’étend au-delà des murs qui vous enferment. »

>
vaches à l'usine

 

Trayeuse

Trayeuse

Photo : Jo-Anne McArthur / Animal Equality

 

Cliquez sur la photo ci-dessous pour l’agrandir

Vie de vache

 

 

Une retraitée part à l’abattoir

Vache laitière en fin de carrière. Épuisée, incapable de monter sur la passerelle, elle va être hissée à bord du véhicule qui l’emportera à l’abattoir.

L’illustration du roman :

Une retraitée part à l’abattoir

La photo :

Une retraitée part à l’abattoir

 

Cette esclave bovine a eu des difficultés pour mettre son enfant au monde. On lui a donc pratiqué une césarienne à vif. Attendre qu’elle se remette de cette opération ne serait pas rentable, alors… direction l’abattoir.

Exténuée par ses années de servitude, elle n’a pas la force de monter dans le camion qui va la conduire à la mort. Qu’à cela ne tienne, il suffit de la tirer avec un treuil ; le véhicule en est déjà équipé, car cette situation arrive souvent. Après lui avoir volé tout le lait qu’elle aura produit, on la découpera en petits morceaux de chair vendus sous cellophane (étiqueté bœuf) :

césarienne à vif

Autre retraitée : trop faible pour monter dans le camion qui la conduira à l’abattoir, on l’a chargée avec un tractopelle.

Chargée au tractopelle

 

 

Naissance

La mère lèche son enfant.

La mère lèche son enfant

 

 

Enlevé à sa mère

Veau séparé de la mère

L’illustration du roman :

Veau séparé de la mère

La photo :

Veau séparé de la mère
Veau séparé de la mère

Les trois photo ci dessus : Jo-Anne McArthur / Animal Equality

 

Le personnage Panda, quelques heures après sa naissance.
L’illustration du roman :

Veau séparé de la mère

La photo :

Veau séparé de la mère

 

C’est aussi une grande déchirure pour la mère.
L’illustration du roman :

Veau séparé de la mère

La photo :

Veau séparé de la mère

 

Parfois les bébés bovins sont tout simplement jetés vivant à la poubelle,
comme de simples ordures.

Veau séparé de la mère

Les autres espèces ne sont pas mieux traitées.

Veau séparé de la mère

 

 

Camp d’engraissement

 

Veaux dans leur cellule d’engraissement

Veau dans un camp d'engraissement
Veau dans un camp d'engraissement
Camp d'engraissement
Camp d'engraissement
Camp d'engraissement

Les trois photos ci dessus : Vanessa Garrison / Animal Equality

 

 

Camps d’engraissement pour veaux

L’illustration du roman :

Camp d'engraissement

La photo :

Camp d'engraissement

L’illustration du roman :

Camp d'engraissement

La photo :

Camp d'engraissement

Camp d'engraissement

 

Musique de Velvetine

 

 

La fin

Entrée dans le couloir de la mort (Photo L214).

Dans le couloir de la mort

 

Terreur dans le couloir de la mort. Ce bovin essaye de faire demi-tour. Que l’on soit encore un enfant, ou une vache retraitée, la fin est la même.

 

Dans le box de contention. Le tueur applique le Matador sur la tête (Photo L214).

Dans le box de contention

 

Avant la découpe (Photo L214).

Avant la découpe

 

Préparation de chair hachée pour les prédateurs pousse-caddie.

 

Les enfants qui ne sont pas encore pervertis par une éducation spéciste éprouvent de la compassion envers les animaux.

 

 

Vivisection

L’illustration du roman :

vivisection

La photo :

vivisection

 

vivisection

 

vivisection

 

vivisection

 

le « matériel d’expérimentation•» n’ayant pas survécu aux expérimentations est simplement jeté à la poubelle.

vivisection

 

En prison sans jugement

En prison sans jugement

 

L’illustration du roman :

En prison sans jugement

La photo :

En prison sans jugement

 

 

Production d’œufs

 

Poules sauvées de l’enfer de l’élevage en batterie.

Poule sortie de l'enfer

 

 

Autres images

 

Des mamans avec leur enfant

L’illustration du roman :

Maman et son bébé

La photo :

Maman et son bébé

Photo : Tim Flach

 

Maman et son bébé
Maman et son bébé

 

Les mères esclaves sont cruellement séparées de leurs enfants.

Maman et son bébé

 

 

Pourtant, un veau aime tout autant les caresses qu’un chien.

 

 

Appel à traduction

 

Pour en savoir plus au sujet de ce qui a motivé ce roman

Terriens (Incontournable !)

Raison du choix de l’écriture inclusive

Autre roman sur le même sujet

Voir aussi : Vegan Pratique

 

Merci à : weanimalsarchive.org

 

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Drôles de lions

Drôles de lions

 
Drôles de lions
 

— Il faut attraper des animaux pour les enfermer, dis-je… Des femelles et au moins un mâle.

— Pourquoi ? demanda une femme aux longs cheveux noirs.

— Attendez ! Ne m’interrompez pas ! Laissez-moi tout vous expliquer d’un seul coup.

Ils étaient une cinquantaine, là, dans l’herbe non loin de leur village, à nous observer comme si nous venions d’une autre planète. Bon, en même temps, nous venions vraiment d’une autre planète, de la Terre précisément, pour tenter de les civiliser et commercer avec eux. Mais ils n’avaient pas le niveau pour appréhender ce fait secondaire pour nos affaires. Crif et moi-même, Nonpog, nous nous rendîmes rapidement compte que ce nouveau marché ne serait pas rentable tout de suite. Les humanoïdes de ce monde, organisés en société matriarcale, vivaient exclusivement de végétaux. Notre idée de base était d’en faire des fournisseurs de produits issus de l’exploitation animale, tout simplement. Nous nous chargerions ensuite de vendre le fruit de leur travail en prenant une marge confortable.

— Donc, je disais : par exemple, si nous attrapons un sanglier et des laies, on peut masturber le mâle pour avoir son sperme afin de le déposer dans l’utérus des femelles.

Je sentis comme un flottement dans leurs regards, mais je poursuivis :

— Ensuite, après avoir ainsi inséminé les femelles, il faut les plaquer au sol sur le flanc à l’aide de gros barreaux métalliques pour leur interdire le moindre mouvement. Les petits peuvent ainsi téter, mais il convient de les sevrer le plus tôt possible pour les engraisser loin d’elles, car elles serviront à mettre d’autres enfants au monde pour recommencer l’opération autant de fois que possible, afin d’optimiser le rendement. Toujours pour le rendement, il ne faut pas hésiter à tuer les nouveau-nés trop chétifs, car ils grandiront moins vite ; on les attrape par les pattes arrière et on leur éclate la tête sur le sol ; ça s’appelle le claquage.

— Le rendement ? demanda un barbu aux sourcils en broussaille.

— Le rendement, oui… bon, oubliez le rendement pour l’instant. On en reparlera plus tard. Avez-vous compris jusqu’ici ?

Nous avions fort à faire pour leur enseigner les bases sur lesquelles s’appuierait notre commerce, car, outre le fait qu’ils ne consommaient pas de produits animaux, ces primitifs n’avaient pas encore inventé l’argent. Nous avions passé des heures à leur expliquer quels avantages ils pourraient tirer de ce moyen d’échange ; ils avaient eu le plus grand mal à le comprendre. D’après ce que nous avions cru apprendre d’eux, ici, les individus occupaient une fonction choisie selon les besoins de leur société, leurs compétences et leurs affinités. Quant à savoir comment ils géraient ça… nous n’avions pas cherché à le découvrir, étant bien plus intéressés par les énormes profits que nous espérions engranger en utilisant ces gens un peu simples.

Les traducteurs automatiques, dont nous étions tous les deux équipés, captaient les impulsions nerveuses envoyées à nos cordes vocales pour émettre dans leur langue à l’aide d’un haut-parleur situé sur nos poitrines. Dans l’autre sens, de petits écouteurs intra-auriculaires nous traduisaient les paroles des habitants de ce monde.

— Je pense que nous comprenons les grandes lignes de ce que vous nous expliquez, déclara la chef du village. Mais nous nous demandons à quoi cela sert. Pour quelles raisons faire tout ça ?

Ils échangeaient tous des regards étonnés. Aussi, m’empressai-je d’en venir à la finalité pour les surprendre agréablement. J’avais hâte d’assister aux manifestations d’intérêt que ne manquerait pas de susciter la suite de mon propos.

— Le but est celui-ci : quand les animaux sont suffisamment grands et gros, on les égorge, puis on leur ouvre le ventre et on prend leurs boyaux.

L’étonnement se transforma en stupeur sur les visages. Certain de mon effet final, je poursuivis :

— On lave l’intérieur de ces boyaux pour en extraire les excréments et… devinez ce que nous en faisons, de ces boyaux !

Ils me considérèrent avec des airs plus ahuris les uns que les autres. Sous le regard encourageant de Crif, j’expliquai :

— On coupe la bête en très petits morceaux que nous tassons bien fort à l’intérieur de ces tubes naturels. C’est ça l’astuce ! Il faut des bouts de chair et aussi du gras, pour que ce soit bon.

Certains se mirent à rire, mais d’une manière un peu crispée. D’autres se grattèrent la tête à l’écoute de la réaction des autres. La chef du village parla :

— L’humour d’où tu viens est… comment dire ?… particulier, disons.

Crif et moi, nous nous consultâmes du regard. Nous fûmes bien obligés d’admettre que ces primitifs avaient du mal à saisir nos explications. Nous les pensions plus intelligents que ça. J’avais aussi un doute. La base de données des traducteurs automatiques avait été alimentée par une équipe de professionnels venus sur ce monde avant nous. Ils avaient dû faire de leur mieux, mais… comment savoir avec quelle fidélité l’appareil traduisait nos échanges ?

— Mais enfin ! s’écria Crif. Ce que vous explique Nonpog est très sérieux. Nous faisons ça couramment. Tellement couramment que nous avons même fini par transformer les sangliers en cochons par des techniques de reproduction dirigée et…

Il s’interrompit, apparemment conscient qu’il se perdait dans des précisions volant bien trop haut au-dessus de ces esprits. Il tenta de conclure :

— C’est très bon, je vous assure. On appelle ça du saucisson. On s’en coupe des tranches et on mange ça avec grand plaisir. Nous pourrons tous gagner beaucoup d’argent si vous voulez bien nous écouter.

Là, deux femmes et trois hommes se mirent à vomir. Tous les autres exprimèrent un dégoût extrême par des mimiques et des gestes significatifs. Me disant que c’était peut-être le porc le problème, comme pour certains Terriens, je m’empressai de préciser :

— On peut faire ça avec d’autres animaux… mais il y a moins de demande.

Les enfants en jeune âge furent éloignés et quelques adultes partirent aussi.

— Hommes venant du haut, nous dit la chef, nous voudrions tous savoir si vous parlez sérieusement de choses qui existent sur votre monde ou s’il s’agit d’une forme de paroles non réellement descriptive. Serait-ce une sorte d’humour, d’art allégorique, ou de parabole qui nous échapperait ? Autrement dit, mettez-vous vraiment des petits morceaux d’animaux à l’intérieur de leurs propres boyaux ?

Quelque chose me dit alors que ce serait mieux de les ménager pour l’instant. Ils n’étaient pas prêts. Tout cela devait être trop complexe pour eux. Notre culture était trop riche pour eux. Crif dut aboutir à la même conclusion, car il m’adressa un regard entendu avant de lancer :

— Ah ah ah ! Bien sûr que non… Mon ami Nonpog plaisantait.

— Hommes venant du haut, intervint le secrétaire de la chef. Nous devons tous nous rendre à une évidence : nous avons beaucoup à apprendre pour appréhender cette forme d’humour. Il se situe de toute évidence à un niveau qui nous échappe.

Des regards se croisèrent et des murmures franchirent des lèvres : « oui, oui, nous sommes dépassés, là ».

Cela n’a qu’une importance secondaire pour le récit, mais je fus légèrement troublé de constater que la chef avait un air de ressemblance avec ma mère, que je n’avais plus vue depuis des années.

— Je suis désolé… Je devrais tenir compte du fait que nos cultures sont très différentes et que cela ne facilite pas l’échange, convins-je.

— Bon… fit la chef. En fait, cette plaisanterie a tout de même eu le mérite de susciter notre curiosité au sujet de votre alimentation. Parlez-nous donc de ce que vous mangez dans votre monde.

Je n’eus pas à réfléchir longtemps pour trouver autre chose que nous pourrions leur apprendre à faire :

— Nous consommons des produits laitiers. Pour parvenir à ça, il faut aussi des animaux, des bovins c’est bien… des femelles et au moins un mâle. Dans ce cas aussi, il faut masturber le mâle pour recueillir son sperme afin de l’enfoncer dans l’utérus des femelles. Le but est cette fois d’obtenir un grand nombre de descendants. Nous faisons une utilisation différente des futurs mâles et femelles. Nous inséminons à leur tour ces dernières pour qu’elles aient un veau que nous leur enlevons au plus tôt ; nous nourrissons celui-ci à part, sans le lait de sa mère, car c’est justement ce dernier que nous voulons garder pour notre propre usage.

— Mais que faites-vous des enfants bovins ? demanda un vieil homme chauve qui parut soudainement sortir du néant.

— Nous les enfermons dans un espace extrêmement réduit qui les empêche de faire un seul pas. Cela afin que la nourriture qu’ils absorbent ne soit pas gaspillée en énergie de mouvement, mais qu’elle serve uniquement à les faire grossir vite. Nous prenons également soin de leur fournir une alimentation très pauvre en fer pour les anémier.

— Les anémier ! Dans quel but ? intervint une jolie jeune femme brune.

— Cette privation leur donne une chair très claire qui plaît aux clients, expliqua Crif.

Je repris la parole :

— Nous vous reparlerons d’eux plus tard. Pour l’instant, je veux rester sur le sujet des mères bovines dont nous consommons le lait.

— Vous les tétez ? s’étonnèrent plusieurs.

Je les rassurai :

— Non ! Non ! Nous les trayons, ce n’est pas pareil !

— Ensuite, vous buvez le lait ?

— Oui, mais nous ne faisons pas que ça. Nous l’utilisons sous beaucoup de formes, dont une que nous appelons fromage.

J’apportai cette précision, car je doutais que ce mot ait été introduit dans la base de données du traducteur.

— Comment faites-vous du fromage avec du lait ?

N’ayant que des connaissances réduites en la matière, je fus plutôt évasif :

— Ce sont des techniques assez complexes faisant appel à des cultures bactériennes, une enzyme qu’on trouve dans la caillette de jeunes ruminants… il y a aussi souvent des moisissures… c’est assez élaboré et réalisé dans certaines conditions très maîtrisées. Mais, ce ne sera pas un problème pour vous, nous mettrons des professionnels à votre disposition ; ils s’occuperont de cet aspect des choses et vous formeront. On fera beaucoup d’argent, je vous rassure et vous l’assure.

— Moisissures ! Le fromage est donc du lait moisi ?

— Oui, mais pas seulement… le dire comme ça n’est pas très vendeur.

— Mais… s’écria un adolescent, les enfants bovins ne connaissent jamais le lait de leur mère, alors ?

Un court instant, pendant qu’il parlait, j’eusse juré que le jeune garçon flottait en l’air à dix centimètres au-dessus de l’herbe. Crif ne semblant pas avoir remarqué quoi que ce soit d’étonnant, je me persuadai que j’avais dû rêver.

— S’ils connaissent le lait de leur mère ? lançai-je gaiement pour faire un peu d’humour. Certains oui, tout de même, car il existe une recette que nous appelons la blanquette de veau dans laquelle l’enfant est cuisiné dans du beurre et du lait. À cet instant, il connaît donc pour la première fois le lait, sinon de sa mère, au moins celui de son espèce. Ha ha ha !

L’imprévisible jeune homme se mit à pleurer à chaudes larmes et s’éloigna. Des adultes partirent aussi. Il ne resta plus que cinq personnes, dont la chef et son adjoint. Ce dernier m’interrogea d’un ton grave :

— À part : couper des animaux en petits morceaux pour farcir leurs propres boyaux, cuire des enfants dans le lait de leur espèce, faire moisir du lait, masturber des mâles pour inséminer des femelles… que faites-vous d’autre dans votre monde ?

Découragé par le manque d’enthousiasme que je suscitais, je pris la décision de laisser la parole à Crif. Peut-être saurait-il mieux leur parler que moi. Je le lui signifiai d’un coup d’œil explicite. Il se gratta la gorge et commença :

— Autre chose pourrait nous rapporter beaucoup d’argent. Nous enfermons des canards ou des oies dans des cages si minuscules qu’il leur est impossible ni d’ouvrir leurs ailes ni de se lever ; seul leur cou dépasse de cette microprison. Cela nous permet d’enfoncer une sorte d’entonnoir dans le bec des oiseaux pour les gaver sans qu’ils puissent se soustraire à cette suralimentation forcée. Leur foie, atteint d’une pathologie appelée stéatose hépatique, devient d’une taille énorme. Les palmipèdes en mourraient rapidement si nous ne les abattions pas nous-mêmes pour déguster cet organe hypertrophié qui est chez nous un mets très apprécié.

— Vous mangez du foie malade ! s’exclama un grand blond en grimaçant de dégoût.

— Mais… C’est très bon, je vous assure ! s’indigna Crif.

Sur un signe de ce dernier, nous éteignîmes le traducteur pour parler entre nous :

— Ces crétins vont nous donner du fil à retordre, me dit-il. Nous avons déjà passé des heures à essayer de les convaincre que l’argent leur apporterait beaucoup d’avantages. Je suis épuisé !

— Hum… Ça ne va pas être facile en effet. Mais nous devons nous accrocher. Une planète entière produisant pour nous ! Tu imagines ? Si nous abandonnons maintenant, d’autres nous piqueront l’affaire en bénéficiant de nos premiers efforts. Nous pouvons faire une fortune ici ! Veux-tu la laisser à d’autres ?

Je fus soulagé de constater que j’avais regonflé sa détermination :

— Tu as raison ! Il faut trouver ce qui leur pose un problème.

— Sinon… il ne te semble pas que la chef ressemble un peu à ma mère par moments ?

— Comment pourrais-je le savoir ? Je n’ai jamais vu ta mère.

— Ah ! C’est vrai… Suis-je idiot !

— Bon ! On rebranche les traducteurs ?

— Dac !

Nous actionnâmes les petits interrupteurs sur nos larynx. Je me mis en devoir de leur parler des poules pondeuses en batterie, de la pêche et des élevages de poissons. Voyant leur mine de plus en plus sombre, je finis par m’interrompre pour leur demander :

— Qu’est-ce qui semble vous poser un problème dans tout ça ? Nous sommes prêts à répondre à toutes vos questions.

— La souffrance que vous infligez à tous ces animaux pour des raisons qui nous échappent, dit la chef.

Je fus satisfait de constater que l’obstacle était si facile à franchir. En fait, ces primitifs étaient un peu comme des enfants. Ces petites crises de sensiblerie ne seraient bientôt qu’un souvenir que nous évoquerions plus tard pour en rire. D’un sourire confiant, Crif me fit comprendre qu’il partageait mon soulagement. Je lui laissai la parole :

— Le lion mange la gazelle, essaie-t-il de résumer. C’est la vie !

— Vous masturbez des mâles pour inséminer des femelles. Vous coupez des animaux en petits morceaux pour les tasser dans leurs propres boyaux. Vous volez le lait destiné aux bébés pour le faire moisir. Vous enfermez des veaux pour les anémier. Vous dévorez des foies malades… parce que les lions mangent des gazelles ! Mais… d’abord, vous n’êtes pas des lions et ensuite… les lions ne font pas ça. Quel est le lien entre votre comportement et celui des lions ?

— Le lion n’est qu’un exemple, une image. Cela veut dire que le plus fort mange le plus faible… C’est la vie !

Un homme que je n’avais pas remarqué, malgré sa très grande taille et sa musculature spectaculaire, parla d’une voix rauque :

— Mais, moi, je suis plus fort que vous, j’en suis certain. Je n’ai pourtant pas envie de vous manger. Pas même de faire grossir votre foie pour l’ingérer. Ou de vous couper en petits morceaux pour vous mettre dans vos boyaux.

Il s’était exprimé avec une attitude candide et déconcertée.

— Je voudrais savoir, dit une dame âgée. Faites-vous du saucisson avec tous ceux qui sont plus faibles que vous, les handicapés, par exemple ?… Vous devez épargner les enfants, sinon… votre espèce aurait disparu, non ?

Exaspéré, mais aussi un peu troublé, j’esseyai d’aider Crif :

— Bien sûr que nous ne mangeons pas des humains. Notre prédation s’applique seulement aux autres espèces.

— Toutes ?

— Presque, mais pas toutes, non. Pas les chiens ni les chats… chez nous en tout cas.

Je me retins de préciser que dans certains pays de mon monde, des fous mangeaient des chiens. C’était déjà assez compliqué comme ça.

— Donc, vous me confirmez que vous ne vous exploitez pas entre humains.

— Euh… enfin… j’ai seulement dit qu’on ne se mangeait pas.

— Pourquoi devez-vous ingérer d’autres animaux ? demanda une femme sur un ton exprimant une grande perplexité.

— Parce que… nous l’avons toujours fait… depuis la nuit des temps, c’est comme ça. Nos ancêtres…

— Ah bon ! fit-elle avec surprise. Chez nous, il existe un processus qui nous autorise, et nous encourage, à ne pas forcément faire sans cesse les mêmes choses pour la seule raison qu’on les fait depuis longtemps. Nous appelons cela l’évolution. Il y a énormément de choses que faisaient nos ancêtres que nous ne faisons plus… et il y a aussi beaucoup de choses que nous faisons, même s’ils ne les faisaient pas.

— J’ai du mal à comprendre, ajouta le géant, vous n’avez pas toujours voyagé dans l’espace, je suppose. Et les vêtements que vous portez… et les traducteurs automatiques… vos premiers ancêtres avaient-ils déjà tout cela ?

— Aide-moi, Nonpog, me dit Crif en coupant brièvement son traducteur. Ils vont me faire perdre patience, ces simples d’esprit.

Je tentai à mon tour de répondre à leurs interrogations :

— Non, mais… nous aussi nous évoluons, bien sûr. Mais nous nous autorisons à consommer les autres espèces animales parce que, vu que nous sommes les plus intelligents, nous sommes tout en haut de la chaîne alimentaire. C’est la vie ! Comprenez-vous ?

— Vous les mangez parce que vous êtes plus intelligents, reformula la chef. Cela est bien étrange ! J’aurais pensé que l’intelligence vous aurait conduit à ne plus les manger, au contraire. Mais alors, j’y songe, pourquoi ne mangez-vous pas vos handicapés mentaux, même s’ils sont humains ?

L’énorme potentiel commercial que pouvait nous offrir ce monde m’encouragea à tenir bon. Je tentai de les convaincre d’une autre manière, par ce qu’il y avait finalement de plus important :

— Ces questions philosophiques sont secondaires ! Vous ne serez pas obligés d’en manger, vous… ou de vous habiller avec… Le principal n’est-il pas que vous gagnerez beaucoup d’argent, vraiment beaucoup ?

— Nous habiller ? C’est-à-dire nous habiller ? demanda un grand brun aux yeux verts.

— Oui, s’écria Crif ! Des vêtements et des chaussures en cuir.

Il montra sa veste et ses propres chaussures.

L’homme s’approcha de lui et tendit la main pour toucher sa veste. Il en pinça un pli et fit rouler la matière entre ses doigts :

— Cuir ? répéta-t-il.

— Oui. Du cuir. Ça rapporte de l’argent, nous appelons ça le cinquième quartier, car c’est une manière de vendre encore une partie de l’animal. C’est super pour les affaires ! Il s’agit de la peau des animaux, principalement les bovins.

— Peau ! cria le grand brun en retirant aussi vivement sa main que s’il s’était brûlé. Vous vous habillez donc encore avec de la peau de bête !

Il s’essuyait frénétiquement les doigts sur son pantalon, comme s’il venait de toucher la peste.

Sur un signe de Crif, nous arrêtâmes le traducteur, mais seulement en émission :

— Ils sont vraiment tous fous ici, me dit Crif. Nous perdons notre temps pour rien. Peut-être faut-il utiliser une bonne vieille méthode coercitive.

— Je préférerais n’y recourir qu’en dernière extrémité. Des ONG nous tomberaient sur le dos. Ça risquerait de se savoir et nos concurrents emploieraient cette information contre nous. Évitons la manière forte, tant qu’il reste un petit espoir de procéder autrement.

— Comme tu veux. Mais ça ne sera pas facile. Ils refusent de nous vendre des terres, parce qu’ils ne comprennent pas à quoi sert l’argent. Nous n’arrivons pas non plus à les convaincre de travailler pour nous… Pheeee !

— Hommes d’en haut, dit la chef du village. Je vous propose d’organiser un rendez-vous avec la coordinatrice de notre monde. Je lui résumerai notre entretien pour vous faire gagner du temps.

Je remis l’émission de mon traducteur en fonctionnement :

— C’est une très bonne idée, Madame.

La machine volante silencieuse qui nous transportait à vive allure commençait à perdre de l’altitude. J’en déduisis que nous arrivions probablement à destination.

J’avais eu tout le loisir d’observer le sol du haut ; l’occasion s’était déjà présentée au moment de notre mise en orbite autour de la planète, mais, par manque d’intérêt, je n’avais jeté qu’un regard distrait sur la surface de ce monde, car je ne me doutais pas encore que nous étions sur le point de découvrir l’affaire de notre vie.

— Dans la zone que nous venons de survoler, il y a proportionnellement peu de cultures, fis-je observer à Crif.

— J’allais te dire la même chose. Peu de plantations, principalement des prairies et des forêts. Il doit donc y avoir très peu d’habitants sur cette planète. Si nous couvrons toute la surface possible de soja pour nourrir des animaux d’élevage… Tu imagines la production !

— Oui ! C’est pour cela que nous devons être patients. Ce monde est notre fortune !

Seuls passagers à bord, Crif et moi, nous n’avions même pas vu de pilote. Y en avait-il un ? La chef du village nous avait priés d’entrer dans cette sorte d’hélicoptère qui avait décollé avant que nous ayons eu le temps de nous interroger.

Nous touchâmes le sol au centre d’une clairière dans une grande forêt. L’engin s’ouvrit, nous invitant à sortir. Nous posâmes alors le pied sur une herbe verte et grasse. Une femme d’âge moyen en combinaison blanche nous accueillit d’un large sourire.

— Bienvenue à tous les deux, Monsieur Crif et Monsieur Nonpog ! dit-elle. Je suis la coordinatrice. Venez avec moi, s’il vous plaît.

Nous marchâmes à ses côtés. Elle nous fit entrer dans un chalet en partie dissimulé par les arbres en bordure de la clairière. Au bout d’un couloir, nous entrâmes dans un salon en forme de haricot. Peu éclairée de l’intérieur, cette pièce laissait entrer la lumière extérieure par de grandes baies courant sur la moitié de sa circonférence.

— Prenez place, dit notre hôtesse en désignant du regard un canapé noir.

Échangeant avec Crif un bref sourire pour exprimer notre confiante curiosité, nous nous assîmes. Elle fit de même sur un fauteuil qui nous faisait face. Après un long silence durant lequel elle nous observa avec une intensité gênante, surtout moi-même, me sembla-t-il, elle nous posa une question :

Vous avez dû remarquer que la surface cultivée est proportionnellement réduite, chez nous.

— Effectivement, nous l’avons noté, répondis-je.

— Qu’en avez-vous déduit ?

— Qu’il y a peu d’habitants à nourrir sur votre monde.

— Il y a une autre raison dont l’effet est encore plus important.

— Ah ?

— Vous devez savoir qu’il faut, en moyenne, une dizaine de calories végétales pour produire une seule calorie animale. Donc, en consommant directement les végétaux, nous avons besoin de dix fois moins de surface cultivée.

— Euh ?… fîmes-nous tous les deux en cœur. Euh…

Nous fûmes incapables d’en dire davantage, forts embarrassés que nous étions.

— Cette information capitale n’a pas influencé votre manière de vous nourrir, semble-t-il. Bon ! Je vais tâcher de résumer ce que je pense avoir appris à votre sujet.

Elle se tut trois secondes, paraissant rassembler ses idées, puis reprit :

— Dans le but de faire de nous des éleveurs pour fournir vos clients, vous souhaitez nous apprendre beaucoup de choses. Masturber des mâles pour inséminer des femelles. Hacher menu des animaux pour les comprimer dans leurs propres boyaux. Boire ou faire moisir le lait que les mères produisent pour leurs enfants. Anémier ces derniers dans des réduits qui les immobilisent. Gaver des palmipèdes coincés dans des cages minuscules pour ingérer la stéatose hépatique de leur foie hypertrophié. Pour consommer des œufs, entasser des centaines de milliers d’oiseaux, si serrés les uns contre les autres qu’ils ne peuvent ouvrir leurs ailes ; fabriquer des machines pour broyer les poussins mâles qui viennent de naître, au motif qu’ils ne pondent pas. Asphyxier des milliards de créatures marines sur des ponts de navires… Tout cela, et bien d’autres choses formidables, je n’en doute pas, parce que les lions mangent des gazelles, que vous êtes les plus intelligents, tout en haut de l’échelle alimentaire, que vous avez toujours fait comme cela depuis la nuit des temps… que c’est comme ça, que c’est la vie, que ce serait extrême de ne pas agir ainsi.

J’eus le plus grand mal à me faire une idée de l’état d’esprit dans lequel toutes ces paroles avaient été prononcées. Les mots semblaient à charge et la formulation sardonique, mais la joyeuse humeur du ton gommait toute hostilité. On eût dit qu’elle venait de nous demander la confirmation d’une bonne recette de cuisine. Je vis sur son visage que Crif était tout aussi perplexe que moi.

— Ai-je bien synthétisé ? demanda-t-elle.

Elle portait un short rouge très court, arborant des jambes vertigineuses.

— En effet, convins-je, vous avez effectivement à peu près résumé ce que nous pouvons vous apprendre.

— Bien ! s’exclama-t-elle. Mais, quels drôles de lions vous êtes !

Crif ajouta :

— La manière dont vous le dites n’est pas très vendeuse, mais… vendre sera notre problème, pas le vôtre. Dès lors, ce n’est pas grave.

Elle parut satisfaite :

— Quoi qu’il en soit, nous pouvons donc continuer à discuter de nos futures relations. Après tout, ne sont-ce pas les bénéfices qui comptent ?

— Si, bien sûr ! reconnut Crif, quelque peu ragaillardi par ces derniers mots.

— C’est certain ! admis-je également. Du moment que nous en engrangerons tous, nous pourrons toujours nous entendre.

Elle battit plus rapidement des ailes pour nous rattraper et répondit :

— Dans ce cas, pouvez-vous me parler de l’argent, justement ?

Crif goûta un morceau de nuage et demanda :

— Que voulez-vous savoir ? Combien vous en gagnerez, je suppose. Hum ! très sucrés vos nuages !

❉  ❉

Cheng tourna son regard vers Valentina. Cette dernière était la personne de l’équipe médicale la plus compétente, et la plus haute responsable du projet de réanimation des cryogénisés.

— Il passe en phase de rêve incohérent, dit-il. Une injection de quinze unités le ferait repartir en pleine concentration pour une durée difficile à estimer, mais…

Valentina regarda le corps de l’homme paisiblement endormi sur la couchette d’anabiose. Une des données affichées par le moniteur holographique disait qu’il avait été cryogénisé en 2015 ; son complet retour à la vie remontait à une vingtaine d’heures.

— Non. Laissons-le se reposer, répondit-elle. De toute façon, quelque chose ne tourne pas rond depuis le début de cette I.O.

L’Investigation Onirique était l’une des meilleures techniques permettant d’explorer le passé en lisant dans la mémoire des cryogénisés. Il fallait savoir trier dans les rêves provoqués. Il y avait beaucoup d’imaginaire, bien sûr, mais aussi de précieuses informations sur ce que le sujet avait vécu à son époque. Face au silence et à l’air préoccupé de Cheng, elle insista :

— Quelque chose ne tourne pas rond, n’est-ce pas ? Il est en incohérence depuis le début, non ?

Cheng était l’onirianalyste et le guide des investigations oniriques. Le guide voulait notamment dire qu’il donnait la réplique au personnage que le rêveur interprétait, un certain Nonpog en l’occurrence. C’était Cheng qui parlait à travers les lèvres de toutes les interlocutrices et tous les interlocuteurs oniriques du rêveur, sauf Crif. Seul Crif avait été entièrement et librement imaginé par le cryogénisé. Toutes les autres personnes avaient été introduites dans le rêve par le guide.

— Je ne suis pas aussi catégorique que toi, répondit Cheng. Les sourcils froncés par la concentration.

— Ah bon ! Je ne parle pas du fait qu’il ait vu un jeune garçon flotter en l’air au-dessus du sol, ou que la chef du village ressemblait à sa mère…

— Je sais… tu penses à cette histoire de boyaux farcis et tout ce qui va dans le même sens…

— Ben… oui, dit-elle.

— Figure-toi que la cohérence était parfaite dans ces moments-là. Je viens de le revérifier avec le plus grand soin.

— Ça alors ! Même quand il fait parler Crif ?

— Oui… Même quand il fait parler Crif.

— Tu n’as rien imposé de tout ça dans ton guidage ?

— Pourquoi aurais-je imposé de telles horreurs ? Et comment aurais-je pu les imaginer ?

Elle prit un air penaud :

— Excuse-moi ! Ça semble tellement fou !

— La seule chose que mon guidage a imposée, c’est le décor… sur une autre planète, les traducteurs… J’ai pensé qu’il se dévoilerait plus librement dans un lieu vierge de toute trace de sa culture. Hors de toute pression sociale…

— Je me demande si les voyages spatiaux étaient si développés à son époque…

— Aucune importance… J’ai pu lui imposer ce guidage sans difficulté. Nous en apprendrons plus au sujet du niveau des voyages spatiaux lors d’une prochaine I.O.

— Je comprends… Donc, tout ce dont il a parlé…

— Devait exister à son époque, oui.

— Mais, tu es sûr que le rêen attenteve était cohérent ?

— Oui, j’ai contrôlé tous les diagrammes. De plus, j’ai fait plusieurs vérifications intra-oniriques. J’ai fait exprimer aux habitants du monde une forte réaction de dégoût. Et, j’ai énuméré deux fois toutes ces horreurs ; une fois par la chef du village et une autre fois par la coordinatrice. Rien n’a changé dans sa trajectoire onirique. Il a même tenté de fournir des argumentations… le lion, chaîne alimentaire, toujours fait comme ça, plus intelligent… Il n’a perdu la cohérence que vers la fin : changement de vêtements de la coordinatrice, son ami dans un hamac, puis ça se passe dans le ciel… Il a eu quelques petits hoquets au début aussi, mais pas grand-chose.

— Il a parlé d’employer la méthode forte…

— Oui, coercitive, exactement. Il a même dit « la bonne vieille méthode coercitive ».

— Cette époque semblait vraiment barbare. Drôles de lions, en effet !

— Effrayante, oui ! Et encore… nous ne savons certainement pas tout. Nous verrons bien ce que nous apprendront les prochains que nous réveillerons.

 

Boris Tzaprenko 06/08/2018

 
 

❉  ❉

 
 

Merci à :

Diwezha Picaud

Elen Brig Koridwen

Nathalie Fleuret

 
 

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Les tribulations abracadabrantesques du choix personnel

Les tribulations abracadabrantesques
du choix personnel

 

Choix Personnel, le plus doué des transformers !

Boris Tzaprenko Choix Personnel, le plus doué des transformers !

 

Quelque deux siècles en arrière, posséder des esclaves était un choix personnel. Les abolitionnistes, comme Thomas Clarkson, étaient considérés comme des extrémistes qui ne respectaient pas les choix des autres.

Il y a un siècle, voter n’était un choix personnel que si l’on appartenait au bon sexe. La suffragette Emily Davison a été emprisonnée neuf fois dans sa lutte pour le droit de vote des femmes et son action lui coûta finalement la vie. Ceux qui partageaient son combat étaient vus comme des extrémistes.

Il y a une cinquantaine d’années, permettre aux femmes d’avoir un compte bancaire était le choix personnel de leur époux. Ceux qui s’en indignaient passaient pour des extrémistes qui ne respectaient pas les choix des maris.

En revanche, avant 1990, année où l’OMS a retiré l’homosexualité de la liste des maladies, la sexualité n’était pas un choix personnel.

Aujourd’hui, considérer les non-humains (sauf, en France, les chats et les chiens) comme des ressources à notre disposition est un choix personnel. Ceux qui s’en indignent sont des extrémistes qui ne respectent pas les choix des autres. Mais, manger un chat ou un chien ce n’est pas un choix personnel ; ceux qui s’y risqueraient se feraient rappeler à l’ordre par des gens qui ne sont pas des extrémistes.

Paris 1937 Manifestation pour le droit de vote des femmes française

Paris 1937, extrémistes réclamant le droit de vote pour les femmes françaises

 
 

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Régime alimentaire végétalien

Régime alimentaire végétalien

Régime alimentaire végétalien. Boris Tzaprenko

 

Le régime alimentaire végétalien est le régime alimentaire des véganes. Il exclut absolument tous les aliments d’origine animale. C’est-à-dire : toutes les viandes, les poissons, les crustacés, poulpe, (la chair de tous les êtres vivants), les œufs, tous les produits laitiers (sauf le lait de la mère humaine pour ses enfants), le miel…

Les nutriments d’origine animale sont-ils nécessaires ? La réponse est : NON.

Les nutriments d’origine animale n’ont aucune nécéssité. il est parfaitement possible de vivre en bonne santé avec un régime végétalien, pour peu qu’on se complémente en vitamine B12.

 

Voici quelques sources officielles et fiables :

• APSARES (Association de Professionnels de Santé pour une Alimentation RESponsable) :

« Une multitude d’études médicales mettent en cause la consommation régulière d’aliments d’origine animale dans l’apparition de nombreuses pathologies. L’apport excessif d’acides gras saturés et de cholestérol, ou encore de protéines animales sont les principaux facteurs néfastes d’une alimentation centrée sur des produits animaux, comme l’est l’alimentation « moyenne » des Français.

Parallèlement, un nombre croissant d’études médicales montrent que les alimentations végétariennes (sans viande ni poisson), y compris végétaliennes (aucun aliment d’origine animale), menées de façon appropriée, sont non seulement adaptées à toutes les périodes de la vie, mais en outre bénéfiques pour la santé humaine en général, et la prévention et le traitement de nombreuses maladies en particulier. » C’est ici.

 

• American Dietetic Association (Association américaine de diététique). Il s’agit de la plus grande association de professionnels de la nutrition ; elle est formée de 70 000 membres nutritionnistes et diététiciens :

« La position de l’Association américaine de diététique est que les alimentations végétariennes bien conçues (y compris végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. »

Texte complet. Traduction en français.

 

• British National Health Service (Service national de santé britannique) :

« Avec une bonne préparation et une bonne compréhension de ce qui compose une alimentation végétalienne saine et équilibrée, vous pouvez trouver tous les nutriments dont votre corps a besoin. » C’est ici.

 

• Les diététistes du Canada :

« Un régime végétalien sain comporte de nombreux avantages pour la santé, y compris des taux moindres d’obésité, de maladie cardiaque, d’hypertension, d’hypercholestérolémie, de diabète de type 2 et de certains types de cancer. » C’est ici.

 

• Ministère de la Santé d’Israël :

« L’usage de suppléments nutritifs pour le bébé végétarien ou végétalien sera comme pour les bébés nourris avec des aliments d’origine animale. » C’est ici.

 

Octobre 2017 : Une quarantaine de professionnels de santé appellent les autorités françaises à reconnaître que l’alimentation végane est saine et possible à tous les âges de la vie. Ils réclament une évolution des publications officielles afin d’informer la population. Extrait de l’article du 25 Octobre 2017 de France Soir :

« Peu de gens le savent : les recommandations nutritionnelles officielles de nombreux pays reconnaissent l’alimentation végane/végétalienne comme une alimentation saine et viable. S’appuyant sur le consensus scientifique existant, ces recommandations définissent les légumineuses, les fruits à coque/oléagineux et les produits à base de soja comme « aliments riches en protéines » au même titre que les « viandes, poissons, œufs ». De même, les laits végétaux/boissons végétales enrichis en calcium sont inclus dans le groupe « produits laitiers et substituts ». C’est notamment le cas de la pyramide alimentaire officielle de référence en Belgique, à deux pas de chez nous.

Tour d’horizon : les Etats-Unis abritent la plus grande association de diététiciens au monde -l’Academy of Nutrition and Dietetics- regroupant environ 67 000 nutritionnistes, qui se penche sur la question depuis 1987 et selon laquelle « les alimentations végétariennes correctement menées, dont le végétalisme, sont saines, adéquates sur le plan nutritionnel, et peuvent présenter des avantages dans la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien menées sont adaptées à tous les stades de la vie, notamment aux femmes enceintes, aux femmes qui allaitent, aux nourrissons, aux enfants, aux adolescents ainsi qu’aux sportifs ». Par exemple, la Fondation britannique pour la Nutrition indique que « des études menées auprès d’enfants végétariens et végétaliens au Royaume-Uni ont montré que leur croissance et leur développement suivaient des courbes normales ». C’est ici.

 

Autres sources concernant la nutrition végétalienne

 

Observatoire national de l’alimentation végétale.

 

Je mange végétal.

Je mange végétal est un service public à caractère scientifique strictement non commercial et non lucratif qui a pour objectif de proposer au plus grand nombre des informations claires et fiables sur la nutrition végétale.

Créé en 2018 et édité par Observatoire national de l’alimentation végétale, il fourni des articles de vulgarisation, des synthèses des dernières publications en nutrition sur l’alimentation végétale, des présentations des consensus scientifiques et avis nationaux officiels et des conseils pour équilibrer son alimentation végétale à toutes les étapes de la vie.

 

Vegan-pratique : positions-medicales-et-scientifiques.

 

Conclusion : aujourd’hui, un nutritionniste qui prétend qu’on ne peut vivre en bonne santé en suivant un régime strictement végétalien est un incompétent ou un menteur.

Voici un exemple amusant. Je ne me prononce pas à son sujet, à vous de vous en faire une idée : ici.

 

 
 

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Un bon repas

Un bon repas

#spécisme

 

Quelque part dans l’espace et dans le temps, sur un monde dominé par les Umas

 

Paisible soirée familiale. Pendant que l’enfant joue sur son homme à bascule, les adultes s’apprêtent à partager un bon repas : un tendre petit homme de lait rôti à point. Comme les convives ont un appétit de bons vivants, ce plat principal est accompagné de deux jarrets.

De magnifiques trophées de chasse ornent les murs. Le taxidermiste a fait un travail remarquable et les yeux en verre sont d’un réalisme surprenant ; les bêtes semblent encore vivantes !

 

Noumi est l’animal de compagnie de la famille. Ce gentil atch attend sagement sous la table les quelques savoureux morceaux de viande qui ne manqueront pas de lui être offerts.

Qui saurait dire pourquoi certaines espèces sont exploitées, alors que d’autres sont cajolées ? Cette question effleure rarement les esprits dans ce monde ; on fait ainsi parce qu’on a toujours fait ainsi, c’est tout. Pour autant, dans cette famille, on tient à préciser que les animaux doivent être abattus avec respect, avec umanité. On ne va pas jusqu’à déclarer qu’il faut les tuer avec amour, mais… on sent bien que l’idée est là. Quoi qu’il en soit, ces personnes-là seraient fort marries que leur générosité et leur dévouement pour les animaux soient mis en doute, vu ce qu’elles dépensent pour prendre soin de leur atch.

La conversation est en ce moment axée sur un sujet, fort animé sur les réseaux sociaux, dont le hashtag est « #balancetonhomme ».

Ces discussions de grands n’intéressent pas l’enfant. Celui-ci pense à l’histoire des trois petits hommes poursuivis par le grand méchant poul. Heureusement que l’un d’entre eux avait une maison en pierre ! se dit-il.

 

Autres points de vue

Boris Tzaprenko. Un bon repas 1

 

Boris Tzaprenko. Un bon repas 2

 

Boris Tzaprenko. Un bon repas 3

 

Boris Tzaprenko. Un bon repas 4

 

Boris Tzaprenko. Un bon repas 5

 

Boris Tzaprenko. Un bon repas 6

 

 

 

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Emmanuel Todd victime d’un tir de missile

Emmanuel Todd victime d’un tir de missile !

Touché à la tête, l’intellectuel débloque en direct sur un plateau de télévision.

 

Wikipédia nous apprend que Emmanuel Todd est historien, écrivain, essayiste, anthropologue, démographe, politologue… Il ne serait pas exagéré de dire que nous avons affaire à un professionnel de l’érudition et de l’intelligence, n’est-ce pas ? En tout cas, officiellement, il est ce qu’on appelle un intellectuel. À ce titre, il est censé posséder une érudition supérieure à la moyenne et on le suppose également nanti d’une aptitude à penser avec lucidité, discernement et pertinence.

Il se trouve que ses facultés mentales hors du commun n’ont pas résisté à une attaque d’une grande violence. Voici le compte-rendu de notre journaliste B. Taizaide :

Lors de l’émission « C Politique », diffusée sur France 5, dimanche 10 septembre 2017, ce cerveau bien plein et bien fait donnait la réplique à Tiphaine Lagarde, coprésidente de l’association « 269 libération animale » (anciennement nommée « 269 life libération animale »). Dans les propos de monsieur Todd, une phrase a rapidement commencé à me surprendre, mais j’avoue que je ne me doutais pas que ça irait de mal en pis pour lui.

Voir de : 0:54:13 à 1.09.40

Cette phrase était : « L’abattage dans des conditions décentes est une chose très nécessaire ».

On l’aura compris, il parlait de l’abattage des animaux de boucherie.

Précisons que la partie « dans des conditions décentes » est là pour faire joli, car j’aurais aimé lui demander ce qu’il avait déjà fait, dit ou écrit en faveur ce cela. J’ai cherché partout, je n’ai rien trouvé. Le fait est que « dans des conditions décentes » ne semble pas être une préoccupation qui l’obsède vraiment. J’augure qu’il s’en balance grave !

Rappelons que monsieur Todd est, entre autres, anthropologue. Un peu comme je pense qu’un plombier a de fortes chances de connaître les robinets, je me dis que cet esprit de compétition doit certainement posséder force connaissances au sujet des êtres humains. Entre autres, il devrait plus ou moins savoir comment ils se nourrissent. En Inde, 450 millions de personnes sont végétariennes ; comment pourrait-il ne pas avoir connaissance de cela ? Il devrait aussi savoir que le régime végétalien, excluant absolument tous les produits d’origine animale, existe, et que l’on peut vivre en très bonne santé en l’adoptant. Les sources d’informations fiables et officielles qui l’attestent sont nombreuses (quelques unes ici). Il ne s’agit pas d’une hypothèse ; c’est factuel. Même si, pour une raison improbable, cette information était passée longtemps à côté de son brillant esprit, il est difficile aujourd’hui de ne pas avoir entendu parler du mouvement végane. Anthropologue, politologue, comment ignorer un tel phénomène de société ? Si un acharnement du sort avait encore éloigné cette information de son esprit avide de connaissances sur l’humanité, Tiphaine Lagarde se tenait devant lui pour lui révéler l’existence des véganes. Bref, j’en viens au fait :

Monsieur Todd ne pouvait que savoir qu’il n’est absolument plus nécessaire de tuer et exploiter les animaux non-humains pour vivre. S’il ne le savait pas, lui !… C’est un peu comme si un garagiste ne savait pas qu’il est désormais inutile de faire tracter les voitures modernes par un cheval, car elles sont aujourd’hui automobiles.

Partant de cela, il est justifié de se demander quel traitement son cerveau de compétition a fait subir à cette information pour passer de :

« Il n’est absolument pas nécessaire de tuer pour vivre »

à :

« L’abattage (dans des conditions décentes (si d’autres s’en préoccupent)) est une chose très nécessaire »

N’ayant pas encore compris ce qu’il se passait, je me suis interrogé : s’agit-il d’un accident vasculaire cérébral en direct sur le plateau ?

Que penseriez-vous de votre garagiste s’il vous disait : « la traction par un cheval est très nécessaire », même s’il ajoutait : « dans des conditions décentes » ?

Monsieur Todd a poursuivi :

« Poser l’homme comme différent et supérieur aux autres espèces est un acte fondateur »

Bon… Beaucoup s’efforcent de prouver cette supériorité en cherchant des propres de l’homme. Emmanuel Todd, lui, ne s’embarrasse pas de cette difficulté ; il n’a pas besoin de preuves ; décider (poser) qu’il est supérieur lui suffit.

Rappelons que monsieur Todd est d’origine juive. Il n’a pas hésité à le rappeler : « d’origine juive, je suis extrêmement choqué par l’utilisation du mot holocauste. » Il est aussi historien.

Ses propres paroles ne lui rappellent-elles rien ?

N’est-ce pas parce que certains posaient l’Aryen comme différent et supérieur aux autres races que les abominables crimes que nous connaissons ont été commis ?

De l’esclavage à tant de génocides, combien de fois dans l’histoire l’horreur est-elle née de cet état d’esprit ? Monsieur Todd est d’origine juive et historien, mais… il ne voit pas pourquoi il y a un problème à perpétuer de telles idées. Il est dans le bon camp… Que ceux qui ne sont pas à son image subissent les conséquences d’une discrimination arbitraire, il s’en fout !

Emmanuel Todd est extrêmement choqué par l’utilisation du mot holocauste, mais il n’est pas du tout choqué par l’holocauste qu’il encourage en estimant que l’abattage (dans des conditions décentes) est une chose très nécessaire. Pour lui, le massacre et l’exploitation de millions de non-humains par jour n’est pas un holocauste. Car ce mot doit être réservé pour parler de ceux qui lui ressemblent. Toute autre souffrance n’a pas d’importance. Seule celle des siens compte. Et c’est un outrage d’oser utiliser ce mot pour d’autres. Aussi, se renfrogne-t-il pour faire part de son indignation. Avons-nous le droit d’utiliser les mots souffrance, douleur, peur, tristesse… en dehors du cercle des humain·e·s ? Ou va-t-il nous proposer une novlangue dans laquelle il ne restera plus un seul mot pour désigner le mal que nous infligeons à ceux qui sont discriminés, seulement parce qu’ils ne sont pas des humain·e·s ?

AVC, là aussi ? LSD ou gros cinq feuilles qui déchire sa race ?

D’autres ne sont pas choqués du tout par l’utilisation du mot holocauste, au contraire, ils en ont fait usage spontanément exactement dans ce contexte.

Tiphaine Lagarde essaye de le faire savoir à Emmanuel Todd en lui parlant du livre Un éternel Treblinka de Charles Patterson (et non d’Isaac Singer, petite erreur de la présidente de 269 libération animale. La pression du plateau, sans doute).

Charles Patterson, docteur en histoire à l’université Columbia de New York, a écrit plusieurs ouvrages sur la Shoah. Dans Un éternel Treblinka, il compare la manière dont nous traitons les non-humains avec les exactions nazies. Il cite même les mots de l’auteur juif Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature 1978, qui, dans sa nouvelle Letter Writer, fait dire à l’un de ses personnages :

« Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c’est un éternel Treblinka. »

Dans un autre de ses ouvrages, le roman Ennemies, Isaac Bashevis Singer fait dire à son héros

« … ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l’homme le faisait à l’animal. »

Citons aussi Theodor W. Adorno : « Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux. »

Essayer de faire passer les antispécistes pour des antisémites est grotesque et malhonnête (Hop ! petit homme de paille vite fait bien fait.) Ce qu’il y a de commun entre la Shoah et ce que nous faisons subir aux non-humains que nous exploitons a été mis en relief par des survivants de l’horreur nazie. Par ailleurs, le mouvement animaliste 269 life, qui inspire en France 269 libération animale, est né en Israël, pays comptant proportionnellement le plus grand nombre de véganes au monde.

En évoquant ses origines, Monsieur Todd eût bien mieux fait d’en être fier, plutôt que de s’enfermer dans sa mine outrée et renfrognée.

« On vit dans une société qui ne va pas bien. Aux États-Unis, la mortalité augmente, il y a des gens qui s’appauvrissent, qui sont au chômage. C’est le moment d’une solidarité humaine. »

Là, l’hémorragie cérébrale est l’hypothèse qui devient vraiment probable, car il se met à partir en vrille. Cesser d’exploiter les animaux aggraverait-il la mortalité aux États-Unis, la pauvreté et le chômage ?

« Voir des gens se passionner pour la cause des animaux, c’est là un symbole de la désagrégation morale de notre époque »

Mais, Monsieur Todd !… Mais, Monsieur Todd !… Il ne s’agit pas de se passionner pour la cause des animaux (en tant qu’anthropologue, vous devez savoir que vous êtes, vous aussi, un animal, par ailleurs. Tout le monde le sait au moins depuis Darwin.) Il ne s’agit pas de se passionner pour la cause des animaux, pas du tout, du tout. Il ne s’agit pas de faire quelque chose pour eux, aux dépends de l’Homme que vous posez comme supérieur. Il s’agit seulement de ne plus rien faire contre eux. Il ne s’agit donc même pas de faire le bien, il s’agit de ne plus faire le mal. C’est tout, monsieur Todd. Rien d’autre. Il ne s’agit pas de les bichonner, seulement de cesser de les tuer et les exploiter. C’est insensé de ne pas faire la différence ! Pour Emmanuel Todd, il est tellement normal de tuer que cesser de le faire, c’est « se passionner pour la cause des victimes ! ». Monsieur Todd, imaginez votre propre meurtrier expliquant au tribunal qu’il vous a tué, parce que se passionner pour votre cause serait un symbole de la désagrégation morale de notre époque…

Emmanuel Todd semble réaliser que ses propos précédents étaient incohérents, il ne sait plus comment se rattraper. Il nous entraîne soudainement aux États-Unis pour parler de la mortalité. Les animaux qu’il veut abattre seraient-ils, à ses yeux, responsables des tueries à répétition en Amérique ? Il patauge dans la plus grande confusion mentale. Ira-t-il jusqu’à essayer de démontrer la nécessité de l’abattage par le prix du gaz ? Ou par la mauvaise qualité des chaussettes, peut-être ?

« il y a des gens qui s’appauvrissent… »

Il me rappelle les avions touchés par un ennemi dans les films de la Seconde Guerre mondiale ; son esprit tombe en vrille de la fumée noire va sortir de ses oreilles. Cette image me met sur la voie, soudain je comprends ce qui lui arrive :

Le missile que lui a lancé Tiphaine Lagarde et qui l’a touché au cerveau s’appelle l’antispécisme. Il n’est pas habitué à traiter ce concept. Cela lui fait saigner l’esprit.

« …qui sont au chômage… » « …symbole de la désagrégation morale de notre époque… » (Odeur de brûlé)

Boris Tzaprenko Todd Missile

Le regrettable entêtement de cet intellectuel à justifier le pire n’est dû ni à des AVC, ni à quelque psychotrope. Emmanuel Todd est tout simplement spéciste. Imprégné de spécisme jusqu’à la moelle. Il est spéciste comme étaient racistes les esclavagistes, comme sont sexistes les esprits patriarcaux. Prisonnier de cette idéologie oppressive, il est incapable de réaliser qu’il défend l’indéfendable. Pour lui, c’est bien clair, il faut continuer à tuer. Il faut tuer et exploiter, sans aucune nécessité, mais il faut tuer et exploiter. Par principe. Pour la seule et unique raison que les victimes ne sont pas humaines. C’est une raison suffisante en elle-même. Ses pensées sont emprisonnées dans la gangue du spécisme. Impossible pour lui de changer son point de vue. Tuer est pour lui un devoir ; ne plus tuer serait immoral, ce serait : « de la désagrégation morale ». Ces meurtres et ces esclaves, il les faut. Revenir là-dessus, ce serait renier ce qu’il est depuis si longtemps ! C’est d’autant plus terrible qu’il s’agit d’un historien, qui devrait avoir un regard synoptique sur la répétition des idées ségrégationnistes oppressives et de leurs abominables conséquences inévitables.

M Todd est-il amoral ou, pire, immoral ? Je ne le pense pas. Sans doute est-ce même un brave homme. C’est le spécisme dont il est imbibé qui est une mauvaise chose. C’est ne pas s’opposer à cette idéologie qui serait un symbole de la désagrégation morale de notre époque.

 
 

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Spécisme et misonéisme, quelques hypothèses

Spécisme et misonéisme
quelques hypothèses

Boris Tzaprenko. Spécisme et misonéisme quelques hypothèses

 

Descendants de la prudence

 

Peu d’humain se sont parfois écartés du chemin des habitudes. Par exemple, pour manger quelque chose que les autres ne consommaient jamais. La personne qui faisait ça prenait le risque de mourir empoisonnée, mais elle pouvait aussi offrir à ses congénères une information précieuse : cette chose peut nous rendre malades, nous tuer ou nous nourrir. Tous ceux qui défiaient les usages, se comportant comme des dévoyés de la routine, comme des iconoclastes d’existences tracées, furent nos inventeurs et nos découvreurs, en un mot nos élites. Leur comportement inaccoutumé a été la levure de notre forme de vie. On comprendra que plus une espèce se compose d’individus expérimentateurs, plus elle évolue vite. Mais il ne faut pas que tous soient anticonformistes, car l’espèce se mettrait en danger. Il importe qu’une proportion notable de ses membres préfère la sécurité en ne faisant jamais rien d’autre que ce qui s’est déjà fait. La sélection darwinienne pourrait faire disparaître les espèces qui prennent trop de risques et aussi celles qui n’en prennent pas assez. Ces dernières seraient éliminées par les changements de leur milieu auxquels elles seraient incapables de s’adapter puisqu’elles n’évolueraient pas, ou elles seraient dominées, voire néantisées, par une espèce moins conservatrice. Seules restent en lice les formes de vie comportant une proportion de novateurs suffisante sans être excessive, donc.

Ainsi, nous serions presque tous des enfants de la prudence. Peut-être est-ce là l’une des raisons pour lesquelles un grand nombre d’humains sont ataviquement misonéistes  (misonéiste = qui déteste tout ce qui est nouveau); la plupart sont perturbés par tout ce qui est nouveau, le non-changement étant pour eux une confortable sécurité.

 

Idées clandestines à bord de notre esprit

Les humains font partie des animaux avant tout sociaux. Certains sont rationnels, mais même ceux qui le sont le plus ne disposent que d’une raison entravée par la camisole sociale.

Dès l’enfance, l’éducation grave nombre de conceptions dans notre esprit. Même au-delà de toute religion, il y a ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui se pense et ce qui ne se pense pas.

Toutes ces choses que l’on bourre dans notre tête, surtout dans notre jeune âge, mais aussi plus tard, sont extrêmement variées ; cela va de « on ne met pas son doigt dans le nez » à la loi de la gravitation universelle, en passant par tout un tas de concepts on ne peut plus hétéroclites, scientifiques, mystiques, politiques, historiques, philosophiques, médiatiques, sportifs… et plein plein plein de « ça se fait, ça ne se fait pas » et de « ça se dit, ça ne se dit pas » et de « c’est comme ça et puis c’est tout ! ». Imaginons un peu le merdier qu’il peut y avoir dans une tête. Beaucoup de ces connaissances sont indéniablement très utiles, ne serait-ce qu’au moins une langue pour s’exprimer, par exemple, et bien d’autres encore. D’autres, au mieux, ne servent à rien, au pire, sont nocives. À noter que les langues, dont je viens d’admettre la très grande utilité, peuvent elles aussi être des vecteurs d’idées contaminant les esprits : « le masculin l’emporte sur le féminin » en est un déplorable exemple.

Certaines sont démontrables, à l’instar du théorème de Pythagore.

D’autres ne le sont pas, parce qu’elles sont hors du domaine de la raison ; elles méritent cependant de remporter notre totale adhésion : « la cruauté est condamnable », par exemple.

Quelques-unes sont totalement arbitraires, sans utilité et sans conséquence : on offre des chrysanthèmes aux morts, par exemple.

Hélas, il y a aussi les injections intracérébrales d’idées arbitraires qui sont très nocives. Le spécisme, avec notamment sa frontière ontologique imaginaire entre les humains et les autres animaux, est l’une d’entre elles. La croyance que les protéines n’existent que dans la viande et que les ressources animales sont indispensables à notre nutrition en est une autre.

Le problème est que nous ne prenons guère le temps de vérifier que nous adhérons consciemment à toutes ces idées que nous n’avons jamais conçues, mais qui pourtant conditionnent notre comportement à chaque instant, tout autant que si elles étaient les nôtres.

On vérifiera et s’efforcera de démontrer tout ce qui est scientifique, mais jamais un enseignant ne demandera à ses élèves de démontrer que, en France et ailleurs, il faut caresser les chiens et les chats, mais manger les lapins. Les plus grands esprits rationnels de notre espèce rêvent de concevoir une nouvelle physique qui remplacerait la nôtre, unifiant les quatre forces fondamentales pour mieux expliquer notre univers. Mais, même parmi ces esprits-là, peu s’interrogent sur l’habitude de destiner certaines espèces à nous tenir compagnie et d’autres à être exploitées, torturées et ingérées sans le moindre remords. Le bien-fondé de cette manière d’agir est tenu pour acquis. Comparable à une idée clandestine à bord de notre cerveau, jamais on ne lui demande son billet ; elle échappe à tous les contrôles de la raison. Hélas, elle prend très souvent les commandes à notre insu et nous pilote. Ces réflexes, enfouis dans notre crâne dès nos premiers pas, sont cachés dans des recoins si profonds des méandres de notre cerveau qu’il nous arrive très rarement de les examiner avec attention pour vérifier leur valeur. Nous ne faisons pas assez souvent le tri de notre grenier mental ; ce qui nous fait prendre le risque d’adopter des comportements non contrôlés par notre conscience, des conduites quasi mécaniques. Nous n’avons pas conscience que notre conscience a, par moments, des écrans noirs. Nous ne sommes pas conscients de n’être pas conscients à chaque instant.

Notre conscience refait surface quand nous nous trouvons plongés dans une situation entièrement nouvelle ou quand un problème inhabituel survient. Là, nous réfléchissons : comment se comporter dans cette situation ? Comment résoudre ce problème ? Mais dans la vie courante, nous agissons un peu comme un thermostat qui régule la température sans avoir conscience de ce qu’il fait. Parfois, au volant, il nous arrive de réaliser que nous avons fait quelques kilomètres sans nous en rendre compte. Tiens, je suis déjà là ! Il nous arrive aussi de lire sans avoir conscience de ce que nous lisons. Une partie de nous décode le texte, mais la signification de ce dernier n’est pas traitée par la conscience. C’est de cette manière que nous agissons assez souvent. Par exemple, quand nous pensons, avec la plus grande sincérité, aimer les animaux, mais que nous les tuons pour les consommer.

 

Les enfants de l’égocentrisme

Le spécisme est une chose allant tellement de soi, que cette conception est moins remise en cause que les acquisitions scientifiques maintes fois démontrées. Proposer de s’interroger sur le bien-fondé du spécisme semble plus farfelu que méditer sur des univers multidimensionnels ou chiffonnés, trous de ver et autres audacieuses spéculations.

Comment cela se fait-il ? Pourquoi le spécisme est-il si solidement ancré en nous ?

Nous savons que nous avons tous une très forte propension à penser avant tout à nous-mêmes. Peu importe comment nous appelons cette inclination, « instinct de conservation », si l’on veut. Toujours est-il que, en effet, il n’est pas nécessaire de faire un effort pour penser à son propre intérêt avant celui des autres. Reconnaissons-le : nous sommes nous-mêmes une des personnes que nous estimons le plus ; nous aimons câliner notre ego, le couvrir de bisous et de caresses pour le faire ronronner comme un petit chaton. Ho ! Je t’aime beaucoup, moi ! Je ferais tout pour te mettre en avant pour qu’on te remarque. J’espère que tu vas devenir riche et célèbre et que tout le monde va t’aimer comme moi, je t’aime, moi…

Je ne veux surtout pas laisser entendre que cet égocentrisme inné est une exclusivité humaine. Certains animalistes tiennent des discours haineux envers notre espèce. Je ne partage pas du tout leurs propos qui ne sont ni plus ni moins qu’une forme de spécisme, un spécisme inversé par rapport à celui qui est le plus communément répandu, mais un spécisme tout de même. Il n’y a en effet aucune raison de supposer que les autres animaux sont meilleurs que nous ; le prétendre serait naïvement manichéen. Nous sommes tous conçus sur le même principe évolutif. L’égocentrisme, la cruauté aussi bien que l’altruisme et la compassion animent de très nombreuses espèces.

Cela dit, impossible de nier que l’humain est le plus nuisible des animaux. Il est vrai que notre espèce commet les plus grands massacres dans ses propres rangs et dans ceux de tout ce qui vit sur Terre. Mais cela n’est pas dû au fait que l’humain soit la forme de vie la plus immorale. Cela est dû au fait que son égocentrisme dispose de moyens colossalement grands pour s’exprimer. Il est raisonnable de supposer que d’autres espèces disposant de moyens aussi importants n’agiraient pas mieux que nous. Dans un poulailler, on peut observer autant de scènes de tendresse et de solidarité que d’impitoyables compétitions. À voir comment un chat peut jouer cruellement avec une souris, on ne peut que se féliciter de ne pas être à sa merci !

Je ferme cette parenthèse pour en revenir à nous.

L’égocentrisme, cette préférence que l’on ressent pour soi-même, a fini par s’étendre un peu vers d’autres, mais seulement vers ceux qui nous ressemblent le plus possible, ceux qui ont le même sexe, la même couleur de peau, la même sexualité, la même nationalité… L’idéal eût été d’accorder de la considération à d’autres soi-même, mais, n’en trouvant pas, on fut bien obligé d’accepter des différences, mais pas trop tout de même ! Le moins possible ! Ainsi apparaissaient le sexisme, le racisme, l’homophobie, la xénophobie. Ces exclusions de la sphère de considération oppriment les plus faibles ou les moins nombreux ; le sexisme, toujours admis, puisque malheureusement les femmes ne touchent toujours pas le même salaire que les hommes, a une origine des plus primitives : le fait que l’homme est physiquement plus fort que la femme. Quelques « extrémistes » ont remis ces limites d’ouverture à l’altérité en question. Cela a dû être très difficile pour eux ; la preuve, ils ont encore des opposants puisque ces maux ne sont pas complètement éradiqués !

Remettre le spécisme en question demande encore plus d’efforts, car il faut lutter contre son narcissisme pour faire entrer dans notre cercle de considération des personnes qui nous ressemblent encore moins que celles qui n’ont ni le même sexe, ni la même couleur, ni la même sexualité, ni la même nationalité… Ces nouvelles personnes que nous devons accueillir dans notre champ de considération sont si différentes des humains que la plupart de ces derniers sont choqués que l’on ose employer le mot « personne » pour parler d’elles. C’est un crime de lèse-majesté contre Sa Majesté l’Humanité. Comme une majorité a longtemps refusé de considérer que les humains noirs étaient des personnes, une majorité refuse aujourd’hui de constater que les non-humains ont une personnalité, et sont donc, comme nous, des personnes. Il ne vient pas à l’esprit qu’on ne mange pas du veau, mais un veau, un enfant bovin particulier qui a terriblement souffert d’avoir été brutalement séparé de sa mère pour être engraissé seul dans un box minuscule, infortune commune à des centaines de milliers de ses congénères, mais que chacun ressent personnellement, pas comme du veau, mais comme le veau qu’il est. Cela ne vient pas à l’esprit parce que cette personne bovine est si loin de nous ressembler qu’elle est presque un objet et qu’aucune idée clandestine ne nous pousse à avoir de la compassion pour elle. Pire, une idée clandestine nous rassure en nous disant que c’est normal de traiter du veau ainsi.

Parce qu’il est encore moins à notre image, considérer un poisson comme un objet est pour nous tout naturel. Qu’il éprouve la peur et la douleur, qu’il ait des relations sociales avec ses congénères passe très loin de notre esprit, quelque part dans une autre galaxie. On nous a tellement appris que la pêche est un sport paisible et bon enfant, qu’il paraît totalement incongru, et même un peu niais, de se soucier de la souffrance d’un poisson. Pourquoi pas d’un caillou ! Alors, dire d’un mérou qu’il est une personne, c’est prendre le risque de se faire interner.

 

La loi de Hume

La loi méta-éthique de Hume, également appelée guillotine de Hume, dit que l’on ne peut inférer d’un être un devoir-être. Autrement dit : de ce qui est, on ne peut déduire ce qui doit être. Formulé à ma façon : d’une description, on ne peut pas déduire une prescription. Ou : ce qui est n’est pas une recommandation pour ce qui doit être. Notre manière de concevoir la norme est pourtant fortement influencée par ce qui est. Il y a une gigantesque dose de fatalisme renforcé et une colossale résignation dans ce manque d’ambition de l’esprit qui consiste à se dire que ce qui est est ce qui doit être. Cette pensée panglossienne paralyse notre réflexion : « les choses sont comme ça !… Que voulez-vous, mon brave ? » Cette disposition d’esprit est un énorme frein pour tout changement, donc pour tout progrès.

C’est ainsi que tout le monde mange de la viande parce que tout le monde mange de la viande. On boit du lait de vache parcequ’on boit du lait de vache…

 

S’écarter du troupeau social est une épreuve

Désobéir à une pratique culturelle, fruit d’une idée clandestine inculquée, entraîne de grandes difficultés à vivre en société, en famille et même parfois en couple. Par exemple, ne plus consommer de ressources d’origine animale est aussi difficile que de vivre en marchant sur les mains. C’est difficile pour des raisons pratiques, car la nourriture proposée par la société est majoritairement omnivore. Et c’est difficile dans les relations sociales parce qu’il faut souvent se justifier. « Mais enfin, pourquoi marches-tu sur les mains ? » En effet, pour le plus grand nombre « Les non-humains sont des ressources à notre disposition » va autant de soi que « Les pieds sont faits pour marcher ».

Cette pression sociale fait que beaucoup de personnes évitent tout simplement de penser à contre-courant. Pour les animaux sociaux que nous sommes, il est tellement plus facile de penser ce qui se pense et de faire ce qui se fait. Plus grand est le nombre de personnes qui se comportent comme nous, plus on se sent soutenus dans ce que nous croyons être. Une seule personne différente suffit à troubler la sérénité du groupe social si fortement conditionné par le « ce qui se fait, ce qui se pense » moult et force fois injecté dans le cerveau dès la tendre enfance. Prenez un air suffisamment sérieux pour déclarer soudainement :

— Hier, j’ai bu un grand verre de lait de chienne, je me suis régalé !

— Hein ! Du lait de chienne ! Beurk ! Tu es fou ! On peut consommer du lait de vache, ou de chèvre. Mais de chienne, non ! Tout le monde sait ça ! Quelle drôle d’idée ! T’es un peu zarbi, comme type, toi !

Ajoutez :

— Non, j’ai voulu essayer… D’habitude, je bois du lait de femme. Ma voisine qui est nourrice en a trop.

Là, c’est certain, on va vous gerber sur les pieds ! (Il ne faut pas dire « gerber », ce n’est pas bien.)

Répondez alors :

— Bien que ce ne soit ni nécessaire ni recommandé quand on n’est plus un nourrisson, boire du lait de femme pour un humain est moins zarbi que de boire du lait de vache, car nous ne sommes pas des veaux.

Vous obtiendrez des regards cherchant désespérément la preuve que vous plaisantez. Quoi qu’il en soit, la conclusion sera que vous n’êtes pas vraiment normal.

D’une manière générale, prendre un peu de distance avec le troupeau social se paye par des réprobations d’une ampleur proportionnelle à l’ancrage de l’habitude que vous défiez : regards entendus qui s’échangent autour de vous, moqueries non dissimulées… cela peut aller jusqu’à une réelle hostilité, notamment quand on s’écarte des habitudes spécistes, par exemple.

En conclusion, ataviquement enfants de la prudence, manœuvrés par des idées clandestines, égocentriques, englués dans la pression sociale… il n’est pas facile d’accepter les changements de notre rassurant ronron quotidien.

 
 

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Corrida. Grand spectacle de souffrance et de mort

Corrida

 

Tuer pour le plaisir

Par son nombre de victimes, la corrida est considérablement moins meurtrière que la consommation de chair. C’est indéniable ! En proportion, c’est un peu comme si nous comparions le nombre de crimes permis par un grand marchand d’armes avec les quelques meurtres commis par un tueur en série. La corrida mérite pourtant une médaille dans cet exposé macabre du comportement de notre espèce. Elle tire en effet son épingle du jeu, non par le nombre, donc, mais par la cruauté toute particulière de ses meurtres. Ben, oui, on se rattrape comme on peut ! Alors que la plupart des gens qui consomment de la chair, du cuir et même de la fourrure ne font pas le lien entre leur consommation et les crimes qu’ils délèguent sans en avoir conscience, ceux qui assistent à des corridas sont là pour regarder en direct un taureau se faire transpercer le corps. Ils le regardent et y prennent suffisamment de plaisir pour payer pour ça. C’est dire s’ils s’éclatent ! La souffrance est leur spectacle.

Corrida,l'agonie fait sourire

Bien sûr, il y en a pour prétendre que c’est un art. L’art raffiné du sadisme ?

Si, quelque part sur terre, un président est élu avec 90 % des suffrages, tout le monde, fort à raison, trouve cela très louche. Mais quand des types en chaussettes roses gagnent à 99,9999999 % du temps leurs combats truqués contre les taureaux, les spectateurs ne se posent aucune question sur la loyauté de l’affrontement. Lorsqu’un taureau ne s’avère pas plus dangereux qu’un lapin, c’est sûr que l’on connaît l’issue du pseudo-combat d’avance et que l’on n’est présent que pour voir souffrir celui qu’on a mis là pour donner en spectacle sa souffrance aux consommateurs friands de ça. Voyez comme il souffre, voyez comme il saigne ! Régalez-vous !

Corrida. Grand spectacle de souffrance et de mort.
Corrida. Grand spectacle de souffrance avec sang qui coule.

Il n’y a pas que la souffrance du taureau. Pour que tout le monde en ait pour son argent, nombre de chevaux sont aussi donnés en sacrifice. Beaucoup finissent encornés dans une terrible agonie. En 1928, Primo de Rivera promulgua un décret qui rendait le caparaçon protecteur pour les chevaux des picadors obligatoire. Ce fut un tollé chez les aficionados qui se plaignirent d’atteinte à la « vraie corrida ». Si la souffrance n’était pas elle-même le spectacle, comment expliquer leur réaction ? Un cheval éventré, avec les intestins qui pendent, encorné par un taureau qui baigne dans son sang, rendu fou à force de se faire piquer… C’est de l’art ? L’art de faire souffrir dans l’arène et de se repaître de souffrance dans les gradins ?

Corrida. Grand spectacle de souffrance d'un cheval.

 

Le torero Victor Barrio, 29 ans, est mort samedi 9 juillet 2016 des suites d’un coup de corne lors de la feria de Teruel, a annoncé l’AFP (Agence France-Presse). Le dernier décès d’un torero en Espagne remonte à 1985, quand José Cubero, 21 ans, est mort, encorné au cœur. « L’Espagne n’avait pas vécu pareille horreur depuis 30 ans », titrent les journaux. L’horreur en question les chevaux la vivent souvent et les taureaux la subissent chaque fois. Même dans les cas, si rares qu’ils font les titres des journaux, où ils triomphent du mec en chaussettes roses, c’est la mort qui les attend au bout du compte. Quelque temps avant que l’événement du 9 juillet 2016 ne survienne, j’avais vu à la télé un aficionado expliquer que quand le taureau gagnait, on récompensait sa bravoure en lui garantissant une retraite paisible dans un refuge créé uniquement à cette fin. Je me souviens d’y avoir cru, me disant même qu’il ne devait pas y avoir foule dans le refuge en question. Je m’étais demandé combien il pouvait bien y avoir de taureaux. J’ai appris grâce à la mort de Victor Barrio que le type de la télé disait de la matière fécale, car en fait non seulement Lorenzo, le taureau, vainqueur, a été abattu, mais on a même tué la pauvre vache qui était sa mère. Le grand quotidien espagnol El País a révélé, le 11 juillet 2016, que la tradition tauromachique prévoyait la mise à mort de la mère du taureau Lorenzo, baptisée Lorenza, afin de « tuer la lignée » de l’animal désigné comme « assassin ». Nous mesurons là les valeurs de cet art !

Corrida. Grand spectacle de souffrance d'un cheval.

Ce cheval, qui vient de se faire éventrer, court en traînant ses intestins sur le sol. Il succombera dans d’atroces souffrances. Mais, il sera aussitôt remplacé par un autre cheval pour que le spectacle se poursuive.

 

Et puis, il y a une chose que je me suis toujours demandée, à propos de la prétendue « bravoure de l’homme qui affronte la bête », c’est pourquoi, chaque fois qu’un chaussettes-roses est en difficulté, d’autres de ses congénères viennent à son secours pour éloigner la bête et pour l’emporter loin du danger. Alors que, quand le taureau est lui-même en difficulté, personne n’est là pour l’aider.

Je partage le sentiment de Georges Courteline qui a écrit :

« Mon exécration des courses de taureaux s’est étendue petit à petit jusqu’à ceux qui les fréquentent. L’idée que des hommes peuvent prendre de l’amusement, les uns à tâcher de rendre féroces des animaux qui ne l’étaient pas, les autres à voir agoniser des chevaux éventrés, recousus puis éventrés une deuxième fois, me fait envelopper les seconds du même dégoût que m’inspirent les premiers. »

 

Heureusement, il y a des opposants

Pour soutenir le combat contre la tauromachie, qui coûte la vie à quelque 250 000 taureaux chaque année dans le monde, vous pouvez apporter votre aide au CRAC1 Europe qui milite depuis de nombreuses années pour l’abolition de la corrida.

Le 10 septembre 2016, des milliers d’Espagnols anticorrida sont descendus dans les rues de Madrid pour réclamer l’abolition de la tauromachie. PACMA2 appelait à « en finir avec tous les spectacles taurins et festivités sanglantes ». Fondé le 24 février 2003, ce parti animaliste mobilise de plus en plus de militants ; il a obtenu plus de 284 000 voix aux élections législatives de juin 2016.

 
 

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1 Comité Radicalement Anti Corrida www.anticorrida.com/crac-europe/.

2 Parti Animaliste Contre la Maltraitance Animale.

Est-ce « Naturel ? »

Est-ce « Naturel ? » une enquête du B3I

Est-ce « Naturel ?

Le Bureau d’Investigation des Idées Inexplicables publie son rapport sur les idées selon lesquelles certaines choses seraient « naturelles » et d’autres « non naturelles » voire « contre nature ».

Je vais vous raconter comment je me suis lié d’amitié avec le lieutenant Caulombo et comment j’ai trouvé un emploi, tout ceci en participant indirectement à cette enquête du célèbre détective.

*

Tout a commencé quand, habitant depuis peu le quartier, j’ai croisé pour la dixième fois mes voisins, Mme et M. Untel, qui promenaient leur caniche dénommé Poupoune. Pour le protéger des rigueurs de l’hiver, ce petit chien était attifé d’un pull en laine vert. À chaque promenade, Poupoune s’étrangle en tirant sur sa laisse comme s’il se prenait pour un tracteur en train de remorquer la tour Eiffel. Au fur et à mesure de nos rencontres et de quelques discussions, je me suis rendu compte que les Untel sont des gens tout ce qu’il y a de plus normaux. Ce sont des archétypes de la norme, des références, des étalons, même. Rien ne dépasse de ce qu’il est d’usage de penser, de faire, de dire, de manger…

Aussi comprendrez-vous leur indignation quand ils ont appris dans un magazine que certains, des véganes, donnent des croquettes végétales à leurs chiens et chats.

Ils m’ont invité à boire un café. Nous sommes attablés sous la tonnelle de leur jardin. Monsieur Untel jette le journal sur la table devant mes yeux, tapote l’article d’un index dénonciateur et s’exclame :

— Ces animaux sont des carnivores ! Ce n’est pas naturel !

Apportant tout son soutien à cette déclaration, sa femme hausse les épaules puis les yeux au ciel en branlant la tête de droite à gauche.

— C’est contre nature ! ajoute-t-elle. Les gens sont de plus en plus fous !

C’est l’été. Poupoune n’a pas son pull vert. Sa « maman » lui a fait un petit palmier sur la tête avec un chouchou rouge.

Leur agacement me donne à réfléchir sur la signification même d’« être naturel, ou pas naturel » ou d’« être contre nature ». Je lis l’article en diagonale, je regarde Poupoune et je me dis :

 

Notre espèce a transformé cet animal-là :

Loup

en ces animaux-là :

Chiens

 

Notre espèce a aussi transformé un animal proche de celui-ci :

Chat sauvage

en ces animaux-là :

Chats

 

Sont-ce des animaux naturels ?

 

Ces chiens et ces chats, qui sans nous n’existeraient pas, sont le plus souvent nourris avec des croquettes à base de poissons de mer. Peut-on raisonnablement supposer que les loups et les chats sauvages d’antan pêchaient des poissons dans les profondeurs des océans ? En faisaient-ils ensuite des petites boulettes déshydratées ?

Va-t-il de soi que faire apparaître de nouveaux animaux, par reproduction contrôlée, et les nourrir avec ce que ni eux ni leurs ancêtres n’auraient jamais pu obtenir par eux-mêmes est naturel ?

Heum… j’ai du mal à saisir ce qu’on entend par naturel !

Est-ce que transformer les loups en caniches (parfois avec un petit pull en laine) est naturel ? Les loups tondaient-ils les moutons pour se faire des pulls ? À quel moment transgresse-t-on le plus la nature (si tant est qu’on puisse la transgresser) ? En passant du loup à Poupoune, ou en donnant des croquettes végétales à un chien ? Être ou ne pas être naturel… telle est la question.

Monsieur Untel me tire de mes réflexions :

— Vous allez voir, me dit-il en revenant de sa cuisine.

Immergé dans mes pensées, je n’avais même pas réalisé qu’il avait quitté la table. Il pose une tasse de lait sur la terrasse devant Mimie, la chatte angora, et reprend place à côté de sa femme.

— Elle adore ça, me confie cette dernière en levant sa tasse de café. Vous allez voir.

Il est vrai que Mimie lape sans se faire prier. La regardant faire, je doute fortement que ses ancêtres félins eussent l’habitude de téter les femelles aurochs. Cela me rappelle que le paysan chez qui je vais acheter mes fruits et légumes m’a récemment appris que les chapons de Noël, qui sont des coqs châtrés, sont nourris avec un mélange de céréales et de lait de vache en poudre.

Est-ce naturel de donner du lait de bovin à des chats et des oiseaux ? Décidément, j’ai vraiment du mal à discerner ce qui est naturel de ce qui ne l’est pas.

Ne vous impatientez pas ! Je vais bientôt en parler du lieutenant Caulombo.

D’aucuns se disent que nourrir un chien avec des croquettes végétales est contre nature.

Alors que les mêmes pensent qu’il est naturel de :

– donner du lait de vache aux chats ;

– donner du poisson de haute mer aux chats et aux chiens ;

– faire du fromage…

Ah oui ! Au fait, le fromage, je ne vous en ai pas parlé du fromage. Pour faire du fromage, on solidifie du lait avec de la présure. La présure est principalement composée de deux enzymes, 80 % de chymosine et 20 % de pepsine, qui sont produites dans la quatrième et dernière poche, appelée « caillette », de l’estomac des enfants ruminants ; elle permet à ces derniers de digérer le lait de leur mère, quand les humains ne le leur volent pas. Possédant la propriété d’accélérer le caillage du lait, la présure est utilisée pour transformer celui-ci en fromage. Elle est le plus souvent prélevée dans la caillette des veaux, parfois aussi dans celle des chevreaux ou des agneaux. Important : les enfants ruminants doivent être tués avant leur sevrage, car leur caillette cesse de produire de la présure dès qu’ils n’ont plus besoin de digérer du lait.

En résumé, voici ce que l’on a coutume de faire pour être en mesure de consommer du fromage :

1) Masturber des taureaux pour leur prendre du sperme, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Prélèvement de sperme de taureau

Cette semence est gardée en conserve à -180 °C dans de l’azote liquide. À noter : l’azote liquide n’existe nulle part sur terre à l’état naturel.

2) Enfoncer son bras dans l’anus des vaches et une tige dans leur vagin pour déposer ce sperme dans leur utérus afin de les inséminer.

insemination vache

3) Tuer les enfants dès le plus jeune âge pour utiliser leur caillette et s’emparer du lait que les mères produisent à leur intention.

Veau

Notre belle doxa considère que tout cela est naturel.

Mais est-ce moral de donner des croquettes végétales à un chien ? J’ai déjà entendu cette question en diverses circonstances ; souvent, elle est prononcée avec des sourcils froncés et sur un petit air entendu laissant supposer que la réponse est évidemment : « non ». Rien ne saurait être davantage « contre nature » !

J’ai un doute. Manger du fromage est-il vraiment beaucoup plus « naturel » que de nourrir un chien avec des croquettes végétales ? Au sujet du fromage, ajoutons que des vaches ont été nourries avec de la farine animale (ce qui a conduit au scandale de la vache folle ; pas parce que c’était de la farine animale, à cause du prion) ; personne ne se demandait alors si c’était naturel de rendre les vaches carnivores.

Je reprends ici mon énumération de choses considérées comme naturelles :

– donner du lait de vache aux chats ;

– donner du poisson de haute mer aux chats et aux chiens ;

– masturber des taureaux et conserver leur sperme dans de l’azote liquide (qui rappelons-le n’existe pas à l’état naturel) ;

– sodomiser des vaches avec le bras ;

– rendre les vaches carnivores ;

– transformer les loups en caniches, chihuahuas, ou autres, et les vêtir avec des poils de moutons ;

– arracher les testicules aux coqs et les nourrir avec du lait de vache ;

– transformer les sangliers en cochons, puis couper ces derniers en tout petits morceaux pour les enfourner dans leurs propres boyaux ;

– gaver des canards pour ingérer leur foie malade ;

– au cirque, faire sauter des fauves dans un cercle de feu, ou faire pédaler des ours sur un vélo ;

– enfermer des dauphins dans une piscine pour les contraindre à faire tourner des ballons sur leur nez ;

– consommer du lait de vache ou de chèvre quand on est un être humain ;

– etc.

Toutes ces sortes de choses sont naturelles et de bon aloi. Alors que donner des croquettes végétales à un Poupoune… Houlala ! ce serait une forfaiture contre nature !

Mais oui ! Mais oui ! Je vais vous parler du lieutenant Caulombo ! J’y arrive justement.

Complètement largué par cette notion de « nature », je prends aimablement congé de mes hôtes et je rentre chez moi. J’ai dans l’idée de demander de l’aide au lieutenant Caulombo. Il n’habite pas très loin de chez moi.

Nous nous sommes croisés quelques fois et il m’a toujours salué avec un aimable sourire. Cela m’encourage à prendre contact avec lui.

Vous devez savoir qu’après avoir exercé longtemps pour la criminelle, le lieutenant Caulombo est à présent employé par le Bureau d’Investigation des Idées Inexplicables, dont le sigle est BIII (couramment appelé B3I), qu’il a lui-même contribué à fonder.

Comme il demeure à quelques pâtés de maisons de chez moi, je décide d’aller sonner à sa porte. Il doit être chez lui, car sa vieille Peugeot grise est garée sous les tilleuls devant sa maison. J’appuie sur la sonnette. Trois secondes plus tard, c’est lui qui ouvre :

— Monsieur Peter Faulk ! s’exclame-t-il. Bonjour !

Je suis très surpris qu’il ait retenu mon nom et j’en suis très flatté.

— Bonjour Lieutenant Caulombo ! Je voudrais vous parler de quelque chose qui me préoccupe. Auriez-vous un peu de temps à me consacrer ?

— Bien sûr, je vous écoute. Flânons un peu dans le lotissement, vous m’expliquerez tout.

Tandis que nous marchons calmement, je lui raconte tout au sujet de ce qui me préoccupe. Je n’oublie rien : Poupoune, Mimie, les croquettes contre nature, alors que le fromage… Apparemment très intéressé par le sujet, il se touche de temps en temps le front ou la tête et prend des notes sur son calepin. Notre discussion prend cependant fin au bout d’une demi-heure, car il doit interroger quelqu’un pour une autre affaire. S’engageant à réfléchir à la mienne et à passer me voir demain dès que possible, il prend congé de moi sur cette promesse.

*

Ma nuit est très agitée ; je rêve que Poupoune voyage dans le temps, avec son pull vert et son chouchou sur la tête. Accompagné par deux amis, un basset teckel et un chihuahua, il se retrouve dans un très lointain passé. Tous les trois expliquent à une meute de loups que dans le futur une écrasante majorité de leurs descendants leur ressembleront et qu’ils feraient bien, d’ores et déjà, de s’entraîner à manger des poissons des profondeurs océaniques déshydratés.

*

Le lendemain en début d’après-midi, le lieutenant Caulombo est chez moi. Nous sommes attablés dans le jardin à l’ombre de mon sycomore.

Le célèbre détective me regarde avec son célèbre sourire mystérieux puis se met à fouiller dans toutes les poches de son célèbre imperméable pour en sortir son célèbre calepin. Il le consulte à bout de bras, car il est visiblement presbyte.

— J’ai pris des notes, me dit-il.

— Oui ?

J’ouvre mes oreilles comme un hippopotame ouvre la bouche quand il bâille.

— Voyons, voyons… Où ai-je écrit ça ?… Ma femme me dit souvent que je vais finir par me perdre dans ce carnet et qu’on ne me retrouvera jamais… Ah, voilà ! j’ai trouvé. J’ai noté deux usages principaux différents du mot « nature ». Car tout vient de là, n’est-ce pas ? Si nous voulons comprendre ce que signifie « naturel » ou « contre nature » nous devons bien connaître le mot nature.

— Certes ! acquiesçai-je. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ça ne va pas de soi.

— Je vais vous dire ce que j’ai pu comprendre à ce stade. J’ai trouvé ça dans l’encyclopédie de ma femme. Vous savez, ma femme a une encyclopédie… Mais bon ! je ne sais pas pourquoi je vous dis ça. Venons-en aux faits. Donc, je vous parlais de deux significations.

Il baisse son carnet pour me regarder :

— Je vous écoute.

— Premièrement : dans son usage le plus courant, ce mot désigne les paysages qui nous entourent. Les arbres, les prés, les fleurs, les lacs, les montagnes, les cours d’eau, les mers… tout ce genre de choses. Il est très probable que les arbres, les prés, les fleurs, les lacs, les montagnes, les cours d’eau, les mers… se moquent éperdument de ce qu’on donne à manger aux chiens et aux chats. Ce n’est donc pas cette nature-là que nous offensons par ce choix alimentaire pour nos animaux. Pas vrai ?

J’opine franchement d’une mimique explicite. Il tourne une page de son carnet, lit quelques secondes et poursuit :

— Pour synthétiser cette acception, dans un sens moins bucolique, le mot nature veut dire : tout sauf nous. Nous les êtres humains, et ce qui vient de nous. Nous ne faisons donc pas partie de la nature. Par exemple, un barrage construit par nous n’est pas naturel alors qu’un barrage construit par des castors est naturel. Une maison ou une ville ce n’est pas naturel, alors qu’un terrier, un nid ou une termitière c’est naturel. Vous me suivez ?

— Parfaitement, Lieutenant.

— Donc, dans ce cas, par définition, tout ce que nous faisons, de quelque manière que nous le fassions, n’est pas naturel. Qu’importe ce que nous pourrions donner aux chiens et aux chats, ce ne serait pas naturel, car le simple fait de leur donner à manger n’est déjà pas naturel, puisqu’il s’agit d’une intervention humaine.

Il se tait un moment comme pour s’assurer que je l’écoute.

— Vous avez toute mon attention, Lieutenant.

— Je vais parler de la deuxième signification à présent. Vous allez voir qu’elle est en contradiction avec la première puisque celle-ci nous inclut. Scientifiquement, « nature » est un synonyme de « Univers ». C’est-à-dire que ce mot désigne le grand tout. On parle, par exemple des quatre forces fondamentales de la nature, ou des lois de la nature. Bien sûr, il ne s’agit pas, comme dans la législation humaine, de lois auxquelles nous devons obéir, mais de lois auxquelles nous ne pouvons pas désobéir. Rien dans tout l’Univers n’est capable de se soustraire aux lois de la nature. Il serait donc ridicule d’imaginer que la nature pourrait nous désapprouver en cas de désobéissance, puisque nous sommes incapables d’enfreindre ses lois. Pas plus qu’un caillou n’est capable de tomber vers le haut pour faire la forte tête. Comme les cailloux, nous sommes des produits de la nature soumis à ses lois. Donc, dans ce cas, par définition, tout ce que nous faisons, de quelque manière que nous le fassions, est forcément naturel. Même donner des croquettes végétales aux chiens et aux chats.

— D’accord, Lieutenant. Ce n’est donc encore pas cette nature-là que nous offensons en donnant telles ou telles croquettes à nos animaux de compagnie.

— Nous sommes d’accord ! Ce n’est pas cette nature-là non plus.

Déçu, je demande :

— Mais alors ? Que veut dire « ce n’est pas naturel » et « c’est contre nature » dans le cas des croquettes ?

Il tire une bouffée ou deux sur son cigare en se grattant la tête. Puis un œil à moitié fermé à cause de la fumée, il me fixe un moment, tourne une page de son carnet et demande :

— Avez-vous du feu, s’il vous plaît ? Mon cigare est en train de s’éteindre.

— Bien sûr, Lieutenant.

Je vais chercher un briquet dans la maison et je reviens lui donner du feu. Il aspire calmement deux bouffées, me regarde d’un air énigmatique, tourne une page de son carnet et déclare :

— On est bien dans ce quartier, pas vrai ?

— Oui, oui… J’y suis bien.

— C’est ma femme qui a eu l’idée d’habiter ici. Elle a beaucoup insisté. Finalement, je ne le regrette pas.

Prenant conscience que je suis étonné par son brusque changement de propos, il reprend :

— Penchons-nous à présent sur l’expression « contre nature ». Elle donne à penser que la nature possède une volonté et que si nous agissons contre son bon vouloir nous risquons de la contrarier ; certains redoutent même d’être punis d’une certaine manière. Il est pourtant facile de trouver un exemple, parmi tant d’autres, ou c’est une très bonne idée de s’opposer à la nature. Une des quatre forces fondamentales de la nature, l’attraction universelle, appelée aussi gravitation, fait que nous tombons en chute libre dès qu’il n’y a plus de support sous nos pieds. Nous connaissons un moyen efficace de nous opposer à l’effet de cette force en cas de chute justement. Il s’appelle le parachute. On pourrait dire que ce dispositif est contre nature. La nature n’a pourtant jamais puni un parachutiste d’utiliser un parachute qui « désobéit » à l’effet de la force d’attraction universelle ; elle n’a pas non plus récompensé quelqu’un pour avoir sauté sans parachute ; les conséquences d’une telle imprudence semblent même prouver l’inverse. Il est très difficile d’imaginer une action susceptible de déchaîner le courroux de la nature, car celle-ci n’a pas plus de pensée qu’un caillou. Si vous jetez un caillou en l’air, bien à la verticale, il vous retombera sur la tête, mais pas parce que vous avez agi d’une manière contre-caillou, car le caillou s’en moque qu’on le lance comme ceci ou comme cela. Simple caillou qu’il est, il n’a aucune intention. Pour la nature, c’est la même chose : son comportement lui est imposé par ce que nous appelons ses lois.

— Si j’ai bien suivi, Lieutenant, l’expression « contre nature » n’a pas plus de sens que l’expression « contre cailloux ».

— À ce stade de mon enquête, c’est ce que j’en conclus, en effet. Pour poursuivre mes investigations, rencontrer vos voisins me serait sans doute utile. J’ai quelques questions à leur poser, parce qu’il y a quelques détails qui me tracassent. Et, moi, vous savez… quand quelque chose me tracasse, ça me tourne dans la tête, ça ne s’arrête plus. Ma femme le voit bien d’ailleurs, quand quelque chose me tracasse.

— Je vais faire tout ce que je peux pour que vous puissiez les rencontrer au plus tôt, Lieutenant.

*

J’ai organisé la rencontre. Le lendemain, en début d’après-midi, Caulombo arrive dans son éternel imperméable au volant de son atemporelle Peugeot grise qu’il gare sous les tilleuls du parking. Je vais à sa rencontre. Aussi ébouriffé que d’habitude, il sort de son vaillant véhicule dont la porte grince en se refermant. Nous nous serrons chaleureusement la main.

— Bonjour, Lieutenant ! Venez, ils vous attendent.

— Bonjour, monsieur Faulk ! Je vous suis.

Les Untel nous accueillent poliment, mais un peu guindés.

— Bonjour, m’sieur dame ! Je suis le lieutenant Caulombo, détective d’investigation des idées inexplicables.

— Entrez, Lieutenant, entrez ! s’exclame, M. Untel.

*

Nous sommes sur la terrasse du couple qui subvient aux besoins de Poupoune. Devant nous s’étend une pelouse surveillée par quelques nains de jardin.

— Ah, si ma femme voyait ça ! s’exclame le lieutenant en montrant une petite fontaine qui fait entendre un léger bruit d’eau. Elle adore ce genre de choses, ma femme.

Les Untel semblent flattés. Nous nous asseyons tous autour de la table sauf le lieutenant qui pose son séant sur un gros escargot en béton qui décore la terrasse. Avisant l’expression de surprise des Untel, il se relève aussitôt et présente ses excuses.

— Oh, pardon ! Je suis désolé.

Pendant que nos hôtes lui assurent qu’il n’y a aucun mal, il fouille dans toutes les poches de son imperméable. La fumée de son cigare coincé au bord des lèvres le fait grimacer. Il finit par trouver son calepin qu’il commence à consulter en s’asseyant, comme nous, sur une chaise près de la table.

— Voilà, dit-il. Non… Ce n’est pas ça… ça c’est la liste des commissions que ma femme m’a confiée… attendez… Je vais trouver… Ah ! Voilà ! Je voulais vous poser une question, m’sieur dame ! Il s’agit de quelque chose qui me turlupine… vous savez, moi, quand quelque chose me turlupine…

Les Untel font montre de leurs dispositions à répondre par une expression faciale explicitement ouverte et aimable, mais l’arrivée du caniche distrait le lieutenant :

— Ah ! mais… ce doit être Poupoune, n’est-ce pas ?

Après quelques échanges de paroles diverses au sujet de ce lointain descendant de ce qui fut des loups, la conversation en rapport avec le but de cette rencontre reprend et le lieutenant commence à poser ses questions :

— Que pensez-vous de ce qui est naturel ? Par exemple les produits naturels, les cosmétiques, la nourriture, la médecine naturelle, les engrais naturels, tout ce genre de choses, quoi.

Nos hôtes disent tout le bien qu’ils pensent de tous les produits naturels et fustigent tout ce qui est chimique.

Le lieutenant tourne quelques pages de son calepin et dit :

— Vous semblez opposer la nature à la chimie. N’est-ce pas ?

— Ah, ça oui ! s’exclame le couple d’une seule voix.

Dans une attitude de grande réflexion, le détective lève sa main droite pour poser son index sur son front plissé et son pouce sur sa tempe.

— Eh, bien… Ce qui me tracasse, voyez-vous, c’est que… Je ne suis pas un scientifique, mais j’ai beaucoup consulté l’encyclopédie de ma femme. Et je suis certain d’avoir appris que dans la nature, il n’existe aucun corps, aucune substance, aucune matière qui ne soit pas chimique. Les plantes, l’air que nous respirons, votre cher Poupoune, nous-mêmes, tous les animaux du monde, la planète toute entière et tous les astres du cosmos. Tout cela est chimique. L’Univers tout entier est chimique. L’eau la plus pure est chimique : H₂O, n’est-ce pas ? Donc, comment faites-vous une différence entre un produit dit naturel et un autre dit chimique, puisqu’en fin de compte tous les deux sont chimiques ? Si vous pouviez apporter une réponse à cette question, vous m’aideriez beaucoup dans mon enquête.

Les Untel semblent embarrassés. Le lieutenant consulte son calepin, les regarde, consulte encore son calepin, puis ajoute :

— Non, décidément, je ne comprends pas. Je ne suis pas scientifique, comme je vous l’ai dit, mais quand vous me dites « un produit naturel ou chimique », c’est un peu comme si vous me disiez un bruit « naturel ou sonore ».

Je viens au secours des Untel qui semblent ne pas savoir comment s’en sortir :

— Peut-être que par « chimique », ils veulent dire : fait par les humains. Et par « naturel » qui n’est pas fait par les humains.

— Oui, bien sûr ! s’écrie le maître de Poupoune. C’est ça.

— Évidemment, c’est ce que nous voulons dire ! confirme sa femme.

Le lieutenant opine du chef :

— Comme ça, je comprends mieux… Merci.

Nos hôtes sont visiblement soulagés, mais le détective semble toujours très préoccupé :

— Je comprends beaucoup mieux. Vous n’opposez donc pas la nature à la chimie, mais ce qui existe sans notre intervention à ce que notre intervention transforme ou fait exister. N’est-ce pas ?

Manifestement un peu perdus, les Untel acquiescent de moyenne grâce. L’homme à l’imperméable permanent reprend :

— Je comprends beaucoup mieux, en effet, mais j’ai un autre problème du coup. Quelque chose d’autre me tracasse.

Il se touche le front, comme s’il pouvait à travers son crâne tâter ses pensées pour les retrouver.

— Quoi donc, Lieutenant ? s’enquiert Mme Untel.

— Eh bien… Si je ne me trompe pas… Le sida, la malaria, la pneumonie, la syphilis, la tuberculose, la salmonellose, la peste, la rage, le choléra, la maladie de Lyme, toutes les hépatites… toutes les maladies infectieuses sont d’origine naturelle. Tous les champignons mortels comme l’amanite phalloïde, les baies toxiques, les nombreux végétaux vénéneux, les tiques, les poux, tous les parasites en général, les mycoses, la gale… sont des œuvres de la nature. La prédation. Les cyclones, les tempêtes, les tsunamis, les grandes sécheresses et les inondations, les tremblements de terre… toutes les catastrophes naturelles sont par définition naturelles.

Le lieutenant observe le couple en affichant l’expression sincère de quelqu’un qui essaie de résoudre un problème qui le travaille. Il boit sa tasse de café d’un seul coup et la repose sur la table :

— Serait-ce abusé de vous en demander encore un peu, s’il vous plaît ? J’ai très mal dormi cette nuit, voyez-vous, avec toutes ces questions qui me hantent.

Monsieur Untel dit qu’il n’y a pas de mal puis se précipite dans la cuisine et revient avec la cafetière pour servir le détective.

— Merci beaucoup, Monsieur Untel ! Votre café est délicieux. Si tout ce qui existe à l’état naturel est vraiment mieux que tout ce qui est dû à notre intervention, vous préféreriez la rage au vaccin contre la rage, la grêle au confortable abri de votre maison. Vous aimeriez mieux grelotter que vous chauffer, subir la fièvre que de prendre un fébrifuge. Pour résumer, vous partiriez nu dans la campagne ou dans une jungle quelconque pour y vivre comme un lapin, un singe ou n’importe quel animal sauvage. Vous pourriez éventuellement cultiver un peu de terre, à condition toutefois de la creuser et la retourner avec les mains, car les outils de métal que vous connaissez ne sont pas naturels, puisqu’ils sont de fabrication humaine.

Les Untel conviennent que tout ce qui est naturel n’est pas forcément bienfaisant et que tout ce qui vient de l’être humain n’est pas nécessairement inquiétant ou dangereux. L’homme à l’imperméable antédiluvien conclut :

— Nous devons donc convenir que dire de quelque chose que c’est naturel pour sous-entendre que c’est meilleur ou sans danger n’a aucun sens et que la mention « naturel » n’est qu’un argument marketing, sans aucune réelle signification. Je vais donc inscrire cette idée dans la liste des idées inexplicables du B3I. Je vous remercie pour l’aide que vous m’avez apportée, m’sieur dame. Croyez bien que je ne manquerai pas de parler de votre aimable assistance à mes supérieurs.

Le détective se lève :

— Je dois vous laisser à présent. Au revoir et encore merci beaucoup, Madame et Messieurs.

Les Untel exhibent la tête de quelqu’un qui serait partagé entre deux sentiments : d’un côté, la fierté d’avoir contribué à une enquête du B3I, de l’autre, l’embarras de devoir remettre certaines de leurs idées en question.

— On ne vous chasse pas ! dit la « maman » de Poupoune.

— Sûr que non ! ajoute son mari.

Mais le lieutenant est déjà dans le couloir, prêt à sortir. Monsieur Untel s’apprête à aller lui ouvrir la porte, mais l’enquêteur revient avec deux doigts sur le front :

— Oh ! s’exclame-t-il. J’allais oublier ! J’ai une dernière question.

Le couple l’encourage à la poser.

— C’est une question personnelle, prévient-il. Que pensez-vous de l’alimentation dite naturelle ?

Pour ce qui est de la nourriture, les deux époux assurent que le naturel est certainement mieux.

— Par exemple ? demande l’homme à la 403 grise héroïque.

— Je ne sais pas, moi… les fruits et les légumes, par exemple. Le plus naturel possible, c’est mieux, assure Mme Untel.

— Le plus naturel possible… voulez-vous dire des végétaux sauvages, par exemple ?

— C’est sans doute ce qu’il y aurait de mieux, oui.

— Ça alors ! Quelle coïncidence ! Figurez-vous que ma femme se passionne pour l’origine des fruits et légumes. Je vais vous montrer quelque chose.

Le lieutenant passe au peigne fin toutes les poches de son imperméable :

— Où ai-je mis ça encore ?… Ah, voilà !

Il pose une photo sur la table :

Veau

Qui de vous pourra me dire ce qu’est cette chose ? C’est ma femme qui m’a mis au défi de le deviner. J’avoue que je me suis longtemps creusé la tête avant qu’elle ne me donne la solution parce qu’en fait je ne trouvais pas. Alors, serez-vous meilleur que moi ?

— Une sorte de racine visiblement, dit M. Untel.

— Une espèce de drôle de navet difforme ? propose sa femme.

Plutôt que de dire une énormité, je préfère questionner :

— Ça se mange ?

— Ceci est une carotte sauvage, m’sieur dame.

*

À la fin de son enquête le lieutenant Caulombo a rédigé son rapport pour le B3I. Et… vous savez quoi ?

J’ai eu l’honneur et la joie d’être embauché par l’administration pour l’assister dans ses enquêtes et la rédaction des rapports.

Bureau d’investigation des idées inexplicables

Détective d’investigation : Lieutenant Caulombo

Assistant rédacteur : Peter Faulk

Enquête sur les idées véhiculées par l’emploi des termes « naturel, contre nature, et chimique ».

• « C’est naturel » ou « C’est chimique »

Ce produit est chimique alors que celui-ci est naturel n’a aucun sens, car il n’existe rien de matériel dans l’Univers qui ne soit pas chimique.

(Définition Larousse du mot chimie : « Partie des sciences physiques qui étudie la constitution atomique et moléculaire de la matière et les interactions spécifiques de ses constituants. »)

En conséquence, dire d’un produit qu’il est chimique est aussi utile que de préciser qu’un son est acoustique.

Conclusion : « L’idée qu’une substance, dite naturelle, puisse ne pas être chimique » est une idée inexplicable.

• « C’est naturel » ou « Ce n’est pas naturel »

Préciser qu’un produit est « naturel » pour sous-entendre qu’il est de meilleure qualité ou qu’il est sans danger n’a aucune signification. Il s’agit la plupart du temps d’un pseudo-argument purement commercial. Condamner quoi que ce soit, au seul motif que ce n’est pas naturel, n’a aucun sens, puisque ce qui existe hors de toute intervention humaine n’est pas systématiquement bon. En effet, s’il est indéniable que certaines actions humaines sont nuisibles, funestes et condamnables, il demeure toujours vrai que nombre de choses indésirables existent hors de notre responsabilité.

Conclusion : l’idée que quelque chose de naturel est forcément meilleur que quelque chose d’artificiel est une idée inexplicable.

• « C’est contre nature »

Si on utilise le mot nature pour signifier : tout ce qui existe sauf ce qui a un rapport avec l’être humain (Définition Larousse : « Ensemble des principes, des forces, en particulier de la vie, par opposition à l’action de l’homme »), toutes nos actions sont par définition « contre nature ».

Si on utilise le mot nature pour signifier : tout ce qui existe, y compris l’être humain (Définition Larousse : « Le monde physique, l’Univers, l’ensemble des choses et des êtres, la réalité »), dans ce cas, aucune de nos actions n’est par définition « contre nature » puisque nous sommes des produits de la nature.

Conclusion : « être contre nature » est une idée inexplicable.

 

*

Voici donc comment j’ai eu la chance de faire la connaissance du célèbre détective et de trouver un emploi au B3I.

En réalisant que donner des croquettes végétales à un chien est pour beaucoup « contre nature », alors que manger du fromage est pour les mêmes « naturel », je finis par me demander si « contre nature » n’est pas tout simplement employé pour dire : « contre mes habitudes » « contre les idées préconçues du moment » tout simplement : « contre la doxa ».

 

Appel à la nature

Dire d’une chose qu’elle est « naturelle » pour sous-entendre qu’elle est bonne est un argument fallacieux bien connu depuis longtemps en rhétorique. Ce sophisme porte le nom d’« Appel à la nature » (en latin argumentum ad naturam). Cette manœuvre rhétorique est très utilisée en marketing.

Pour en savoir plus

Compléments

Apprendre à sodomiser « naturellement » une vache avec le bras

Pour apprendre à masturber « naturellement » un taureau, je n’ai pas cherché de lien. Je suppose qu’un costume de vache pour l’aguicher est recommandé (reste à se protéger avec un pantalon blindé, et un slip en tôle, on ne sait jamais avec la nature).

Pour apprendre à tuer les enfants bovins, leur ouvrir le ventre et s’emparer de leur caillette, je n’ai pas cherché d’infos non plus. Pas très motivé…

 

 

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